Feminism, what’s wrong with you?
Le féminisme, ça s’en va et ça revient. Il fait partie de ces sujets de débat contemporain qui font toujours parler. Café du commerce, star système, ONG, il y en a manifestement pour tous les goûts dans toutes les époques. Pour, contre, re-pour, re-contre.


Alors que Reshma Quereshi, une adolescente indienne brûlée à l’acide par son beau-frère et ses amis, défile à New York pour la Fashion week et qu’Angelina Jolie continue de sensibiliser le monde aux violences sexuelles commises dans le cadre de conflit armé lors du “UN Peacekeeping Defense Ministerial”, d’autres prennent des selfies en brandissant un minable bout de papier exprimant sommairement pourquoi elles ne sont pas féministes:


Racisme, radicalisme, islamisme, fanatisme, opportunisme, consumérisme ou féminisme.
Tous ces mots en isme nous font peur et nous dérangent. Mais est-ce vraiment cette foutue terminaison qui donne ce goût amer à ce si vénérable mouvement, qui mériterait mille honneurs et surtout pas mille détracteurs?
Les amalgames et les stéréotypes ont ici — une fois encore — bon dos.
#Fat quiproquo

Emma Watson, lors de son mémorable discours onusien de 2014, affirmait que “le féminisme, par définition, c’est croire que les hommes et les femmes doivent être égaux en droits et avoir les mêmes chances”.
Juliette Binoche a le sentiment que ce terme “met simplement les gens dans un état d’esprit stéréotypé“. Sarah Jessica Parker pense qu’il serait plus opportun de migrer sur l’humanisme afin de killer toute séparation liée au genre. Kelly P. (super nom d’emprunt), elle, poste sur Facebook qu’elle n’a pas besoin du féminisme, car elle respecte les hommes.

Enfin, Shailene Woodley en rajoute une couche en prétendant que “Le mot féministe est un mot qui discrimine”.
Qui discrimine…
Alors qui a raison?
Les féministes sont-elles des relous radicales internationales à grande gueule ou des courageuses infatigables?
Peut-on comparer le féminisme à de la discrimination?
Si tel est le cas, comment nommer aujourd’hui un mouvement de défense des droits de la femme contre les discriminations — toujours existantes — à son égard?
Il semblerait en fait que le mot en lui-même pose déjà un sérieux problème. Ne l’utilisez pas, il a mauvaise réputation qu’ils diraient.
D’un côté nous avons les new-fem (permettez-moi l’expression) qui rêvent d’humanisme et de non-genre (genre…), et de l’autre, les archi-contre pour qui le féminisme contemporain serait juste une version nénette de l’homme macho dont on se passerait bien. Alors quoi?
Féminisme 2016: Humanisme?
Soulevons ici un sérieux paradoxe. Les personnalités ou autres citoyen(ne)s lambda reniant le féminisme (ou souhaitant le faire évoluer) ne semblent pas être opposées à l’égalité des droits ou à l’accès aux mêmes chances. Elles ne semblent pas non plus renier l’évidence d’une discrimination liée au fait d’être une femme. Subsiste donc toujours ce fichu mot et sa guigne.
Le féminisme — nous l’avons vu plus haut — engendrerait en somme une sorte de discrimination inversée. Genre, t’as peur d’avoir été engagée parce que tu es justement une femme et non pas parce que tu as les compétences requises, mais si on ne t’avait pas engagée, cela aurait pu potentiellement être perçu comme étant à cause de ton sexe, du coup les RH ont préféré ne pas prendre le risque et respecter leurs quotas. Aïe ma tête.
L’argument prévalant ici serait de ne plus faire de distinction aucune quant au genre, d’intégrer le féminisme dans lutte plus globale et d’élever le débat.
Peace and Love, aimons-nous tous. Bien sûr, quelle riche idée, je suis sincère. All Problems matter. Je suis l’Humanité. One Love.
Mais attention, nous parlons ici de deux choses diamétralement opposées.
Alors que l’humanisme s’attarde aux discriminations générales touchant l’homme, le féminisme lui s’attarde à celles touchant les femmes. “Ah non sorry je suis pas féministe, je suis pour la liberté humaine dans son ensemble”. Ouais, ok, sinon on peut être les deux, enfin, moi je dis ça je dis rien.
Historiquement, il est compréhensible, normal et légitime qu’un mouvement (que tout mouvement de lutte contre une quelconque ségrégation) se soit formé.
Discriminer en fonction de quoi que ce soit est une spécialité terrienne et il y en a pour tous les goûts. Genre, couleur, nationalité, sexualité, religion, taille de chaussures, faites votre choix, c’est gratuit. Sic Semper Tyrannis. Par contre, nous ne souffrons pas tous des mêmes discriminations et nous pouvons aussi les cumuler. Champagne.
Alors oui, aujourd’hui les règles et la loi ont changé, l’opinion publique a évolué, on ne peut plus faire et dire tout ce que nous ressentons, car certains droits ont été promus au rang de Droit de l’Homme, jackpot.
Discrimination liée au sexe, ma foi, il y en a encore. La noyer dans une cause plus globale, c’est juste cacher la merde au chat.
Féminisme moderne trop radical?

