Comment définir une grande décision ?

Nos conférences sur l’amélioration de la prise de décision conduisent inévitablement à des questions sur la meilleure manière de prendre des décisions. Dans notre esprit, il existe une distinction claire entre bonnes, meilleures et grandes décisions. De bonnes décisions sont possibles dans des environnements décisionnels « déterministes » dans lesquels la bonne réponse se trouve dans les données disponibles. Malheureusement, la plupart des décisions d’affaires sont prises dans des environnements « stochastiques » dans lesquels la bonne décision ne peut être déduite des données disponibles. Dans ces cas, il faut privilégier les meilleures décisions possibles afin de réduire les causes d’incertitude. Enfin, de grandes décisions sont celles dans lesquelles le contexte, les défis et les solutions nous permettent de réexaminer la nature même du processus décisionnel.

Avez-vous un exemple de grande décision ? Voici l’une de mes favorites :

« Je me souviens que mon père parlait passionnément de la « folie » d’un blocus de Cuba le matin du 15 octobre 1962. Il ne comprenait pas pourquoi le président Kennedy donnait une deuxième chance aux Soviétiques : papa était persuadé qu’ils avaient déjà fait assez de dégâts deux ans plus tôt lors de la tentative de la Baie des Cochons par la Brigade 2506. Depuis j’ai entendu plusieurs versions de ce récit, la crise des missiles cubains a gravé progressivement dans mon esprit une image de l’une des plus grandes décisions de tous les temps.

Lors de ce jour à la fin de l’automne de mon enfance, John Kennedy avait reçu la confirmation que les Soviétiques installaient des missiles nucléaires à Cuba mettant en danger d’anéantissement instantané quatre-vingts millions d’Américains. Il a rassemblé ses conseillers les plus proches à nouveau pour discuter d’une réponse appropriée. Il écrivit plus tard qu’il avait été incapable de lire dans les pensées de Nikita Khrushchev et n’avait aucune idée de la réaction des Soviétiques. Les données rares dont il disposait étaient au mieux imparfaites — fournies par un complexe industriel militaire dans lequel il avait peu de confiance. Ses experts, une grande partie de ceux-là qui avaient soutenu l’intervention de la Brigade 2056, étaient quasi-unanimement en faveur d’une frappe « préventive » qui commencerait, de fait, une troisième guerre mondiale.

A l’encontre de son Conseil de sécurité nationale (l’ExComm), il a décidé de mettre en place un blocus plutôt que d’aller en guerre — une réponse qui a conduit les Soviétiques à abandonner leurs projets militaires à Cuba quelques semaines plus tard. Cette décision a été prise dans un climat d’incertitude et d’ambiguïté dans lequel il n’y avait pas de bonne réponse. La décision a rompu avec une pratique généralement acceptée de « groupthink » consensuel et a institué un processus décisionnel conçu pour sonder l’environnement décisionnel, solliciter des points de vue contradictoires, stimuler la discussion et le débat, et peser les options qui correspondent le mieux à une situation.[i] La décision a non seulement évité une troisième guerre mondiale, elle a profondement changé les hypothèses de la science de la décision.

L’amélioration de la prise de décision managériale est l’objectif de notre institut de « Business Analytics » ? Dans nos Masterclasses à Paris et en Europe, ainsi que notre école d’été à Bayonne, nous explorerons ensemble les méthodes et les pratiques qui peuvent améliorer la prise de décision dans votre organisation. L’institut se focalise sur cinq applications de la science de données en entreprise : entreprendre à l’âge digital, la prise de décision managériale, le machine learning, la gestion communautaire, et la communication visuelle. Développer une culture de bonnes, de meilleures et de grandes décisions peut faire la différence dans vos enjeux actuels et votre carrière future.

Merci à Axel Landmann pour son aide dans la traduction du billet original en anglais.

[i] Voir Hansen, M., How John F. Kennedy Changed Decision Making for Us All, Harvard Business Review, le 22 nov 2013