#Bribes
Sans début ni fin. Reprendre là où on a laissé l’histoire en suspend. Revenir de temps en temps. Y lire autre chose que ce qu’on croyait avoir écrit. La puissance des mots. Eternels, eux.

Discussions
« J’ai relu ton message plusieurs fois et chaque fois j’y ai lu d’autres sens. Ça m’a rassurée un moment, car je me disais que tu avais raison, qu’on avait effectivement réussi à déployer une énergie unique pour améliorer notre quotidien. À d’autres, je me suis dit que c’était un réel échec de mon côté. Je ne sais toujours rien de ce que je veux, de qui je suis… Ce même vide existentiel qui va et vient mais persiste dans sa ponctualité.
Puis, encore, j’ai essayé d’être lucide et je me suis dit que si je vous portais une certaine admiration à toutes les trois pour le parcours que vous avez accompli, et que tu m’y identifiais, alors peut-être que ces méandres sont indispensables pour mieux se retrouver. Et peut-être que je ne suis pas aussi perdue et étouffée par mes peurs, que ce que je ne le pense. »
Perspective
A quoi est dû le marasme dans lequel je suis immergée ? Qu’est-ce qui rend le concept même de « marasme » à ce point évocateur dans le contexte socio-culturel que représente la vie en 2016, dans une grande métropole comme Paris ? « Un état pathologique dû à un apport énergétique insuffisant », selon le Larousse en ligne. La communion de plus de douze millions d’âmes à haut potentiel énergétique peut-elle causer autant de comportements psychotiques ? Car si Paulo Coelho a raison et que « tout n’est qu’une seule chose », on tendrait vers un destin commun qui devrait, théoriquement, nous mener vers la vie. Quand je dis « la vie », je ne parle pas de son antagonisme, la mort. La vie, c’est la soif de l’expérience de soi, de l’autre.
J’ai eu du mal à pouvoir fidèlement aligner mes mots sur les ressentis qui m’ont traversés ces derniers mois. Logique, d’une certaine manière, car l’affect est purement indicible et ne peut qu’être illustré ou décrit. Il n’empêche que lorsque l’on vit dans le monde physique, qui impose nécessairement de sortir de sa tête, il demeure indispensable de pouvoir communiquer avec le reste du commun des mortels. D’élaborer des raisonnements à la portée de tous ceux qui ne font pas l’expérience de ces stimuli subjectifs. Dans le cas contraire, la communication est rompue. La personne à qui l’on s’adresse se sent perdue, ou plus grave; pas à la hauteur. Evidement, personne ne voudrait contribuer à nourrir des frustrations qui, en amont, n’émanent que d’un seul esprit et de ses névroses, schémas, projections.
J’ai donc eu beaucoup de mal à rationaliser et cartographier mon flux d’émotions et de réflexions. Je me rappelle encore avoir partagé de longs moments de silence avec des amis, avant que ne s’amorce la transformation qui nous a tous bouleversé. Des silences plus importants encore que tous les mots qu’on essayait de placarder sur les millions de sensations qui nous traversaient alors. « On vit un moment charnière » me disait l’une. L’autre aussi était convaincue que « plus rien ne sera jamais comme avant ». Il y avait comme un vent de deuil, ou plutôt, de métamorphose, sans qu’aucune de nous ne sache ce qu’il en retournerait. L’excitation était palpable, on avait toutes fait des plans sur la comète qui n’allaient pas se cracher, selon nos prédictions « ultra-réalistes »... Cette excitation renfermait tout de même un potentiel de nervosité assez déconcertant, car la marge de manœuvre dont on héritait soudainement, était telle qu’on se sentait comme invincibles. Le sentiment d’omnipotence de l’Homme tient à peu de choses et c’est précisément en arrivant à Paris et en faisant l’expérience des autres, que je l’ai plus que compris, expérimenté.
Si je peux me réclamer d’une force, c’est celle de ne pas craindre la mort. Cela ne veut pas dire qu’elle ne me touche pas lorsqu’elle s’abat sur mes proches, ou qu’elle sévit sur des pans entiers de civilisations. Je ne rencontre simplement pas de difficulté à vivre avec l’idée que notre passage physique ici nous mènera tous au même endroit, quoiqu’il advienne, et personne ne sait où. Cela me rend indubitablement très peu impressionnable. D’ailleurs, je ne compte pas le nombre de fois où ma neutralité m’a désavantagé, car certaines situations imposent — semble-t-il, de se mettre en posture d’admiration. L’ironie, c’est que la plupart du temps, cette adulation imposée par le contexte ne m’accommode en rien. Je n’idolâtre pas ces personnes dont la notoriété précède les propos, je ne suis pas éblouie par la grandeur matérialisée de ces gens qui font inutilement parler d’eux. Cela ne signifie pas pour autant qu’aucune émotion ne m’habite et que jamais personne ne parvient à me toucher.
Bien au contraire.