Les leçons de recrutement de Star Wars

J’ai regardé Star Wars pour la première fois pendant les vacances de Noël. Oui, j’avais jusqu’ici manqué ce monument je connaissais les répliques cultes, par contre je ratais certaines blagues).

Finalement tant mieux, car j’ai été impressionnée par les leçons de recrutement des premiers épisodes (1 2 3 et pas 4 5 6). Dans le premie épisode en particulier, l’équipe que l’on suivra ensuite sur les autres épisodes se construit autour de Ewan McGregor, alias Obi-Wan et de Liam Neeson, alias Qui-Gon Jinn.

Première rencontre : Jar Jar Binks, qui au début n’a pas l’air très malin, mais qui connaît les lieux. Sanctionné par un premier employeur/chef, il a visiblement été mal jugé, car il va se révéler un atout précieux : emmener les Jedis en sécurité et leur permettre de s’échapper. Un guide dans une ville hostile. A noter que ce guide, “travailleur peu qualifié” comme on dirait dans un jargon économique qui ne me manque pas du tout depuis la fin de mes études à l’Ecole d’Economie de Paris, devient ensuite “aide de chambre” de l’impératrice, autre travail peu qualifié. Première recrue, donc : l’homme à tout faire. Equivalent start-up (comprendre la première recrue possible dans une boîte en devenir) : un.e stagiaire, qui va faire du community management et d’autres petites missions et ainsi permettre au fondateur de sortir un peu le nez du guidon et d’essayer de construire quelque chose de plus consistant qu’un compte Twitter et qu’un compte Facebook. Note : beaucoup de start-ups prennent le temps de remercier leurs premiers stagiaires sur leur site internet, car sans eux elles ne seraient rien, et cette initiative est très cool (prendre le temps de le faire + coucou Generation précaire).

Puis les Jedis réussissent à atteindre la reine des Naboos, Padmé (en fait une decoy — mais peu importe pour l’instant). Une femme qui pourra peser auprès de personnalités importantes et donc infléchir des décisions en leur faveur. Equivalent start-up : premier investisseur/1ère investisseuse. Une personne qui mouille la chemise, prend des risques en s’exposant personnellement, et invite d’autres à les suivre.

Troisième recrue essentielle bien sûr : le jeune Anakin Skywalker. Alors petit garçon “à tout faire” dans l’équivalent d’une casse automobile sur la planète Tatooine, le jeune Anakin a un don que Ewan, pardon Obi-Wan, décèle rapidement : il est très bon pilote. Intéressant ici, et un fait que j’ai noté dans la vraie vie : le décalage entre le diplôme des gens, voire leur métier, et leurs compétences. J’en suis un exemple vivant (start-upeuse versus diplôme d’ingénieure, donc censée faire des calculs pour construire des ponts), et je l’ai souvent observé autour de moi. Dernier exemple en date, une stagiaire en communication qui fait des fautes d’orthographe mais qui est une excellente coach et visionnaire. Compétence n°3 détectée donc : le pilote. Equivalent start-up : étant donné la prépondérance du pilotage de vaisseaux intergalactiques dans la série, je dirais, selon le métier de la start-up : développeur/créateur du corps de métier de la start-up.

Ensuite : R2D2 : le robot qui vous dépanne en toutes occasions. R2D2 est repéré car il se sort bien d’une situation donnée (il ne se fait pas défoncer par les tirs intergalactiques des méchants). Un peu comme si on vous donnait un challenge et que vous le meniez à bien ; une sorte de sélection naturelle pas très naturelle qui montre qui est le meilleur = qui survit. Il m’est déjà arrivé de réfléchir de cette façon (tiens, lui/elle se débrouille bien, si j’avais besoin de quelqu’un sur ce sujet cela pourrait être cette personne-là…) en observant des personnes autour de moi. C’est à mon sens l’essence d’un recrutement efficace dans une start-up puisque dans une start-up, on a surtout besoin de MacGyvers. Et puis enfin, au passage, 3PO. 3PO, c’est presque le recrutement familial, celui qui n’a pas forcément une grande utilité dans l’équipe mais qui était là au bon (ou au mauvais moment), et qui y reste. Ok, aucune start-up ne fait de recrutement familial, mais j’en connais quand même au moins une qui en a fait, parce que c’est plus simple, parce qu’au début on bidouille. Donc ça existe. 3PO est cette personne-là :)

En France, cette question du recrutement est parfois taboue (il faut sélectionner et choisir, et donc dire non à certains) ; mais le sujet tellement clé pour le succès d’une startup que j’ai été impressionnée de voir cette petite équipe se constituer dès le premier épisode sur des critères finalement similaires à ceux que j’utilise :

  • le diplôme ne veut pas dire grand chose, ni sur les compétences, ni sur les motivations (une bonne nouvelle pour l’ascenseur social puisqu’on retrouve dans les grandes écoles les enfants de ceux qui ont fait des grandes écoles) ;
  • les gens ont souvent des compétences qui ne sont pas celles qu’ils ont l’occasion d’exercer dans leur métier, et c’est d’ailleurs toujours un plaisir que de les découvrir et de les mettre à jour
  • rien ne vaut un test “in real life” pour voir comment quelqu’un se débrouille, et en particulier, pour évaluer son niveau de “débrouillardise”.