Frédéric Binet, profession : gendarme de haute-montagne

La neige a fait son retour en montagne, et avec elle, ses dangers. A cinq jours d’intervalle, aux Deux-Alpes et à Valfréjus, des avalanches ont tué deux lycéens, un touriste étranger et six militaires en formation. Au coeur des massifs, dans des conditions d’accès difficiles, voire dangereuses, comment s’organisent les secours ? Rencontre avec FrédéricBinet, commandant adjoint du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM) de l’Isère.
Le 13 janvier aux Deux-Alpes, sur la piste noire Bellecombe (fermée au public), l’avalanche a emporté une dizaine de skieurs. L’opération de secours a mobilisé près de cent personnes issus de différents corps de métier : gendarmes, pisteurs de station, médecins, volontaires… Comment sont coordonnées ces interventions ?
En cas d’accident sur un domaine skiable, suivant sa gravité, les secours varient. En premier lieu, les pisteurs-secouristes de la station se chargent de porter assistance ; ils dépendent de la mairie. Peuvent également être mobilisés, le personnel des remontées mécaniques et les moniteurs (ESF, UCPA ou indépendants). Si l’accident dépasse les compétences de la ville, comme ce fut le cas le 13 janvier, l’opération remonte à l’Etat, représenté par le préfet. C’est là que le PGHM est mobilisé — et peut être complété, si besoin, des CRS et des Chasseurs Alpins.
Quel est le rôle de votre unité de gendarmerie ?
Nous sommes en charge des secours et des recherches sur le terrain, mais aussi de toute la partie judiciaire. Nous menons l’enquête et transmettons les informations au parquet : taille de l’avalanche, qualité de la neige, emplacement des victimes, cause du déclenchement… Pour essayer de déterminer les responsabilités de chacun.
Sur quels types d’accidents le PGHM intervient-il ?
Il y a deux cas à différencier : d’une part, sur les pistes des domaines skiables, lorsque l’état de la ou les victimes nécessite les soins d’un médecin des urgences. C’est par exemple en cas de fracture ou de polytraumatisme. Nous acheminons alors le médecin par les airs et assurons sa sécurité (montée et descente d’hélicoptère, etc.). D’autre part, nous intervenons en haute-montagne, hors des domaines skiables, où se rendent plutôt des skieurs de randonnée et des freeriders — la plupart sont assez aguerris, mais cela ne les met pas à l’abri pour autant.
La neige est arrivée très tardivement cette année. La météo a-t-elle eu des incidences sur le risque d’avalanche et les précautions à prendre ?
Certes, les conditions climatiques influencent la qualité du manteau neigeux. Mais je dirais plutôt que le risque est dû à un changement de pratique. Avant, le ski de randonnée était considéré comme un sport “de fin de saison”, lorsque l’air se fait plus doux. On arrivait en haut des pistes le matin, sur une neige bien tassée et froide, et on regagnait la vallée l’après-midi, lorsqu’elle commençait à fondre. Maintenant, il y a de plus en plus de freeriders, et globalement, tout le monde va skier n’importe où et à n’importe quelle heure, surtout avec ce beau temps. Il y a un manque de précautions des skieurs qui n’évaluent pas la qualité de la neige.
Comment se déroule une intervention sur une avalanche ?
En premier, nous cherchons des “indices de surface” : un gant, un ski à moitié enseveli… Tout ce qui est visible de prime abord. Nous faisons ensuite passer les chiens, qui grâce à leur flair remarquable peuvent sentir une personne sous une épaisse couche de neige. Si les victimes sont introuvables, nous nous activons nos DVA (émetteurs-récepteurs), au cas où elles en seraient équipées. Il existe d’autres systèmes, mais le DVA reste le plus fiable. Puis nous organisons des “vagues de sondage” : les secouristes, dirigés par un “chef de vague”, se placent en ligne et sondent jusqu’à trois-quatre mètres de profondeur. Si ce premier passage est infructueux, nous refaisons passer le chien ; les trous formés par les sondes peuvent faire remonter des effluves qui l’aideront à localiser les victimes. Si c’est un échec, les sondeurs effectuent un “passage minutieux” ; ils percent trois à quatre trous au lieu d’un seul. Et si nous n’avons toujours rien, nous passons la dameuse pour retirer une grande couche de neige, et réitérons les opérations de sondage. Mais il faut savoir qu’au-delà de 15 minutes passées enseveli, les chances de survie diminuent très drastiquement et très rapidement.
Lisa Guyenne / 27 janvier 2015