#Finisher. 1er Marathon. Paris 2017.

Retour sur une expérience hors du commun.

« Si vous voulez devenir le meilleur coureur que vous pouvez être, commencez dès maintenant. Ne passez pas le reste de votre vie à vous demander si vous pouvez le faire. »
- Priscilla Welch

Comme je l’expliquais il y a un peu plus de 48h dans mon post #42195, je m’étais inscrit à ce Marathon de Paris 2017, mon premier Marathon, par défi personnel. J’aime les défis et surtout j’aime aller au bout de mes idées, les concrétiser, atteindre mes objectifs et les dépasser. Courir un Marathon faisait enfin partie de ma “bucket list” (la liste des expériences que vous souhaitez vivre au cours de votre vie).

J’ai eu beau lire, relire, entendre et réentendre que j’allais souffrir, que la fin serait difficile, qu’un Marathon “ne commence qu’au 30ème km”, je ne m’attendais pas à ressentir tout ce que j’ai ressenti, à devoir surmonter une telle épreuve physique et surtout psychologique. J’en ressort heureux, fier d’être allé au bout et grandi.

Je m’étais lancé ce défi 364 jours avant, le 10 avril 2016 !

J-1 — Samedi 8 avril 2017

Matinée super, au soleil, en famille, les jambes légères. Pique-nique dans un parc. Retour à la maison et sieste générale parents + enfants. En fin d’après-midi, je prépare mon petit-déjeuner du lendemain : le “breakfast energy cake” d’Isostar (merveille culinaire à faire pâlir d’envie Top Chef !). Le soleil se couche, je me sens alors plus excité et impatient que stressé. Toutes mes affaires sont prêtes. Dernier coup d’oeil sur la page Facebook du Marathon et je me couche. La nuit fut plutôt bonne je crois, bien que courte.

Jour J — Dimanche 9 avril 2017

Le réveil sonne.
5h20.
Je suis en forme.
Ma première pensée : “ça y est, c’est le grand jour, sois heureux, tu pars à l’aventure !”
Je prends mon petit-déjeuner déjà concentré, je savoure (le mot est faible) le gâteau Isostar en me répétant “ne pars pas trop vite, ne pars pas trop vite”.
J’apprécie le calme de l’appartement encore silencieux, plongé dans la nuit.
Je prends ensuite mon temps pour m’habiller.
Comme dirait Zizou “d’abord la jambe gauche, toujours, chaussette, chaussure, et puis la jambe droite, et puis une gorgée de Volvic…”
C’est presque ça, avec en prime une dose de crème Nok (sur les bons conseils de Clémence D., merci !), quelques pansements bien placés ;) et l’accrochage minutieux de mon dossard sur mon maillot.

A 7h30, je grimpe sur mon scooter et file vers la Place de l’Etoile. Je me gare comme tous les jours de la semaine devant le 15 avenue de la Grande Armée. Je savoure ce jour-là encore le fait d’avoir mon bureau situé là. QG de luxe pour le Marathon. Je file ensuite déposer mon sac à dos avec téléphone et clés au vestiaire du Marathon avenue Foch, en jetant un rapide coup d’oeil à la ligne d’arrivée… Il y a beaucoup de monde, j’entends beaucoup de langues différentes, j’adore. Les visages sont (encore) détendus, concentrés, souriants. Je remonte l’avenue Foch vers l’Arc de Triomphe et me dirige vers mon sas, 3h45.

Le soleil arrivait déjà…

A 8h20, j’entre dans mon sas, qui commence à se remplir. J’avance en descendant les Champs Elysées pour essayer de me placer plutôt devant. Je m’échauffe un peu, je ferme les yeux, je me concentre. Je me répète encore “prends ton temps, pars doucement, la course sera longue. Profite, sois un guerrier, ne lâche rien”.

A 8h50, on marche en descendant les Champs, jusqu’à l’arche géante du départ. J’ai hâte, je me sens bien. Le speaker fait un décompte dans son micro, 3, 2, 1, c’est partiii ! Je déclenche ma montre en passant sur le tapis de chronométrage, c’est en effet parti !

Contrairement à ce que j’avais pu lire ici ou là, je ne suis pas gêné par la foule et le goulot du départ pour m’élancer. Je me cale ainsi facilement sur mon rythme prévu à 5'10"/km (pour les non initiés, 1 km couru en 5 min et 10 sec !). Quel plaisir de courir librement sur les Champs Elysées, je contemple le Grand Palais, je vois la Concorde face à nous, inondée de soleil. Je suis tout de suite frappé par le silence du peloton des coureurs. La concentration ?

