Misogynie Noire, Merci Kodak Black

“Les filles noires de peau comme moi sont trop difficiles. Les filles claires de peau sont plus sensibles; on peut facilement les briser”. — Kodak Black

Misogynie noire, quand les hommes détestent la femme. On pourrait se demander d’où vient réellement cette haine. Ne l’ayant jamais vraiment expressément entendue, je l’ai pourtant ressentie et même observée dans mon entourage.

Mais comme les effluves d’un parfum qui vous hantent et dont vous ne cessez de rechercher l’origine, j’ai été enfin soulagée d’avoir mon ressenti confirmé par Kodak Black. Kodak Black est un rappeur américain qui a fait parler de lui lors d’un chat live, durant lequel il relevait préférer les filles claires de peau, exotiques, mais pas les filles noires, foncées. Alors, chacun ses préférences. Je ne rentre pas dans les polémiques identitaires et autres mais, voulant surement justifier ses propos lors d’un événement, il révèle ainsi tout haut ce que beaucoup d’hommes pensent tout bas: “Les filles noires de peau comme moi sont trop difficiles. Les filles claires de peau sont plus sensibles; on peut facilement les briser”.

Des préférences quelles qu’elles soient, tout le monde en a. Aussi, je ne voudrais affirmer que seuls les hommes détestent les femmes. Pour autant, il existe une réelle différence entre ses choix et une volonté qui est de briser une personne. On pourrait se cacher derrière les médias occidentaux et le maintien d’un certain standard de beauté, ou derrière l’absence d’une mère, d’un père, ou encore les enjeux de classes sociales ou enfin, le fameux “self-hate” et la division orchestrés par les autres, que cela n’y change rien. L’on retrouve exactement cette façon de penser en Afrique. Vouloir briser une personne relève d’un certain dysfonctionnement psychologique.

“Femmes, soyez soumises à vos maris”

S’il y’a bien un mot que je déteste fortement c’est bien celui-ci: “soumission”. On aura beau me l’expliquer de différentes manières (allant même dans une volonté de leurrer les femmes, affirmer que c’est leur plus grande arme) que je ne comprendrai toujours pas pourquoi une personne normalement constituée voudrait être soumise à une autre. Comme je ne comprendrai pas pourquoi un homme bien dans sa peau voudrait d’une femme soumise. Si ce n’est que cet homme n’est pas dans un rapport de réciprocité ?

Bien sûr lorsque j’en discute avec mes compères masculins, ceux ci ont vite fait de balayer rapidement cette question comme si elle les gênait. Et pourtant, les critères “femme docile”, “pas trop indépendante”, “pas trop éduquée” ressortent très souvent dans leurs préférences.

La religion comme certaines moeurs et coutumes ont pour vocation d’assujettir la femme et mettre son corps au service de l’homme, j’en parle ici. Les femmes elles-mêmes n’ont de cesse de se rappeler ce verset de la bible: Éphésiens 5:22–33, dans le but aussi de brimer d’autres femmes, trop cloisonnées dans leur rôle socio-culturel. Ironiquement, ces hommes peu enclin à fréquenter les églises sont les premiers à citer ce verset.

Je suis tombée sur une vidéo d’une actrice Nigériane qui parlait de soumission dans le mariage. Elle affirmait que pour être soumise, il faut déjà être capable de dire “non” de part son indépendance financière etc… La soumission étant ainsi un choix. J’ai trouvé que ça se tenait mais plus je comprenait sa façon de penser, plus je me suis demandée pourquoi le sentiment de se “plier” à la volonté de l’autre est aussi important ? Me référant à son exemple, si mon compagnon ne veut pas que je sorte et que je décide de ne pas le faire, ce n’est pas de la soumission. C’est tout simplement lui faire plaisir si tant est que je peux en décider autrement. Parlerait-on de soumission si c’est du côté masculin?

Femme claire et échelon social

Il y’a t-il vraiment une corrélation entre l’échelon social et la femme qui va avec ? L’on pourrait penser oui tant les exemples sont nombreux. Des footballeurs aux artistes en passant par les business men. Peut être parce qu’ils sont mis en avant dans les médias communautaires parfois dans le but de crier au scandal. Toujours est -il que dans nos sociétés africaines, la fille claire de peau vaut son pesant d’or.

Mais c’est que la blancheur de la peau a toujours prévalu dans plusieurs sociétés du monde. La couleur foncée étant assimilée aux personnes effectuant un dur labeur, aux esclaves, aux ouvriers. En Europe, la noblesse couvrait le visage de farine comme les Geisha se couvraient de poudre blanche. En Asie, les femmes craignent le soleil. En Inde, celles-ci sont friandes de produits décapants. Je pense néanmoins qu’il existe des femmes ayant un problème identitaire qui n’est découvert lorsque les intentions sont clairement exprimées.

Dans une émission que j’anime ici, j’ai soutenu que la femme africaine qui se décape la peau n’a pas forcément ce problème identitaire. Peut être un problème d’estime de soi si vous voulez, mais pas identitaire. Elle ne désire pas être blanche, caucasienne. Elle voudrait juste être plus belle comme lorsqu’on se maquille. Elle voudrait juste être assez attirante pour un homme, être choisie par un homme, je présume. Elle se plie à un phénomène de société qui existe partout dans le monde. Parfois pour s’en sortir dans la vie. Une culture de la peau claire qui finalement est une force pour ces femmes et qui conduit à une relation d’échange. Mon apparence contre ton argent ou opportunités.

Cette culture de la peau claire (aux États-Unis) divise la femme Noire. Là est le problème. Libre à chacun d’arrêter ses préférences mais, lorsque celles-ci sont basées sur la haine ou autre volonté perverse, alors, il y’a lieu ici de parler de misogynie intériorisée.

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