La conversation

Je marchais nonchalamment dans Paris avec aucun but précis, sinon de remplir mon imagination de la beauté des ruelles et des passants, de cette atmosphère si poétique que l’on ne trouve qu’à Paris. Je suivais un oiseau du regard quand il survola de très près une vielle dame. Apeurée, elle lança un cri perçant, je sursautai.

-Vous allez bien madame ? je m’empressais de lui demander en m’approchant d’elle.

- Euh, oui jeune homme… C’est cet oiseau…

- oui j’ai vu cela. Lui dis-je en m’efforçant de freiner un sourire en coin.

- Vous devez sûrement me trouver idiote dit-elle en riant franchement. Nous marchâmes un instant côte à côte. Elle m’expliqua de façon hilarante d’où lui venait son aversion pour les oiseaux.

« J’avais vingt ans, et pour la première fois de ma vie un homme, Patric, m’avait demandé de sortir avec lui. Nous étions au parc, et il ne faisait que parler de lui, de bolide, de boxe. C’était un stéréotype de l’homme viril, grand, poilu et bourru. Pourquoi ai-je cédé à ses avances me demanderez-vous ? Pour que mes amies arrêtent de vouloir me caser à tout prix. Pour elles, le célibat était synonyme de malheur, de jeunesse gâchée. Il parlait sans interruption, comme moi en ce moment, et tout en hochant la tête, j’avais repéré un couple de pigeons derrière lui. Le mâle roucoule dit-on pour séduire la femelle. Mes yeux voyageaient de Patric, au pigeon, relevant le buste en roucoulant en face de sa demoiselle. Depuis ce jour, j’associe les oiseaux à Patric, et me dit qu’il faut être un pigeon pour aimer ces bêtes là. »

En rentrant dans mon appartement, je me suis dit que j’avais trouvé une autre forme de beauté que j’ignorais, une beauté qui ne se lit pas obligatoirement sur l’apparence des passants, mais dans l’originalité de leur entendement.

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