Je profite des premiers km, j’ai trouvé mon rythme et arrive à le garder sans accélérer (5'05/km en moyenne sur les 5 premiers). Près de l’Hôtel de Ville, j’entends “Salut Lolo !”, je tourne la tête et voit un copain, Guillaume B. Bonne surprise, qui fait plaisir et donne un coup de punch en ce début de course ! Je me fais beaucoup doubler en ce début de course. J’entend une petite voix qui me dit “laisse-les faire, ils sont fous, ils vont se cramer, tu les retrouveras plus loin, surtout garde ton rythme”.

KM 5

Nous arrivons à Bastille, accueillis par une foule dense et bruyante ! C‘est sympa, je reste concentré. Premier ravitaillement, j’attrape une bouteille d’eau et me décale tout de suite à droite pour ne pas être ralenti. En continuant à courir je rate le “solide”. J’entends une voix dans ma tête : “ne jamais rater de ravitaillement, eau ET solide”. Pas grave, je suis bien, ce n’est que le début. Direction le Château de Vincennes ! Le rythme reste bon (peut-être trop ?), 5'02/km entre le 5ème et le 10ème.

KM 10

Rapide coup d’oeil à ma montre en franchissant le 10ème kilomètre : 51'05. En avance sur l’objectif 3h45 : 53'19 au km10. Je suis bien, mais j’ai un (petit) souci : envie de faire pipi. Je réfléchis vite : soit je me retiens, mais je dois alors me retenir 32kms avec toute l’eau que je vais encore boire, soit je prends 30 secondes maintenant, tant qu’il ne sera pas encore trop difficile de repartir. Le choix est vite fait, l’arrêt également. Je repars presque requinqué.

KM 11

Nous arrivons au Château de Vincennes. Je crois que je ne l’avais jamais vu de ma vie ! Belle esplanade face au château, choisie pour le 2nd ravitaillement. Une bouteille d’eau et une poignée de raisins secs attrapés au vol et me voilà reparti. Ca piétine toujours un peu devant les ravitaillements, je me dis à ce moment-là qu’il y a un système à trouver pour fluidifier tout ça (une startup pour solutionner ce vrai problème lié à toutes les courses à pied ?!).

KMS 12 à 19

La traversée du bois de Vincennes est sympa. On profite de l’ombre, le soleil commence à chauffer fort. Je suis en forme, je me dis que j’ai déjà presque fait la moitié, que ce n’est que l’apéritif. En tournant la tête pour je ne sais quelle raison, je m’aperçois que le coureur juste à ma gauche est un copain ! On était bien concentrés ! “Oh Clément !” On parle rapidement, même objectif, 3h45. On se suit, ou plutôt je le suis, je le sens plus frais que moi.

SEMI, KM 21,1

Rien que le fait de sentir qu’on “revient vers Paris”, qu’on entame “le chemin retour”, fait du bien. On passe sous l’arche du semi content, je me sens en forme, tellement plus en forme qu’à l’arrivée du semi-marathon de Boulogne en novembre dernier ! Comme quoi le mental… La montre m’indique 1h50'20'’. Encore bien par rapport à l’objectif des 3h45 : 1h52'32" au semi. Comme ils disent “C’est bon pour le moral”.

KMS 22 à 24

On repasse par la place de la Bastille et tournons à gauche sur le Boulevard Bourdon pour rejoindre les quais. Le soleil est là, juste en face de nous, chaud et puissant. Je me dis pour la première fois “il fait chaud, très chaud”. Je regarde le sol, la petite voix revient “allez Lolo, reste concentré, un guerrier”. Le peloton est toujours aussi dense, plutôt silencieux. Au bout à droite, nous empruntons le Quai des Célestins. Je connais, cela aide. Je cherche l’ombre. Autre ravitaillement, j’ai encore des raisins secs dans ma poche, une bouteille d’eau suffira. Je bois par petites gorgées, je me mouille un peu les cheveux. Nous descendons sur la voie G. Pompidou. La petite voix me dit “Allez Lolo, tu vas presque traverser Paris sur ces quais, c’est parti !”.

