Srebrenica, vivre avec : du web et des bulles

L’Histoire est souvent cruelle. Pourtant, certains événements historiques contemporains à notre époque passent vite aux oubliettes dans nos mémoires collectives. Le génocide de Srebrenica, drame né de la guerre de Bosnie en 1995 en est un parfait exemple. Certes le pays commémore chaque année depuis 2005, ce triste épisode avec une marche de paix, mais le pays a-t-il réellement pensé ses plaies ? Actuellement toujours ravagé par des divisions ethniques, rien n’est moins sûr.

Aujourd’hui quoi de mieux que les web documentaires pour heurter les sensibilités collectives d’un auditoire toujours plus friand d’interactivité. C’est en tout cas l’objectif que se sont fixés Céline Bagault, Delphine Tayac et Théophile Navet. Associés avec les équipes de production d’Arte, ces trois acteurs du web ont décidé de rendre hommage à la Bosnie-Herzégovine en proposant une nouvelle expérience en dessin : « Srebrenica, vivre avec ». Une bande dessinée qui propulse 20 ans en arrière et qui pose la question de l’héritage d’un conflit qui aujourd’hui encore, hante ses habitants. Afin de les comprendre au mieux, le trio s’est rendu sur place afin de constater lui-même les traces de ces heures sombres. Le fil rouge du projet s’articule donc autour d’un témoignage de premier choix puisqu’il suit le parcours de Muhizin Omerovic, dit « Djile » lors de la marche commémorative de 2014. En plus d’en être l’organisateur charismatique et, dans le même temps, un des plus fervents défenseurs de ces mémoires oubliées, il est aussi l’un des rares survivants du massacre. Nous parlons donc ici d’un témoin direct, un gage d’authenticité supplémentaire pour le travail de ces trois collaborateurs. Les qualités de rédactions de Céline Bagault et Delphine Tayac, couplées au coup de crayon de Théophile Navet, ne vous laisseront pas indifférent. Engagé, le parcours de Djile est livré sans artifice sur onze planches soigneusement dessinées. Quoi qu’il en soit, son combat mémoriel et politique pour la Bosnie est loin d’être terminé. Vous aussi entrez dans l’histoire.

Jeremie LEGER