Vieux banquiers, vieilles méthodes, vieilles solutions

S’il est dit que l’on fait les meilleures soupes dans les vieilles casseroles, dans le domaine de la banque et de la finance, ce serait davantage la maxime que les vieilles méthodes amènent de vieilles solutions. A l’image du conseil automatisé, La fintech apporte depuis plusieurs années un lot discontinu d’innovations malheureusement trop souvent perçues comme une menace pour un système établi.

Vieilles méthodes, vieilles solutions

Quand un banquier poussiéreux et hautain parle à des représentants de la fintech, la meilleure méthode de ne pas se remettre en question est de leur rappeler depuis quand son métier existe et que ce n’est pas une équipe de jeunes loups qui va révolutionner un monde bâti sur des siècles d’expérience (ndlr. c’est malheureusement du vécu!). Habituellement, pour enfoncer le clou, il vous regarde ensuite fixement dans les yeux pour vous dire que ça fait 20 ans que cela fonctionne comme ça et que vos nouvelles méthodes ne pourront jamais remplacer son intelligence et la pertinence de ses conseils (ndlr. c’est également du vécu mais cette fois-ci c’était un informaticien bancaire). Autant dire que le dialogue n’est pas bien engagé dans ce cas.

Les 8 étapes duodèle de gestion du changement selon Kotter (source slideshare)

Les 8 étapes du modèle de gestion du changement selon Kotter (source slideshare)

La gestion du changement est un art difficile à maîtriser et l’industrie bancaire et financière est bien sûr un éco-système qui n’y fait pas exception. Dans la conduite du changement développée par Dr. John Kotter, le sentiment d’urgence est un nécessaire prérequis pour initier le changement. Assis sur de larges revenus que certaines banques considéraient comme perpétuels, il est clair que cette conscience n’avait pas de raison d’éclore rapidement. La nouvelle versatilité du monde financier provoquée par les crises, les brusques mouvements régulatoires qui s’en sont suivis et la nouvelle concurrence des Fintech ont néanmoins très vite exacerbé cette notion d’urgence … et même trop vite pour certaines qui n’y ont finalement pas survécu.

Cet immobilisme historique des banques a provoqué au fil des années un surpoids opérationnel et donc une inertie et une résistance au changement encore plus dure. Si la nécessité de changement est maintenant établie dans les banques (premier quart dans le modèle Kotter de l’image ci-dessus), les étapes suivantes, en commençant par la direction et le comportement, ne sont pas encore acquises. Ainsi, certains managers s’offre aujourd’hui seulement une apparence d’innovateurs en usant de buzzwords comme #pitch ou #disruption mais l’innovation et le changement ne s’arrêtent pas à de tels mots; l’innovation est une culture et elle doit en conséquence faire l’objet d’une stratégie à part entière dans les entreprises.

Le cas des robo-advisor

L’évolution de la technologie a permis des changements en profondeur des méthodes de développement et bien sûr des solutions qui en naissent. Leurs nouveaux niveaux de maturité et le principe du design thinking qui prévaut aujourd’hui permettent en effet d’offrir de nouvelles expériences aux utilisateurs finaux. Parmi la palette des innovations répandues par la fintech, le cas des robo-advisor est particulièrement symptomatique de ce courant.

Pour rappel, un robo-advisor (robo-conseiller) est un service habituellement en ligne qui fournit des conseils de gestion de patrimoine basés sur des algorithmes automatisés. Ce service était alors jusqu’à présent exclusivement dans les mains de gestionnaires de patrimoine et il est dès lors facile de comprendre, dans le contexte précité, l’accueil qui peut lui être réservé de prime abord. Mais la question ne se pose pas uniquement du côté du gestionnaire car le client peut être également circonspect: suis-je prêt à laisser une machine gérer ma fortune?

Un robo-advisor se base sur des algorithmes et donc des modélisations spécifiques à des produits dans des limites spécifiées. Les calculs de performance se basent donc sur les sciences connues de l’aléatoire, combinant les statistiques et les probabilités. En conséquence, rien de nouveau sous le soleil, si l’on considère que ces méthodes sont déjà largement acceptées et imprègnent tous les processus actuels d’octroi de crédit par exemple.

Les acteurs actifs sur ce marché ne cessent donc de se révéler et les banques suivent activement la tendance en intégrant ces solutions pour étendre leur catalogue de services. Aujourd’hui, la course est donc lancée dans le monde pour les robo-advisors

Robo Advisor Map 2016 (source finnovate)

Robo Advisor Map 2016 (source finnovate)

Le bon sens comme stratégie d’innovation

Il est clair que la fintech n’est pas le remède à tous les maux de la finance mais elle amène des changements et des solutions à des tâches sous-performantes et surtout un nouveau mode agile permettant aux banques de devenir bimodale. Ce terme, proposé par Gartner en 2014, décrit la gestion de deux styles distincts mais cohérents de travail: l’un axé sur la prévisibilité, l’autre sur l’exploration. Le Mode 1 est optimisé pour les zones qui sont plus prévisibles et bien comprises, la banque historique dans ce cas (legacy systems). Le Mode 2, correspondant à la fintech. Elle est exploratoire, favorise l’expérimentation pour résoudre de nouveaux problèmes et optimisée pour les zones d’incertitude. Comme l’a dit Albert Einstein, la vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre. Ceci est également valable pour l’industrie bancaire; la fintech a ainsi redonné un élan bienvenu à une industrie en perte de vitesse. Il ne reste maintenant qu’à retrouver l’équilibre … et espérons donc que cela ne tardera pas trop.

Pour rappel, lorsque la fintech a commencé à décoller en 2014, on s’amusait à se faire peur et la principale question étaient alors de savoir qui des acteurs historiques de la finance ou de la fintech allait gagner la guerre. La plupart des titres d’articles étaient alors du style Est-ce que les banques vont survivre à la fintech? ou Les fintech vont remplacer votre banque … il est pourtant évident que l’un ne va pas sans l’autre à l’image du mode hybride des robo-advisors plébiscités par toutes les générations de sondés dans le dernier rapport e*Trade de Q3/2016.

Millennials are more likely to prefer a hybrid model that offers auto rebalancing and human support (source : E*TRADE Financial Q3 2016 StreetWise Report)

Millennials are more likely to prefer a hybrid model that offers auto rebalancing and human support (source : E*TRADE Financial Q3 2016 StreetWise Report)

En conclusion, le bon sens doit guider la stratégie d’innovation. Inutile donc pour les banques de débarquer leurs vieux banquiers et à ces derniers d’abandonner toutes leurs vielles méthodes car, comme le montre ce dernier exemple, l’expérience des aînés est mère de science pour les jeunes fintech. Ne pas changer n’est néanmoins pas une alternative.

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