Le championnat de foot de National, tremplin ou précipice ?

Promu cette saison en National, Quevilly a déjà composté son ticket pour la Ligue 2. (source : Tendanceouest.com)

Pris en sandwich entre les championnats amateurs et le monde pro, le National peut être accélérateur comme briseur de carrière. La troisième division mêle jeunes joueurs techniques et vieux briscards rugueux. Mais mieux vaut ne pas s’y éterniser. L’hétérogénéité autant sportive que financière, fait de ce championnat sans doute le plus instable du foot français.

Composé de 18 équipes depuis 2013, le championnat de France de football National correspond à la troisième division. Il tire sa singularité du fait qu’il oppose des clubs pro, à des clubs semi-pros et amateurs. Il représente en fait la parfaite transition entre le monde purement amateur (CFA et CFA2) et les divisions professionnelles (Ligue 1 et Ligue 2). Une hétérogénéité aussi bien sportive que financière qui alimente régulièrement le débat sur sa viabilité autant pour les équipes que pour les joueurs.

Structure pyramidale du football français (source : Wikipédia)

Le National, révélateur de talents sur le tard ?

Il n’en reste pas moins que nombre de joueurs se sont révélés en troisième division. Alors que certains empruntent la voie royale vers les pros avec leur club formateur, d’autres sont contraints de faire leur gamme en National. Des joueurs le plus souvent enlisés dans les arcanes du foot français, après avoir été rejetés de leur centre de formation. Mathieu Valbuena, Franck Ribéry, Olivier Giroud ou Laurent Koscielny autant de noms révélés en National avant d’être floqués, quelques années plus tard, sur le maillot de l’équipe de France.

Steve Savidan présente sans conteste le profil type du joueur ayant explosé sur le tard. L’ancien attaquant a évolué au troisième échelon jusqu’à ses 26 ans. Trois ans plus tard et après quelques buts enfilés, le Valenciennois a eu l’honneur d’être sélectionné en équipe de France. Un parcours des plus atypiques, au regard du dernier rassemblement des Bleus où Kylian Mbappé (18 ans), Ousmane Dembélé (20 ans) et Benjamin Mendy (22 ans) ont été sélectionnés face au Luxembourg.

Cette saison encore, ce constat s’est confirmé puisque Medhy Guezoui a été élu par la Fédération Française de Football meilleur joueur de la division à 28 ans. L’attaquant normand évoluait encore l’an passée à l’échelon inférieur (CFA). La saison prochaine, il goûtera pour la première fois de sa carrière au monde professionnel probablement en Ligue 2 (peut-être mieux si un club de Ligue 1 décide de le faire signer) avec ses coéquipiers de Quevilly Rouen Métropole.

Medhy Guezoui élu meilleur joueur de National par la FFF.

Un tremplin entre le monde amateur et pro ?

Si autant de joueurs parviennent à passer le cap professionnel en empruntant la voie du National, c’est avant tout par la proximité sportive avec la division supérieure. Selon Olivier Frapolli, l’ancien coach de l’US Orléans, « il y a moins de différence entre le National et la Ligue 2, qu’entre la Ligue 2 et la Ligue 1 ». La première division a -assez logiquement- toujours été réputée comme le championnat le plus technique de l’hexagone. L’étage inférieur étant lui considéré comme une compétition mettant en avant davantage les qualités physiques. Un point commun avec le National où évoluent des joueurs qui n’ont pas réussi à passer pro. De fait après quelques bonnes saisons en troisième division, il est possible de passer pro en Ligue 2.

L’ascension fulgurante de Quevilly Rouen Métropole et de son joueur Medhy Guezoui en est la preuve. La formation normande évoluait l’an passé au 4ème échelon, elle jouera la saison prochaine au 2ème niveau national. QRM n’a jamais acquis le statut professionnel, mais a pourtant réussi cette année à devancer des clubs qui en sont détenteurs à l’instar de Châteauroux, du Paris FC ou encore de Créteil.

Le National, “une vivier pour l’avenir” selon Manu Da Costa, le coach de QRM.

Contacté par nos soins, Medhy Guezoui justifie ce paradoxe par l’homogénéité sportive du championnat. « Nous sommes promus, pas taillé pour la montée à la base. Mais avec du sérieux et du travail, on a vu qu’on n’avait rien à envier aux plus grosses écuries. Alors on y a cru et on en est là. En National, il n’y a aucun match facile, pas de favori. Regardez même Épinal, il n’avait gagné que trois matchs jusqu’en avril et viennent de signer quatre succès en cinq matchs face à des candidats au podium. Dans ce championnat, il y a tout le temps des surprises. »


Un gouffre économique pour les clubs

Une difficulté à pronostiquer en début de saison les meilleures équipes qui entretien une certaine instabilité. En effet, il est quasi impossible de viabiliser un club en National. Le record de longévité dans ce championnat, détenu par le Paris FC et Pau, est de 10 saisons consécutives. Il est en Ligue 2 de 41 (Besançon) et de 44 en Ligue 1 (Nantes).

