Our life is not a movie, or maybe.

Je suis toujours fascinée par la manière dont les choses, les personnes, les lieux, peuvent devenir familiers.

On va à un endroit, on parle à quelqu’un, une fois, deux fois, trois frois, et puis sans qu’on s’en aperçoive on y est. On peut reconstituer le truc dans sa tête, on l’a assimilé et on peut aimer ou détester ça, mais c’est là de toute façon, on peut plus s’en défaire.

Des fois on aimerait bien, et ya plein de raisons pour ça. Redécouvrir un film, un livre, une série, pouvoir le revoir une première fois. Oublier quelqu’un, parce que les souvenirs que tu en gardes te retiennent en otage. Pouvoir effacer des moments de ta vie, des trucs que tu as dit, qui étaient beaux et que tu aurais pas dû gâcher avec cette personne, parce que du coup tu les ressortiras plus jamais une première fois, et que l’autre les a sûrement déjà oubliés. Bref.

Ya sûrement des exemples de moments où on aime la familiarité, parce que personnellement je flippe dans toutes les situations nouvelles, tout en maudissant ma mémoire trop précise, trop systématique.

Je me souviens de détails débiles, de conversations au mot près, de musiques qui passaient quand on était ensemble, qui que tu sois, de la manière dont ta peau était un peu trop sèche sur le dos de tes mains et partait en poussière, de tes mimiques, de tes sourires, des inflexions de ta voix qui en disaient plus que toi.

Je déteste ça, parce que du coup tout a toujours un goût de réchauffé. La mauvaise copie d’un truc déjà pas très brillant à l’origine.

Des fois je sais et je prétends ne pas savoir, et en général les gens ont oublié ce qu’ils avaient dit alors ils pensent que c’est un signe, qu’on a des trucs en commun ; et j’en joue. Des fois.

Manipulation inconsciente, ou alors consciente, mais pour rendre le moment plus efficace, pour te donner l’illusion d’une perfection, pour essayer de te toucher, que toi aussi tu t’en souviennes de tout ça.
S’il te plaît, m’oublie pas. Dis moi que j’ai un peu amélioré les choses. Dis moi que j’ai apporté à ta vie quelque chose d’unique. Que j’ai été spéciale, que j’étais pas juste familière.

J’ai pas envie que tu te rappelles de moi comme d’une personne, parce que les gens on les oublie. Je veux que tu te rappelles des instants, je veux être une somme de moments que tu oublieras pas.

Je dis souvent à quel point j’aime les Manic Pixie Dream Girls dans les films, et à quel point je m’identifie à elles. Mais la vision que j’en ai, c’est jamais vraiment celle qui ressort.

Ces filles sont des personnages de fiction, moi je suis quelqu’un de réel qui passe son temps à agir et à parler comme si elle était en train d’écrire un scénario, et qu’elle voulait offrir aux gens les plus belles scènes, les plus jolies répliques. Je parle en espérant que tu seras un de ces maniaques qui mémorise des quotes.

Je suis Clémentine d’Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, j’ai peur de te faire du mal parce que je sais que je me lasserai, qu’à un moment le familier tuera la fiction qu’on écrivait ensemble.
“I’m not a concept. Too many guys think I’m a concept or I complete them, or I’m gonna make them feel alive. But I’m just a fucked up girl who’s looking for my own peace of mind.”
Tu parles. Je suis un concept, je le sais, un concept pris à son propre piège et incapable de s’en sortir parce qu’elle aime trop la nouveauté et ce qui est unique, et qui paradoxalement répète toujours le même schéma avec les mêmes effets, qui tombe amoureuse et qui ensuite se retrouve prisonnière de quelque chose qui ne lui donne plus ce dont elle avait besoin, même si c’est quelque chose qu’elle aime, c’est juste pas assez.

C’est pas de l’immaturité, ou peut être que si.
Mais c’est à coup sûr une manière d’agir qui me bouffe et à laquelle je suis accro.

Je m’en veux d’être comme ça, de redouter l’attachement tout en ne voulant que ça, tout en rêvant de trouver la personne, qui existe peut être même pas, celle que j’aimerai sincèrement, qui aura pas de date de péremption, ou au moins une assez éloignée pour qu’on ait eu le temps de s’entendre annoncer cent fois à la télévision que, ça y est, cette fois c’est vraiment la fin du monde et on va tous crever ; au moins un an quoi. Je veux juste un peu de temps.
Je m’en veux de faire du mal à des gens au passage, et je m’en veux parce qu’à chaque fois je m’en fais aussi.

Parce que je peux pas oublier. Je peux pas t’oublier.

Tout le monde est unique, pour quelques temps.

Our life is not a movie, or maybe.


Ce témoignage anonyme a été précédemment publié sur
Le Blog Générique, le 28 avril 2013 à 22h50.

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