KMS 25 à 28

Au début des quais, j’aperçois (par surprise encore) 2 amies Alice B. et Amélie P. j’esquisse un sourire (je crois) et un rapide “Coucou”. Nouveau coup de boost (mais si temporaire !). Nous entrons dans le tunnel des Tuileries. Je n’aime pas les tunnels, je n’entends plus mon souffle, l’atmosphère est lourde, les cris des quelques courageux/inconscients raisonnent, vivement l’air libre. Je ressens aussi une fraîcheur agréable. A la sortie du tunnel, en arrivant à la Concorde, des pompiers tiennent une lance à incendie en l’air pour nous rafraîchir. Je me jette comme un enfant sous le jet, douche éphémère si agréable. Les ponts/tunnels s’enchaînent, même les descentes font mal. Le tunnel du Pont de l’Alma me fait mal, je ressors en regardant furtivement la Tour Eiffel : je n’ai jamais autant peu profité d’un regard porté à la Tour Eiffel ! S’en suit un faux plat en plein soleil pour arriver au pied du Trocadéro.

KM 29

1er tournant de ce Marathon pour moi : un ravitaillement est là, sur la droite, devant les jardins du Trocadero. Le précédent km et tous ces tunnels et faux plats m’ont cassé. La chaleur est étouffante. Je me précipite sur les bouteilles d’eau et…m’arrête quelques instants. Je n’y ai même pas réfléchi, pas fait attention. J’attrape pour la 1ère fois de ma vie pendant une course un quartier d’orange. Je mors dedans. Tel un candidat de Koh-Lanta après 30 jours d’épreuves, une sensation de bien-être m’envahit : ce jus, cette pulpe sont si frais, si bon ! Je bois 2 gorgées et ma petite voix me dit “Allez Lolo en avant pour le 30ème, tu vas bientôt retrouver Math”.

Mathilde, ma femme, devait être dans le coin du pont de Bir-Hakheim. En m’en approchant, je vois qu’une foule énorme nous encourage tous. Je poursuis ma foulée et la vois à 20m, sur la droite, belle avec son rouge à lèvres et ses lunettes de soleil. Elle me voit quand je suis à 5m d’elle et se met à hurler pour m’encourager en courant 10m à côté de moi. Je ne sais plus exactement ce qu’elle a dit, je me souviens juste avoir presque rigolé, tout comme les autres coureurs autour de moi et lui dire “Coucou mon coeur, ça va aller”. Là encore, le coup de boost se dissipe bien plus vite que je l’espérais.

KM 30

Le fameux mur est là, devant moi. Je ne le ressens pas, il est symbolisé par deux grands panneaux peints (avec des briques peintes dessus), nous passons au milieu de ce mur. Je me dis alors 2 choses :
1) Même si je suis fatigué, même si j’ai chaud, même si j’ai mal aux jambes, je suis impeccable au niveau du ventre, impeccable au niveau de la soif et de ma gestion de l’eau et du solide. Cela me rassure et m’aide à avancer.
2) Le DJ/animateur qu’ils ont mis à cet endroit est une erreur totale : il nous hurle dans les oreilles des paroles incompréhensibles sur fond de mix ultra désagréable ; je n’ai pas envie de ça, j’ai envie de calme, de silence.
Je m’aperçois alors que nous commençons peu à peu à doubler des “marcheurs”…
Coup d’oeil sur ma montre au passage du 30ème km : 2h40'41". Comparaison avec le temps de l’objectif 3h45 au 30ème km : 2h39'58. Avec ma petite pause du Trocadéro, je pensais avoir déjà plus de “retard”. Je suis rassuré et cela me redonne du courage.

KMS 30 à 32,5

Le soleil poursuit son lent travail d’auto-cuiseur géant. J’ai chaud, j’ai mal aux jambes, le moral en prend un coup : j’alterne dans mon cerveau “allez ce n’est rien 12 kms” avec “encore 12 kms, c’est si long” en moins de 15 secondes. Et puis ces routes qui semblent être toutes en faux plat montant. L’avenue de Versailles en est un vrai, un beau. Je récite ma leçon : “raccourcis tes foulées, ça va aller, patience”. Virage à droite pour prendre le Boulevard Exelmans, direction la Porte d’Auteuil. “Allez courage, bientôt un boost géant, ton Marathon commence maintenant, ton cerveau est fort, le plus fort, tu en as le contrôle”.