« On ne peut pas pérenniser financièrement un club en National. Ceux qui durent à cet échelon font en général faillite quelques années plus tard.C’est un championnat qui demande beaucoup de moyens avec très peu de revenus. », explique Mohamed Tria, président de Lyon Duchère.

Les clubs faisant faillites sont le plus souvent d’anciens club pro ayant gardé des structures professionnelles qu’ils ne peuvent plus supporter avec les faibles revenus de la division. On peut citer assez récemment Strasbourg (2011), Geugnon (2011), Le Mans (2013) ou encore Sedan (2013), qui ont tous fait faillite et ont été obligé de repartir 2 ou 3 échelons plus bas.

En 2015–2016, Luçon (ci-dessus) et Colmar ont été rétrogradés administrativement du National (crédit : Sud Vendée Info).

Il faut dire que la couverture médiatique du National est bien maigre en comparaison aux championnats professionnels. Les droits TV sont l’une des principales mannes financières des clubs. Or, les droits de la Ligue 1 ont été vendus à 726,5 M€, ceux de la Ligue 2 à 22M€ et ceux du National à 600 000€. Dès lors, ces clubs à mi-chemin entre le monde amateur et pro ont peu de ressources. Payer de bons joueurs pour espérer monter à l’étage supérieur est un véritable défi.

Pour le patron rhodanien, l’objectif de son club fraîchement débarqué en National est simple : en sortir le plus vite possible. « On espère donc monter en Ligue 2 d’ici trois ans maximum, évidemment le plus tôt est le mieux. », a précisé Mohamed Tria.

Le Poirée-sur-Vie a dit non à la faillite

Un club a pris une décision des plus atypiques dans le monde du football. À l’issue de l’exercice 2014–2015, le Poiré-sur-Vie a décidé de quitter le championnat pour repartir de CFA2 (cinquième division) et ainsi anticiper une probable relégation financière. Un choix qui avait surpris tous les observateurs à l’époque, puisque le club vendéen venait de finir quatrième à une place de la montée en Ligue 2. Trois ans après, le vice-président Jean-Luc Renaudin ne regrette pas et explique pourquoi il na pas voulu faire la saison de trop.
« Ça peut toujours être discuté ou regretté. On a pris une décision interne au club, cela n’était ni sportif ni financier. On a des gens très intelligents à la tête du club qui ne dépensent pas le sous qu’ils n’ont pas contrairement à certains clubs. C’était mûrement réfléchi et avec du recul quand on regarde par exemple Luçon, qui a continué pour finalement faire faillite et j’en passe et des meilleurs, je me dis qu’on a sans doute fait le bon choix. »

Un championnat de survie pour les joueurs ?

S’il est impossible de pérenniser financièrement un club en National, peu de joueurs peuvent espérer vivre décemment de leur passion à ce niveau. Une bonne partie d’entre eux survivent plus qu’ils ne vivent. Un choix entretenu par l’espoir de se montrer et de se trouver un club plus huppé qui leur offrira un meilleur niveau de vie.

En bas de l’échelle, on retrouve les licences amateurs. S’ils ne touchent officiellement aucun salaire de la part de leur club, ces joueurs sont le plus souvent employés par la mairie. Bénéficiant d’un emploi du temps aménagé, ils peuvent gagner jusqu’à 1 500 € contre quelques heures de leur temps. D’autres moins chanceux, vivent des allocations chômage de leur ancien club. Les primes de match peuvent par ailleurs apporter un peu de beurre dans les épinards.

Ensuite, on retrouve les contrats fédéraux correspondant au statut semi-pro, dont le salaire minimal est fixé à 1 742 € mensuel. Ce qui reste peu pour des personnes ayant dédié leur vie au football sans avoir forcément anticipé l’après-carrière. De plus certains clubs ne parviennent pas à payer ces minimas et se voient obligés le paiement en nature, souvent via les partenaires du club, pour échapper aux charges sociales. Les joueurs bénéficiant d’un certain “statut”, à savoir les cadres ou les buteurs, peuvent toucher entre 3 000 et 6 000 €. Un luxe que peuvent uniquement se payer les clubs ambitieux de la division.

Enfin on retrouve les contrats pro. Gérés par la Ligue de Football Professionnelle, ils ne concernent que les clubs de ce statut à savoir ceux ayant été relégués de Ligue 2 la saison précédente. Les salaires sont également de l’ordre de 5000 à 6000 €. De rares maximas qui restent bien loin des salaires moyens de la Ligue 2 (7 500€) ou de la Ligue 1 (38 000€).

Enquête et propos recueillis par Julien Guibet.

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