“Nous sommes une survivance”

À 10 heures, le rideau s’ouvre. Tous les samedis, Françoise Pariset tient la permanence de la Bibliothèque pour Tous de la rue du Plat, à deux pas de la place Bellecour. C’est dans ce local, où les chaussures des lecteurs crissent sur le parquet, que cette ancienne professeure de lettres travaille comme bénévole depuis sa retraite. Sa mission : donner aux gens le goût de la lecture, puis apprendre à connaître leurs attentes pour pouvoir les conseiller au mieux. Parfois même, oser leur proposer autre chose, pour élargir leurs horizons.

Jaques Rochefrette, grand habitué de la bibliothèque, toujours attentif aux conseils de Françoise Pariset

Ce jour-là, Jacques Rochefrette est le premier à faire son entrée. À peine assis devant le petit bureau en bois pour échanger ses livres, ce passionné de tennis de 87 ans sort ses lunettes, sa liste de livres et discute avec la bénévole de ses auteurs favoris. Ce qu’il aime avant tout, ce sont les romans policiers. Plus jeune, il lisait des “livres historiques sérieux”, mais aujourd’hui “ça devient pénible car il y a des tas de choses à retenir”. Il repart quelques minutes plus tard, “prêt à essayer” un nouveau livre, comme souvent depuis les onze années qu’il fréquente la bibliothèque. Les titres des ouvrages qu’il a empruntés sont minutieusement répertoriés à la main sur un grand cahier. À la Bibliothèque pour Tous, l’informatique n’a pas encore fait son entrée. “Nous sommes une survivance”, explique Françoise Pariset, qui résume d’une phrase ce qui donne à cette bibliothèque tout son sens : “ce serait plus facile avec des ordinateurs, mais moins intéressant”.

À La Bibliothèque pour Tous, pas d’ordinateur ni de fichier informatique. Tout se fait à la main.

Les lecteurs apprécient cette atmosphère quelque peu surannée. L’endroit n’est pas très grand, il faut parfois se faufiler entre les étagères. Au milieu des rayons, de petites tables sont à la disposition de ceux qui voudraient commencer leur lecture sur place. Les bénévoles vont et viennent, prodiguent leurs conseils. Avec le temps, ils apprennent à mieux connaître les goûts de chacun. “J’en voudrais un beau pour ce week-end si possible”, demande Sophie Faisant en rendant ses précédents emprunts. Fréquenter la Bibliothèque pour Tous est pour elle une histoire de famille : sa fille et son mari font de même depuis qu’ils n’ont plus assez de place chez eux pour stocker des livres. Ce dernier, justement, arrive en vélo quelques minutes plus tard. “Je ne crois pas que ça vous plaira”, prévient Françoise Pariset alors qu’elle l’aperçoit feuilleter un ouvrage sur le présentoir.

Ce n’est pas tous les jours comme ça. Parfois, seuls un ou deux lecteurs pointent le bout de leur nez. Certains préfèrent ne pas demander de conseils, foncent vers les étagères et choisissent un livre en quelques secondes. C’est là passer à côté de ce qui fait tout l’intérêt de cet endroit. À La Bibliothèque pour Tous, chacun peut prendre son temps, solliciter les bénévoles, échanger autour de ses lectures. Du sur mesure en somme, bien différent d’un résumé publié sur Amazon.

Juliette Perrot

Show your support

Clapping shows how much you appreciated Juliette Perrot’s story.