KM 32,5

Mon “boost géant”, je le vois bientôt 100m devant moi, comme prévu à l’angle avec la rue Molitor. Mon frère Jean est là, en tee-shirt “Mud Day” et short. Il me demande “ça va frérot ?”, je lui réponds “c’est dur frérot”. Mon visage ne doit pas dire le contraire. On passe la Porte d’Auteuil, il m’encourage calmement (et ça me va bien !) “Allez frérot c’est super ce que tu es en train de faire, tu vas y arriver !”. On se lance sur le Boulevard Suchet, en montée. Je serre les dents et encaisse. Jean me dit que Mathilde n’est pas loin et m’attend. En haut de cette “butte”, je la vois. “Vas-y mon Lolo, c’est super, tu vas y arriver, tu vas le faire”. Je n’ai pas la force de sourire, juste la force de lui dire “c’est très dur”. Elle court encore quelques mètres en m’encourageant, sans réponse de ma part, sans un regard, par économie d’énergie. Je l’entend dire “ben je ne sais plus quoi dire !”, une petite partie de mon cerveau sourit.

KM 33

J’ai besoin d’un ravitaillement, j’ai soif, j’ai chaud. Je l’ai bien noté, les raisins secs c’est efficace mais ce goût sucré dans la bouche donne soif…
A ce moment-là, un panneau indique un ravitaillement 200m plus loin, sur la gauche. Je me déporte et fonce attraper une bouteille d’eau et un quartier d’orange. Jean attrape aussi une bouteille d’eau et devient alors “mon porteur d’eau”. Je ne te remercierai jamais assez pour ça aussi.

KMS 34 à 36

Nous tournons à gauche pour entrer bientôt dans le Bois de Boulogne. Mon frère : “Allez Lolo c’est super, tu vas le finir ce pu**** de Marathon”. Une petite voix enragée répond “Oui je vais le finir ce pu**** de Marathon”.
Nous passons entre les 2 lacs du Bois de Boulogne, terrain de mes entraînements durant les pauses déj du boulot. Je m’encourage moi-même, je repense à tous ces entraînements, toutes ces sorties, tous ces efforts.
Au km 35, je ne regarde même plus ma montre. Plus la force, plus l’envie. Une foulée après l’autre. Peu à peu, la petite voix venant de mon cerveau change de discours : “Lolo, tu n’en peux plus, marche un peu, arrête, ça te fera du bien”. Elle ne me quittera plus jusqu’au km 41,5. Je vais devoir faire avec. Lutter. Ne rien lâcher.

KMS 36 à 39

Sans doute les 3 kilomètres les plus longs et difficiles de ce Marathon. L’allée de la Reine Marguerite et l’allée de Longchamp m’auront fait souffrir comme aucune autre allée dans le monde jusque là. En jetant un coup d’oeil au début de la 1ère portion, j’ai vu des coureurs au loin devant nous, si loin ! Beaucoup de personnes marchaient, certains vomissaient, le défi sportif était devenu un vrai défi mental / psychologique. Je n’étais plus maître de mon cerveau à 100%, j’étais dans un état de semi-conscience. Je mélange d’ailleurs un peu les souvenirs de cette portion. Je me souviens que j’ai commencé à me sentir partir à un moment, peu avant le km 38. La petite voix jubilait en moi “Arrête toi Lolo sinon tu vas tomber dans les pommes”. Elle a gagné. Mais je crois que non en fait. Je me suis alors dit “Lolo, tu vas le terminer ce Marathon, ne tombe pas dans les pommes”. J’ai dit à mon frère que je devais faire une toute petite pause pour boire et me rafraichir. Il m’a donné de l’eau, j’ai bu et me suis aspergé. Satisfaction/bien être de 5 sec. Il m’a dit qu’il fallait continuer, que j’avais fais le plus dur. Je crois avoir dit tout haut “Allez, on va le finir ce Marathon, je vais le faire” et je suis reparti. Je n’étais plus maître de mes jambes, mais elles pouvaient encore courir.

