Nous avons rencontré Jacopo Barigazzi

Cet entretien exclusif est un extrait de la quinzième série de la lettre du dimanche — par ici vous pourrez recevoir les prochaines

Attention — cet entretien n’est pas censé représenter le point de vue de POLITICO.EU

Groupe d’Études Géopolitiques — Politico a ouvert la semaine du traité de Rome en se souvenant d’une figure importante mais restée dans l’ombre (vous écrivez par exemple : « don’t expect any of the EU27 leaders to namecheck Kojève when they celebrate the Treaty’s 60th anniversary »). De quelle manière la figure de Kojève habite-t-elle encore l’institution ? Y a-t-il par exemple des salles Kojève, ou des personnes qui le connaissent et qui pourraient s’y référer, ou s’en souvenir ?

Jacopo Barigazzi — Il habite l’institution au sens où sa contribution à la construction du traité a rendu possible la naissance de l’institution même mais je n’ai jamais vu de salle dédiée à lui, peut être en existe-t-il mais elles sont bien cachées, je l’exclurait… J’ai parlé de lui à beaucoup de diplomates pour me rendre compte qu’ils ne le connaissaient pas. Mais après la publication de l’article, certains fonctionnaires du Parlement m’ont à l’inverse écrit qui le connaissent et se réjouissaient de voir l’attention sur sa figure.

Au-delà de la logique purement journalistique, y a-t-il un aspect de la figure de Kojève qui vous a porté à le revaloriser comme « architecte de l’Europe », en l’opposant par exemple à des figures plus canoniques ?

Au-delà de la logique journalistique, l’intérêt vient aussi du fait que quelqu’un comme lui, auteur d’un texte essentiel sur Hegel et de textes exceptionnels, comme celui sur l’autorité, ait pu choisir de s’investir dans la construction de l’Union. Personnellement je trouve aussi intéressante son application de l’hégélianisme à la pratique politique et diplomatique, comme quand il préparait trois textes différents, un marxiste, un thomiste et un de synthèse, en vue des tractations. Tout comme je trouve intéressant le fait qu’il soit né en Russie dans le cadre de la discussion qui consiste à se demander si la Russie est ou non dans l’Europe.

Si Kojève avait pu lire le Livre blanc, pour quelle solution croyez-vous qu’il aurait opté ?

Répondre relèverait en logique de ce qu’on appelle le « vrai vide », au sens où la prémisse étant fausse puisqu’il ne l’a pas lu, tout peut être dit. Mais je me plais à l’imaginer fédéraliste…

Des figures comme celle de Kojève existent-t-elle encore dans la haute administration européenne ?

Je n’ai pas l’impression d’avoir vu de telles figures, surtout pas dans les rangs des plus jeunes en tout cas. Un fonctionnaire de la Commission se plaignait auprès de moi après la publication de l’article que de tels personnages n’existent plus. Parmi les plus anciens il y des personnes d’épaisseur, mais évidemment personne qui puisse rivaliser avec Kojève. Dans certains corps diplomatiques seulement il y a des figures de valeur de tout âge. Je crois cependant que le blocage reste le problème hégélien de la lutte pour la reconnaissance : s’il y a des semblables de Kojève, on a du mal à les reconnaître.

Dans quel environnement pensez-vous que l’isomorphe de Kojève travaillerait-il aujourd’hui ?

Probablement à la Banque Mondiale, à cause de son intérêt pour les problématiques liées au développement.

Avez-vous eu des retours particuliers après la publication de l’article ?

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