Le couple franco-allemand est désormais le leader du monde libre

Marche du 11 janvier 2015, Reuters.

Même la nuit la plus sombre prendra fin…

« Il y a des incertitudes liées à la situation qui vient de se produire aux États-Unis. La France, elle, est là » a déclaré le Président François Hollande lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre tunisien Youssef Chahed le jeudi 10 novembre.

En substance, on y voit le début d’une recomposition du concert des nations, dans lequel la France, fidèle à sa tradition séculaire d’indépendance, reprend le flambeau d’une Amérique désormais repliée sur elle-même.

François Hollande doit poursuivre et amplifier cette démarche, en inscrivant ses pas dans ceux du Général De Gaulle, allié exigeant des États-Unis. Le peuple français est l’ami, le frère du peuple américain. Depuis La Fayette et la révolution américaine, la France est le plus ancien allié des États-Unis. Mais la France est et demeurera fidèle avant tout à ses valeurs, les acquis de sa Révolution : liberté, égalité, fraternité. Liberté avant tout, Égalité toujours, Fraternité au-dessus de tout. Cet idéal républicain doit être la seule boussole qui guide l’action de la France et ses relations avec les États-Unis à l’avenir.

Lorsque nous étions par millions dans les rues, ce soir de janvier, nous n’étions pas seulement dehors par colère ou par tristesse. La France s’est soudée derrière des valeurs communes. Aujourd’hui, elles restent attaquées, autant en France qu’ailleurs. C’est en s’appuyant sur ces bases intangibles, ces principes universels exigés par tous les peuples du monde, que la France restera selon l’expression consacrée cette cité éclairée au sommet de la colline que tous regardent.

« La France d’abord, la France en toute indépendance et l’Europe avec elle »

Lors de sa première réaction suite à l’annonce de la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, François Hollande a rappelé les deux axes qui guident la politique étrangère française : une démarche indépendante et résolument européenne. C’est aussi le sens de la lettre de félicitations de la Chancelière allemande Angela Merkel envoyée à Donald Trump : l’Allemagne est prête à travailler avec les États-Unis sur la base des valeurs communes qu’ils partagent, à savoir « la démocratie, la liberté, le respect du droit et de la dignité humaine, quels que soient l’origine, la couleur de peau, la religion, le sexe, l’orientation sexuelle ou les opinions politiques. »

François Hollande et Angela Merkel ont tout à fait raison de rappeler ces valeurs et leur intransigeance quant à leur défense. Leur discours est sans concessions parce qu’ils sont désormais les deux leaders du monde libre. Un monde où les États-Unis reviennent à leur isolationnisme, où le Royaume-Uni souhaite sortir de l’UE et faire cavalier seul, où les populismes montent partout, de l’Europe de l’Ouest à l’Asie. Un monde où les hommes dits forts, des dictateurs sans scrupule en réalité, sont encensés et n’en finissent plus d’accéder aux fonctions suprêmes dans un certain nombre de pays où les peuples sont désorientés, tentés par le repli sur soi et l’exaltation identitaire et nationaliste.

Nous avons donc besoin d’union, de cohésion, de rassemblement autour de ce qui fait l’essence même de notre rayonnement : l’État de droit, la tolérance, l’humanité. Ce ne sont pas des mots creux, dénués de sens, ce sont des applications concrètes de notre idéal. C’est ce qui nous permet encore de faire vivre la fraternité dans nos vieilles démocraties.

Pour une défense européenne

D’échec en échec, la défense européenne a été réduite depuis les années 1950 à l’état de chimère. Elle est vue comme la dernière parcelle de souveraineté que les nations cèderaient à Bruxelles et par conséquent comme le dernier segment de chaque identité nationale, de chaque puissance, qui reste encore du ressort des gouvernements. Mais avec le changement de paradigme au sein de l’OTAN déclaré et voulu par le nouveau président américain élu, nous n’avons plus d’autre choix que de compter sur nous-mêmes pour nous protéger des périls qui menacent nos pays et nos valeurs.

La France a son rôle à jouer dans cette construction qui doit se faire rapidement. La France doit prendre la tête de l’initiative, main dans la main avec l’Allemagne et avec tous les autres pays de l’UE qui souhaitent avancer vite, pour établir et coordonner une défense européenne cohérente et efficace. Son devoir est triplement urgent en sa qualité de membre fondateur de l’UE, de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies et de puissance nucléaire.

Défendre la France, c’est défendre l’Europe. Et défendre l’Europe, c’est défendre la France.

Nous ne pouvons pas laisser la division et les petites querelles politiciennes nous détourner de ce qu’est désormais notre devoir impératif, notre nécessité vitale. Car sans OTAN et sans défense européenne, avec le terrorisme qui nous frappe et le spectre de la guerre qui nous menace, nous sommes condamnés à travailler ensemble ou à tomber seuls.

… Et le soleil se lèvera.

Enfin, parce que jamais la France n’a été aussi grande que quand elle a inclus tous ses enfants, il faudra répondre aux discours de haine qui se propagent par un contre-discours qui mette en avant le modèle que nous proposons, celui d’une société libérale (politiquement) et ouverte sur le monde qui ne laisse personne en marge. Nous devons reconquérir les cœurs, redonner à notre société un sens qui lui manque. Voilà le moyen d’éviter la faillite morale que nous promet la dérive populiste. La Fraternité, vertu cardinale du modèle français, doit être au centre de notre discours et notre unique guide pour établir le gouvernement de la Liberté et de l’Égalité. La France, face à la montée des nationalismes, porte en elle une responsabilité unique, née de son Histoire. Celle d’être à la hauteur de la devise sur laquelle notre République fut fondée il y a deux siècles. Celle de réaffirmer notre adhésion à des valeurs qui nous unissent par delà nos différences. Liberté. Égalité. Fraternité. Ces mots forgés par les siècles s’appliquent à tous, sans distinction de sexe, de religion, d’origine ou de couleur de peau.

Et de rappeler ces mots déclamés dans « La Marseillaise » (1938) de Jean Renoir juste avant la scène de la bataille de Valmy : « Avant nous, le peuple était en face de la liberté comme un amoureux devant une femme à qui il aurait été interdit même d’adresser la parole. Et brusquement, grâce à nous, voilà que notre homme peut enfin tenir sa bien-aimée dans ses bras. Bien sûr, elle n’est pas encore sa maîtresse. Et il devra se donner du mal pour terminer sa conquête. Mais maintenant qu’ils se connaissent, même si on les sépare, un jour ou l’autre ils se retrouveront. »