KM 39,2

Jean me dit “ah regarde Maman est là !”. Nous arrivons à la Fondation Louis Vuitton. Ma mère est là, sur la gauche, guettant notre passage. Elle nous fait un grand coucou, “Allez mon chéri c’est super, vas-y !”, je lui envoie des baisers et lui fais un signe avec mon pouce en l’air. Je suis au bout du rouleau mais la magie opère, quel bonheur de la voir là.
Je pense à ma famille, mon père, ma femme, mes fils, l’émotion durant une course a tendance à vous nouer la gorge, pas pratique pour le souffle. Je balaie cette émotion avec le peu d’énergie qu’il me reste : “tu vas le finir ce Marathon”. De plus en plus de marcheurs sur les côtés. Il reste 3 kms, 20min environ, mais qu’est-ce que cela paraît long…

KM 40

“Allez frérot, c’est génial, dans 2 kms c’est fini !”. Je n’ai plus envie de rien. Je ne ressens même plus de douleur aux jambes, je ne contrôle plus mon souffle. J’ai l’impression que je vais tomber dans les pommes à chaque instant. Mon cerveau est parti en cavale, plusieurs petites voix m’encouragent et me supplient de m’arrêter à la fois.

C’est à ce moment précis qu’un souvenir lointain me revient, comme un flash, rapide mais précis : j’avais 8 ans. Je m’étais engagé pour ma première année aux louveteaux (les “mini scouts” pour les 8–12 ans), mais en milieu d’année, cela ne me plaisait pas. A l’époque je faisais encore la vaisselle ou les corvées de “nouveau”. J’ai alors voulu abandonner les louveteaux. Mon père m’a consolé en me prenant dans ses bras et m’a dit calmement : tu sais mon chéri, dans la vie, quand tu prends des engagements, il faut les tenir jusqu’au bout. Quand tu vas au bout de tes engagements, après tu peux faire des choix. Finis cette année de Louveteaux que tu as commencé et après tu choisiras si tu veux continuer les autres années ou pas.”
J’ai terminé cette année là et ai finalement poursuivi le scoutisme pendant 10 ans. J’y ai tant appris.

Je reprends alors (légèrement !) mes esprits, pense fort à mon père et me répète “Lolo tu vas le finir ce Marathon, tu vas aller au bout de ton engagement, dépasse-toi, sois fier de toi, tu en es capable”.

KM 41

Dernier virage, nous passons le panneau du KM 41. Je vois le bout du tunnel, le bout de l’enfer. Je n’arrive même plus à estimer mon allure actuelle, mon seul objectif depuis quelques kilomètres est de finir, si possible autour des 4h quand même, mais surtout de finir. Mon frère Jean se fait (gentiment) interpeller par les organisateurs qui lui demande de sortir de la route comme il n’a pas de dossard. Je lui glisse un “merci frérot”, il m’encourage encore comme il peut. Je crois le voir courir à mes côté sur le trottoir quelques instants, puis le perd de vue. Je ne me souviens plus si je regarde au sol ou devant moi, je n’entend plus les spectateurs, pourtant si nombreux, à l’approche de la Porte Dauphine. Le brouillard total.

J’arrive sur le rond-point de la Porte Dauphine, mes oreilles entendent à nouveau peu à peu. Je n’éprouve encore aucun sentiment, tout est bloqué, j’essaye d’accélérer un peu, je ne sais pas si j’ai réussi.

KM 42

Je franchis le marquage au sol avec fierté et joie. J’avais pris la photo de ce marquage quelques jours avant. Pas dans le même état !

Je l’ai fait. J’y suis arrivé. Le départ, la Bastille, le bois de Vincennes semblent tellement loin. Je fixe l’arrivée, là, 195 mètres devant moi. Je cours sur le tapis vert d’arrivée, j’ai l’impression d’être seul, je lève les bras au ciel, je me souviens d’une fille de l’organisation, sous l’arche d’arrivée, qui applaudit et me dis “Bravo tu es finisher !”.
Dans un élan de lucidité, je pense à arrêter ma montre…et je m’arrête.
Je m’entends dire à haute voix, plusieurs fois, “je l’ai fait”, “je l’ai fait”, “c’est génial”. Check de ma montre : elle indique 4h01'44'’. Je pense alors avoir fait autour de 4h03 / 4h04 avec les décalages, je suis hyper heureux.
J’ai très mal aux jambes, j’ai chaud et j’ai alors très soif. Je commence à remonter l’avenue Foch en direction des ravitaillements. J’entends mon frère qui m’appelle. Il a eu le temps d’arriver, derrière les barrières de l’avenue Foch. Il me regarde en souriant, je lui souris et lui montre mon pouce en l’air en mimant un “merci” avec mes lèvres.
Je bois 2 bouteilles d’eau (merci Vittel !) et mange des raisons et abricots secs et une banane. J’ai faim !
Je remonte encore, récupère mon tee-shirt Finisher et un poncho du Marathon, puis la fameuse médaille qu’on me glisse au cou.

