Jump! Jump! Jump!

Quitter le confort de n’avoir qu’un ou deux lecteurs par intermittence pour davantage s’exposer sur ce qui paraît être la plateforme du moment. C’est peut-être un peu ambitieux pour quelqu’un qui n’a pas écrit depuis voilà presque un an mais au final, je réussirai peut-être à passer incognito ici aussi, le temps de me remettre en selle. C’est un peu comme si un type qui décidait de devenir abstinent et s’était retiré du monde le temps d’asseoir sa volonté choisissait, pour se remettre dans le bain, d’aller à une soirée chez Depardieu. Soit.

Je ne savais pas vraiment ce que j’allais bien pouvoir raconter ici en créant mon compte il y a 5 minutes mais simplement que j’avais besoin d’écrire, là tout de suite, por fin, alors me voici.

Et j’aimerais vous parler de la difficulté d’être soi. Pire, du parcours du combattant pour savoir qui l’on est. On dit souvent que c’est le grand thème de la vingtaine, lorsqu’on teste, qu’on foire, qu’on bifurque pour finalement se rapprocher de ce qui nous correspond plus et puis paf voilà qu’on a 30 ans et qu’on commence alors, en principe, à enfin kiffer. Je crois, pour ma part, que je suis lente, ou que je tourne en rond, l’un n’empêchant pas l’autre mais rendant la tâche encore un peu plus difficile.

Sans en être au stade du hiéroglyphe avant Champollion, je suis toutefois durablement bien perdue. Oui, évidemment, je connais des trucs : je n’aimais pas sortir au-delà de 2h du mat’ quand j’avais 20 ans et je me forçais, maintenant plus du tout; je suis définitivement plus hédoniste que working-girl, je crois que je n’ai plus de doute là-dessus et je préfère passer un week-end rando dans le Vercors qu'une semaine de bronzette à Calvi. Exemples triviaux mais je sais maintenant ce que j’aime. Mon rêve ultime: qu’on bâtisse notre maison à la campagne et qu’on soit totalement indépendants, qu’on vive un peu de notre gîte, un peu des activités qu’on organisera sur place, un peu de nos jobs de freelance. Que je puisse lire, paresser, cuisiner, être chiante à souhait, sans pression sociale. Je me dis que c’est totalement cliché, mais peut-être qu’il y a moins de diversité d’aspirations que ce que l’on croit chez l’être humain. Je suis du type B comme boring: aspirante végétarienne, qui poste de jolies photos bucolico-romantico-nostalgiques sur Instagram, qui jure que le yoga a changé sa vie, fait la morale à son mec car il fume du cannabis quotidiennement depuis qu’ils ont changé de pays, adore les documentaires d’Arte sauf qu’elle doit vraiment en regarder deux par an, trouve que Bon Iver était le meilleur concert de sa vie, travaille dans l’industrie culturelle (pour encore 15 jours donc) et n’achète plus quasiment que du second-hand.

Ok sur ça on est bon (même si l’on n’est jamais à l’abri d’un gros pétage de plombs au bout de deux ans quand je ne pourrai plus voir la tronche du voisin en peinture ou regretterai de ne plus pouvoir descendre dîner au petit coréen en bas de la rue) (d’ailleurs je perdrais peut-être cette habitude irritante de qualifier de petit toute activité à connotation agréable si j’habitais pour de bon à la campagne). Je suis contente d’avoir un rêve.

Là où ça commence à devenir plus flou: comment on fait?

Je n’aurai plus de job dans 15 jours, mon mec vient de commencer le sien, sans argent de côté. Il faut donc ronger notre frein, parce qu’on est des gens responsables et qu’on va pas s’endetter comme des dingues avant d’être bien certains qu’on est capables de mener cette vie-là. Ce qui suppose de devenir un minimum manuel (mes exploits se résument à avoir re-vissé l’abattant des toilettes et customisé une commode Ikea avec des masking tape l’année dernière) et de renoncer aux agréments de la vie citadine. Quitter ses amis, ça c’est déjà fait et pour l’instant je le supporte plutôt bien, à ma grande surprise, moi, l’être social par excellence.

Et si l’on ne peut pas avoir cette vie tout de suite, comment apprécier le présent et ne pas sublimer ce futur hypothétique en permanence. Hein, comment ? Et comment bien gagner sa vie en ne faisant pas un job que l’on déteste ? J’aimerais me dire que je vais devenir prof de yoga car j’aime vraiment ça et que ça a profondément changé le rapport que j’ai à mon corps mais la vérité c’est que je pratique surtout toujours les positions que je maîtrise depuis longtemps et que je suis trop grosse pour faire la position sur la tête sans basculer et tomber de tout mon poids sur la voisine de devant. J’aimerais croire que je vais devenir traductrice parce que j’ai fait une fac de langues avant de basculer du côté obscur du business et que j’adorais le thème/version mais je viens de faire le test de Netflix pour traduire leurs séries et j’ai passé les trois quarts du temps en panique totale sur wordreference. Je voulais aussi être diététicienne pour dire aux gens que c’est pas compliqué de bien manger, journaliste parce que j’adore raconter des histoires et me documenter, ouvrir un bar car jusqu’à il y a peu je croyais que j’étais vraiment sociable et que j’aime bien picoler, créer ma librairie car lire est ma seule et unique passion, devenir photographe parce que tout le monde me dit que j’ai un oeil et que mes followers me likent tout le temps sur Instagram.

