Le Parisien 5 septembre 2015

Ces Français tendent la main aux migrants : ils sont prêts à les héberger chez eux

ILS ONT UNE CHAMBRE ou un canapé de disponible et surtout du cœur. Ce jeudi soir à Paris, ils sont une cinquantaine de simples citoyens à prendre part à la réunion d’information de l’association d’entraide Singa. Celle-ci s’apprête à lancer une plate-forme sur la Toile (www.singa.fr) destinée à mettre en relation les réfugiés et les bonnes âmes désireuses de les héberger au moins deux semaines. Tous, pionniers de l’opération baptisée Calm (Comme à la maison), sont prêts à offrir le gîte et le couvert à un colocataire venu d’ailleurs, de Syrie, d’Afghanistan ou d’Erythrée. « Vous pouvez vous applaudir », s’exclame Alice Barbe, codirectrice de Singa, très émue par un tel élan de solidarité. Elle est là pour rassurer son auditoire, lui signaler que l’hébergé, l’hébergeur et l’association peuvent signer un contrat ou qu’une hotline est joignable 24 heures sur 24. Evidemment, le geste doit être totalement gratuit. « Demander de repeindre une chambre contre un hébergement, c’est non, c’est une forme d’exploitation », martèle-t-elle. Pour multiplier les chances de réussite de la cohabitation, les généreux candidats sont invités, « comme sur les sites de rencontres », à remplir une feuille de profils recensant, entre autres, leurs passions et leurs trois grandes qualités.

« Il faut arrêter d’avoir peur »

Françoise, 60 ans, sans profession, vit dans un petit appartement de 42 m2 dans le XIVe arrondissement de la capitale. « Mais je peux transformer ma salle à manger en chambre pour recevoir un réfugié », témoignet-elle. Quand elle a découvert sur Internet la photo d’Aylan, l’enfant syrien gisant sur une plage turque, elle s’est sentie trop mal. « J’ai vu en lui mon petit-fils, il lui ressemble. Et je me suis demandé : comment puis-je aider ? J’ai l’habitude de donner à des associations caritatives, mais ce n’est plus suffisant. Devant l’inaction et l’attentisme des politiques qui ont la trouille que l’accueil de migrants ramène des voix au FN, la réaction doit venir de la base. Ouvrir mon chez-moi, c’est un pied de nez aux politiques et aux égoïsmes. Il faut arrêter d’avoir peur », insiste-t-elle. Claudia, 65 ans, jeune retraitée du Val-d’Oise, a, elle aussi, été anéantie par le cliché du « petit gamin ». « J’ai une grande maison et je sers à rien, mes enfants sont partis, mon mari est décédé », confie celle qui souhaite se rendre utile. « Y en a ras le bol, faut faire quelque chose, c’est à nous de nous y mettre ! » lance cette révoltée.

« On se retrousse les manches face à l’échec des politiques ».

Assis au premier rang, Marion, consultante, et son mari Loïc, ingénieur, 29 ans tous les deux, ont décidé de « se retrousser les manches face à l’échec des politiques ». Ce couple de Vigneux-sur-Seine (Essonne), qui a eu vent de l’initiative Calm sur Facebook, entend donner « l’image d’une France ouverte ». Le débarras sera métamorphosé en cocon. « On voit ça comme une colocation enrichissante », décrit Marion. Elle veut plus que fournir un lit à son hôte, elle ambitionne de lui donner un coup de pouce dans ses démarches administratives, pour son CV… « Pour être arrivé jusqu’ici, il sera forcément débrouillard », lâche-t-elle. A trois chaises de là, Bruce, retraité parisien, se demande s’il va franchir le pas. « Je suis hésitant quand il faut se substituer à ce qui est du devoir de l’Etat. Mais là, compte tenu de l’ampleur des chiffres, je peux comprendre qu’il n’ait pas les moyens de répondre à la crise », confie-t-il.

« Cela m’a sauvé »

Colette, franco-américaine de 58 ans, a déjà hébergé par le passé des étudiants étrangers originaires du Nigeria ou de République tchèque. Désormais, cette prof d’anglais, qui a débarqué dans l’Hexagone il y a trente-cinq ans, verrait bien la chambre d’amis occupée par un réfugié. « Je veux aider les autres à s’intégrer. Ce n’est pas évident de s’adapter, moi-même j’ai vécu ça », raconte cette habitante de Seine-et-Marne. Dans la salle, Foday, 29 ans, arrivé de Sierra Leone en France il y a quatre ans, est le meilleur porte-parole de l’accueil chez l’habitant. Il a connu les nuits sans sommeil dans les bus. Mais on lui a aussi tendu la main, hébergé trois mois durant par une famille. « Cela m’a sauvé, m’a sorti de la solitude, m’a redonné confiance. On m’a tout ouvert, la maison, comme le frigo ! » se souvient-il. Ce comptable est aujourd’hui président de l’association Singa. « Ne voyez pas les réfugiés sous l’angle de la misère mais plutôt de leurs talents », répète-t-il.

VINCENT MONGAILLARD AVEC JUSTINE CHAUVIN

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