Je récupère ensuite mon sac à dos aux vestiaires, puis remonte jusqu’en haut de l’avenue pour y retrouver Mathilde et mon frère. J’ai si mal aux jambes.

En voyant mon frère, sa fiancée Chloé, Mathilde…et ma mère qui est là aussi, une bulle d’émotion inattendue vient m’attraper au vol. J’ai tellement retenu mes émotions pendant la course…
Il y a aussi Clément (avec qui j’ai couru sur la 1ère partie) et sa femme Alice. Trop content de les retrouver.
Mathilde fonce vers moi et me prend dans ses bras. Elle me félicite et me dit qu’elle est fière de moi. Je lui dit que ce fut très très dur : “j’en ai tellement ch**” ! (pardon :)). “Pffff quelle aventure extraordinaire. Qu’est-ce que c’est dur”.
Petite photo souvenir avec Clément, petite photo avec mon frère. On va aller déjeuner sur le rooftop de Jean et Chloé, avec ma mère, top avec ce soleil.

Dernière photo souvenir faite sur la terrasse de Jean et Chloé, avec LE tee-shirt “Finisher”.

En pleine forme !

Ce que je retiens de ce Marathon

Mes sentiments vont certainement évoluer dans les jours, semaines et mois à venir, mais voici ce que je tire aujourd’hui comme leçons de ce défi hors du commun :

  • Un Marathon n’est en effet et définitivement pas une course comme les autres. On peut avoir fait 100 semis-marathon dans sa vie, la gestion mentale/psychologique d’un Marathon est irremplaçable. Il faut le faire pour ressentir cette difficulté, c’est unique !
  • Il était hors de question pour moi de ne pas le terminer. Si j’avais dû marcher 2 heures pour en finir, je l’aurais fait. J’ai retrouvé une citation parfaite : « Tu peux tout faire sauf abandonner. » - Emma Williamse
  • Je n’ai pas le sentiment d’avoir subi “le mur” du 30ème ou 35ème km au niveau du manque d’énergie, je suis content de ma gestion de l’eau et de la nourriture sur ce Marathon, mais j’ai certainement subi un “mur psychologique”, peut-être lié à une préparation light ?
  • Toutes les expériences de la vie peuvent être des aides dans cette épreuve, surtout vous l’aurez compris entre les 32ème et 42ème kilomètres. Ce souvenir des valeurs transmises par mon père m’a aidé.
  • Il ne faut rien regretter, il faut être humblement fier de sa performance, mais il faut aussi, je pense, savoir se juger. Cela aide à avancer dans la vie. Je suis très fier d’avoir terminé ce 1er Marathon, très fier de ce temps officiel en 4h01'54", très fier de mon classement. Mais en m’étant arrêté plusieurs fois durant la course et en ayant maintenant ressenti toutes ces sensations et émotions, j’ai déjà envie de prendre ma revanche sur ce chrono l’année prochaine, pour descendre sous la barre des 4h… ;) bon signe ?
«Celui qui n’est pas assez courageux pour prendre des risques n’accomplira rien dans la vie. »
- Muhammad Ali
Vous savez tout !

Remerciements

Comment ne pas mentionner toutes les personnes grâce à qui j’ai pu accomplir ce défi, réaliser cet objectif ? De peur d’en oublier, je ne me lancerai pas dans une énumération. Mais quand même…

Merci à toutes et tous pour vos conseils : Clémence et Jérôme les vrais pros, la Running Team de Leaders League, Thomas notre “coach”, Julien nouveau cousin/machine de l’extrême (72kms SaintéLyon en 6h53, 77ème sur 7000), Max, Pierre et autres “Microsoftees” ou ex…
Mes supporters et surprises du jour J : ma petite maman, papa aussi tu l’as lu tu as été là ;) Alice et Amélie, Dédé, Quiterie, Cam et Guillaume, et tous ces anonymes…
Mon frérot, Jean, mi-sauveur, mi-porteur d’eau, mi-ange, mi-coach, mi-tout ! Prépare-toi, rebelote l’année prochaine ;) Merci, merci, merci…
Math, tu sais déjà tout, je t’aime, tu es et as été extraordinaire, autant que ce défi.

Lancez-vous des défis, relevez-les, soyez fiers de vous, vivez la vie à fond. Travaillez dur, restez humble (traduit de l’anglais ;)).

RDV le 8 avril 2018…?