Les raisons d’un choix

Jean Pisani-Ferry

11 janvier 2017

À ma demande, le Conseil des ministres a mis fin à mes fonctions de Commissaire général de France Stratégie. Après 44 mois à la tête de cette belle institution publique, j’ai en effet choisi de démissionner pour apporter mon concours à la campagne d’Emmanuel Macron et rejoindre son équipe en tant que responsable du programme et des idées.

À l’approche de l’échéance présidentielle, France Stratégie s’est attaché à éclairer les enjeux de la décennie qui vient et à offrir des options pour des actions critiques à conduire dans une série de domaines-clef. Je me suis attaché à ce que ce travail d’analyse et de proposition soit conduit avec objectivité et avec un respect scrupuleux du caractère politique des choix démocratiques. Les documents que nous avons publiés sont ainsi destinés à nourrir la réflexion de tous les candidats à la présidence de la République.

À la tête du Conseil d’analyse économique, du think tank Bruegel ou de France Stratégie, j’ai toujours pris soin de séparer activité professionnelle et engagement personnel. Je me suis régulièrement exprimé sur les questions de politique publique en tant qu’analyste, non en tant que partisan. La voix des experts, qui est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie, ne peut en effet être entendue que s’ils s’appliquent une déontologie stricte et se gardent des faux semblants ou des conflits d’intérêt, fussent-ils purement intellectuels. C’est particulièrement vrai aujourd’hui, en ces temps de suspicion à l’égard des sachants.

Mais si mon identité professionnelle est celle d’un expert et d’un enseignant je suis aussi, comme chaque Français, un citoyen. C’est en tant que tel que je choisis aujourd’hui de m’engager aux côtés d’Emmanuel Macron. Je le fais pour deux raisons.

La première est que nous ne vivons pas des temps ordinaires. L’enjeu principal de la prochaine élection présidentielle n’est pas, comme à l’accoutumée, le rythme ou l’ampleur de ce mouvement de balancier que nous nommons alternance. Il est la capacité de notre démocratie à concilier impératif de responsabilité et réponse à la colère citoyenne. Dans un contexte particulièrement ardu marqué par l’onde de choc de la crise financière, des mutations économiques et sociales accélérées et les menaces sur notre sécurité, les partis de gouvernement ne sont pas parvenus à le faire. Nous voyons, dans d’autres pays, jusqu’où peut conduire cette incapacité. La France, l’Europe, sont à la merci d’un nouvel âge des extrêmes. Je ne veux pas, demain, regretter de m’être borné à jouer les observateurs.

La seconde raison est que l’ambition transformatrice que porte Emmanuel Macron m’apparaît à la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés. Sur l’économie, la société ou l’Europe, je partage son analyse et l’orientation de son projet. Les Français sont fatigués des ajustements de paramètres auxquels se résument trop souvent les politiques publiques. Leur confiance s’est émoussée au fil de multiples réformes, sans cesse recommencées, dont ils ne perçoivent souvent ni le sens ni l’effet. Ils ne se reconnaissent plus dans la multiplicité de règles et de statuts qui les divisent au lieu de les réunir. Ils aspirent à la reconnaissance de leurs capacités et de leurs initiatives. Ils ont soif d’un débat politique qui dépasse les postures. Ils sont en droit d’attendre clarté quant aux finalités et ambition quant aux moyens.

J’ai pu commencer d’apprécier la richesse du travail programmatique entrepris par Emmanuel Macron et les équipes d’En Marche. Je m’engage parce que j’ai la volonté de contribuer à donner corps à un projet qui offre une perspective à notre pays.

Show your support

Clapping shows how much you appreciated Jean Pisani-Ferry’s story.