Le Parisien 25 septembre 2015

Bruno, le cireur de chaussures devenu star de clip

BOULOGNE-BILLANCOURT. A 50 ans, celui qui se décrit comme un « homme de la rue » est désormais le héros d’une vidéo déjà vue plus de 40 000 fois en dix jours.

« ÇA ME FAIT PLAISIR… Les gens s’arrêtent pour discuter et me parler du clip », sourit-il modestement. Bruno, 50 ans et « homme de la rue » — il n’aime pas le terme « SDF » — , est la vedette d’une vidéo qui a été vue plus de 40 000 fois en dix jours, qui met en valeur son quotidien de cireur de chaussures à Boulogne-Billancourt. Il s’agit du clip de « Vers l’avant », un morceau de Roberdam, auteur-compositeur de chanson française pop. A l’origine, son texte évoque une rupture amoureuse… mais son ami Fred Rozot, réalisateur boulonnais, pense tout de suite à Bruno, qu’il connaît depuis cinq ans : « Pour moi, ça parlait de la vie de Bruno. C’était l’occasion de faire un clip documentaire avec lui. »


« Je voulais montrer autre chose que ce qu’on a l’habitude de voir sur les SDF » Fred Rozot, le réalisateur


Bruno s’est installé à Boulogne voilà dix-sept ans, avec sa femme et sa fille. « Mais j’ai déconné », évoque-t-il. Depuis une dizaine d’années, il vit dans la rue. Et voilà cinq ans, il s’est improvisé cireur de chaussures. « Ma première boîte, je l’ai fabriquée moi même avec une caisse de chez Nicolas (NDLR : le caviste) », raconte-t-il. Le cordonnier du coin lui avance des pots de cirage, et il se lance… Son principal point d’ancrage, c’est le bureau de poste central. Chez les commerçants, on n’hésite pas à lui donner un coup de pouce. Comme ce libraire et cette boulangère qui apparaissent dans le clip. « Il a le moral, il parle avec tout le monde et les gens l’aiment bien ! salue Fred Rozot. Ce qui m’a intéressé, c’est sa personnalité et son rapport aux autres. Avec le clip, je voulais montrer autre chose que ce qu’on a l’habitude de voir sur les SDF. » D’ailleurs, quand on regarde la vidéo, on n’imagine pas un instant que Bruno est dans son propre rôle. Fred l’a suivi avec une caméra pendant trois jours au mois de juin, sans mise en scène. Tout se passe selon « les itinéraires de son quotidien ». Le Bruno du clip, c’est celui de la rue : le casque audio est le sien, la chemise et la veste sont celles qu’il porte tous les jours. Roberdam, qui ne connaissait pas le personnage, est ravi du rendu du clip. Bruno également : « Même si ce n’est pas mon style de musique, j’ai tout de suite accroché. Il y a plein de choses émouvantes. Et j’ai trouvé que ça allait bien avec ma vie. » Une vie qui s’adoucit : il y a tout juste un mois, Bruno est même devenu locataire d’un 12 m².

JUSTINE CHAUVIN

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.