Le féminisme, comme tout mouvement, comporte des détracteurs et des extrémistes. Pas de chance, un mouvement parfait n’existe pas, quelle utopie.
Il reste un mouvement à l’Histoire noble, qui a voyagé, évolué, s’est transformé et qui nous a surtout permis d’être aujourd’hui des femmes dans le monde. Ou un être humain dans le monde, comme vous voulez.
Women Against feminism avoisine les 50’000 likes sur Facebook. Leur concept? Poster des selfies de citoyennes, ayant dans les mains un bout de papier sur lequel on peut lire leur raison au non-féminisme.

J’avoue, les motivations tiennent la route et sont brillantes:
- Je ne suis pas féministe, car anéantir les hommes ne sauvera rien
- Je ne suis pas féministe, car je ne suis pas une victime
- Je ne suis pas féministe, car les femmes ont déjà gagné la bataille
- Je ne suis pas féministe, car mon mari n’est pas un oppresseur
- Je ne suis pas féministe, car les problèmes des hommes ont également une importance
Bien sûr, tous les humains se valent. L’homme et la femme sont égaux, leurs problèmes également. En étant féministe il ne s’agit pas de contrôler l’homme, ou de le flinguer. C’est n’est pas l’un contre l’autre, mais l’un avec l’autre. Défendre nos droits ne veut pas dire chier sur ceux des autres, si?
Si les féministes que vous croisez affirment l’inverse, fuyez braves gens, il ne s’agira que d’une hystérique de plus. Croyez-moi, elles ne vivent pas que dans FemLand.

Je rappellerai aux contre-féministes occidentales que même si de par chez nous, nous sommes au stade du peaufinage, ailleurs dans le monde tout reste à faire. Il est beau le discours humaniste, mais du coup englobons toutes les régions du monde au passage. Certains droits primaires touchant la femme et uniquement la femme sont encore quotidiennement violés ailleurs, ne les oublions pas. Oui, il y a encore du boulot:
- Droit de se marier avec qui l’on veut et d’avoir l’âge pour le faire. Parce que 82% de fillettes mineures ont déjà une bague au doigt au Niger.
- Droit de ne pas être vendue. Parce que chaque année, 4 millions de femmes et de fillettes sont vendues pour le mariage, la prostitution ou l’esclavage
- Droit de ne pas subir de mutilation génitale. Parce qu’elles sont encore 130 millions à en être victimes.
- Droit de ne pas être considérée comme un objet de crime de guerre. Parce qu’au Rwanda, elles étaient plus de 500’000 en 1994 et près de 40’000 en Bosnie en 1992.
- Droit d’être un enfant digne. Parce que chaque année, environ 2 millions de filles âgées de 5 à 15 ans sont contraintes à la prostitution.
Comment nommeriez-vous celles qui se battent encore pour ces causes, et non pour notre salaire égal, je vous le demande.
Pour aller plus loin:
- Amnesty International
- Voix d’elles rebelles
- Femen
- Gams
- Mouvement mondial des droits humains
- Commission fédérale pour les questions féminines
- Egalité.ch
- Actuelles
- Alliance F
- Association suisse pour les droits de la femmes
- ONU Femmes
- He for she
