Travelling down under Vs Looking for a 9–5

Une fois la décision de partir prise, le plus difficile est derrière nous.

Si je savais, il y a deux ans de cela, qu’à l’heure actuelle je nettoierais les chambres d’un motel dans un endroit complètement perdu de l’Australie occidentale, je me serais fixée comme objectif de réussir avec grande distinction ma dernière année d’Université pour au moins avoir une chance de décrocher un entretien chez Deloitte.

Heureusement que je ne le savais pas.

Le droit. Les sciences politiques. On pourrait imaginer une belle villa quelques années plus tard. Un mari et des enfants épanouis. Le chien fidèle. La voiture de société. Saupoudrez le tout de vacances trimestrielles au quatre coins du monde.

La belle vie ! Ça aurait pu être la mienne. Merci mais je passe mon tour sur ce coup-ci.

Premièrement je suis homosexuelle. Ensuite, j’ai toujours eu un goût particulier pour les longs voyages. Enfin, je n’ai jamais su qui j’étais vraiment et ce que je voulais dans ma vie après l’Université ; réussir mes études étant mon unique objectif à l’époque.

Je vois encore les étoiles dans les yeux de mon grand-père et la fierté de mes parents quand j’ai obtenu mon diplôme de droit. Selon mes proches, mon avenir était tracé. Selon moi, j’étais paumée. Pour mes parents, je venais d’accomplir ce qu’eux n’ont jamais eu l’occasion de tenter. Pourtant, aller à l’Université est commun de nos jours. Faire des études de droit et les réussir ne me semblaient pas extraordinaire. Je n’ai jamais perçu les épreuves de ma vie de manière générale comme des défis. Je m’ennuyais.


Le plus beau souvenir de mon adolescence reste mon voyage humanitaire au Burkina Faso. Quand je suis rentrée, la première phrase que j’ai prononcée fut « Je ferai carrière dans l’humanitaire ». J’avais adoré et vécu chaque moment comme étant exceptionnel. Je croyais que c’était la dimension humanitaire qui me faisait vibrer. Pour le coup je me suis trompée.

J’ai compris ça cinq années après en m’inscrivant à une formation de coopération au développement à Bruxelles. Quatre week-end d’affilées à écouter des pointures du métier sur diverses thématiques toutes plus intéressantes les unes que les autres. Je n’avais pas accroché. J’entendais trop régulièrement à mon goût les notions d’argent et de business. Je percevais l’humanitaire comme une aide gratuite envers des populations délaissées de toutes leurs richesses et dépourvues du confort dont l’on dispose en Europe. J’étais naïve et persuadée que les pauvres étaient pauvres parce que les riches étaient trop riches. C’est un peu plus complexe que cela à dire vrai et me lancer dans l’industrie des ONG ne m’emballait plus autant qu’à l’époque.

Par contre c’est à ce moment là que j’ai réalisé ce qui m’avait tant animée au Burkina Faso : l’inconnu.
Sortir de sa zone de confort et expérimenter autre chose. Voilà ce que je voulais. D’ores et déjà, cette brillante ambition allait bouleverser tous les plans de grand-papa.

La découverte du Working Holiday Visa confirma mon choix.

Pourquoi l’Australie? Le soleil, les hautes températures, les plages, le désert, les wallabies, l’anglais, etc… Les arguments ne manquent pas.


Soit dit en passant, partir quelques mois ou une année dans un pays exotique est assez en vogue depuis quelques temps. Bien sur, le coté “aventure” est toujours présent mais de plus en plus de jeunes (ou moins jeunes) partent. Ère de réseaux sociaux oblige, ils ont tous un compte Facebook ou/et un blog pour nous relater leurs aventures. Je pense qu’à l’heure actuelle, chacun connait au moins un ami ou un ami d’une connaissance d’un ami qui est parti en Nouvelle-Zélande, au Canada ou en Australie.

C’est en quelque sorte l’effet dominos, de plus en plus de personnes partent. Comme si pour certains c’était un passage obligatoire, comme s’ils ne faisaient pas de choix, c’est un peu comme s’inscrire à l’Univ’ après ses humanités sauf qu’ils se prennent une année sabbatique entre les deux étapes pour se “rapprocher d’eux-même”.

Pourquoi de plus en plus de personnes partent voyager? Ressentent-elles une obligation ou pression collective pour partir à la découverte du monde?

En tout cas, il est clair que travailler toute sa vie pour la même boîte est moins courant qu’auparavant; les jeunes aiment le changement. Le fait que le salaire tombent tous les mois est de moins en moins la seule motivation pour que les gens aillent bosser.

Bref, de plus en plus de paramètres rentrent en ligne de compte et partir voyager pour “voir autre chose” en fait partie.


Peu importe le pays dans lequel on part. A mon sens, c’est la découverte de l’inconnu, le partage et les rencontres qui tapissent notre vision de l’aventure à l’étranger.

Et c’est cette vision même de l’aventure qui deviendra celle de votre réalité quand vous rentrez.

Voilà pourquoi les personnes ont généralement le “blues du retour” passé le retour de quelques semaines. Nous sommes en décalage avec la manière de fonctionner de nos proches.

“C’était bien? Il faisait beau? T’as vu des kangourous? T’es rentrée pour de bon maintenant? Alors tu vas travailler où? Tu vas t’installer où?”

Euh, oui c’était super en fait, la plupart du temps, grand soleil. Pour répondre à ta question, les kangourous, j’en ai croisé énormément, surtout morts écrasés sur le bord des routes.

Pourtant appliquer votre nouvelle vision des choses in a normal life n’est pas chose aisée, loin de là.

Mon come back au pays de la bière et du chocolat remonte à plus d’un an maintenant et pas mal de choses se sont passées évidemment depuis.

J’ai -devrais-je dire nous parce que j’ai embarqué ma compagne de vie dans cette aventure- essayé de construire ma vie suite à ce voyage.

Construire sa vie. Encore un beau concept emprunt de toute la réussite à l’occidentale.

Il m’était impossible de rester en stand by attendre qu’une idée lumineuse me vienne a l’esprit pour tout plaquer et repartir à nouveau.

Alors je suis rentrée dans le moule. Ça, c’était la chose la plus simple.

Maintenant j’essaye d’en ressortir, un peu comme une guêpe tente de s’échapper de la bouteille de sucre qui l’a appâtée. I feel stuck.

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