Bon.

Il y a aussi tout ce que je ne voulais pas/plus faire: du business, du reporting, des réunions, des formations, des entretiens, des discussions de cantine, des call, des videoconfs, des résolutions de conflit, des fichiers excel.

Et puis j’ai découvert l’effet Dunning Kruger en faisant le test Netflix et en voyant une photo de moi en faisant la position du guerrier. J’étais pas alignée du tout.

Tout ça pour dire, que BEN OUI, je sais qu’il faut faire des efforts dans la vie, mais, malgré tout, j’ai souvent besoin qu’on me rappelle: que je ne suis pas grosse car les illuminati mettent des tiramisú constamment sur mon chemin. Que je n’ai pas une peau franchement dégueulasse ces temps-ci par le fait d’une injustice divine mais plus probablement parce que je fume et bois allègrement une pinte tous les jours depuis qu’on est arrivés dans ce pays décadent. Et d’autres mensonges d’état.

Où je veux en venir ?

En fait, je me dis surtout que je ne serai jamais prof de yoga car il faut évidemment être BBZ et que je ne le serai jamais, en tout cas pas les trois à la fois. (Bonne, bienveillante et zen). Que je ne serai pas traductrice, car on est en 2017 et que ces salauds de Netflix ubérisent une fois de plus un métier.

Mais pourquoi est-ce que je ne serai pas photographe si je décidais vraiment de suivre une formation professionnelle ? Et ça pourrait être photographe de mariage, de randonnées, de je ne sais quoi sans vouloir tout de suite devenir la nouvelle Capa.

Et pourquoi je ne saisirais pas l’offre généreuse de l’Homme qui me propose de m’apprendre à coder pour, éventuellement, me transformer en développeuse et m’ouvrir de nouveaux horizons. Sa proposition m’a d’abord épouvantée. Quoi, moi, TECHNIQUE! Mais je suis nulle en maths, oui ok j’ai fait toute ma carrière dans des boîtes tech mais je m’en fiche royalement, tu sais que je ne suis pas geek pour un sou….

Oui, apparemment le code et les maths, c’est pas franchement comparable. Et comme il dit, il ne me proposerait jamais de m’apprendre la mécanique quantique par exemple.

Et s’il fallait plutôt voir cela comme 1. une aventure intellectuelle — moi qui parle 4 langues: et si je prenais le truc sous ce prisme-là et voyait cela comme une opportunité d’apprendre un nouveau langage ? 2. Une source prometteuse de rentrée d’argent si ça me botte, au moins je suis sûre que c’est un métier d’avenir 3. Le plus important: si j’en faisais mon métier ce serait d’abord potentiellement une étape et pas une finalité et surtout je sais que ma vision du job est bourrée de clichés: mon teint ne va pas nécessairement devenir terreux (sauf si je continue mon cocktail clopes et bières à long terme), je suis déjà grosse et inactive donc je n’ai rien à perdre de ce côté-là; non je ne vais pas forcément me mettre à jouer au prochain pokemon-go, je pourrais toujours continuer à dire bonjour à mon voisin de table quand il arrivera le matin et je ne mépriserai pas mon prochain s’il utilise un vocabulaire inapproprié car j’aurais été la prochaine qui parlait comme ta grand-mère. Je jure aussi que je ne porterai pas de t-shirt de mon entreprise autrement qu’en guise de pyjama.

Je ne veux pas finir en mode manuel de développement personnel: challenge-toi, oublie tes préjugés, teste, foire et bifurque même si tu as passé les 30 ans mais quand cette année, j’ai accepté une courte mission de Relations Publiques et que je me suis retrouvée devant mon pire cauchemar: prendre la parole toute la journée pour présenter les innovations technologiques de nos ingénieurs, notamment devant une classe de 30 ados et qu’après quelques ratés, ma voix ne tremblait plus, je me suis rendue compte que je n’étais déjà plus celle qui craignait plus que tout de parler en public depuis toujours et que la façon dont je me définissais jusqu’alors devait être repensée.

Et si chercher à savoir qui l’on est était au final aussi fou que d’aller à une soirée chez Depardieu alors qu’on essaie sincèrement d’être sobre pour un temps ?