Glenn Frey: l’Hotel California perd son créateur

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Il était le co-auteur-compositeur de l’une des chansons les plus mythiques et mystérieuses de l’histoire du rock américain. Glenn Lewis Frey, chanteur et guitariste des Eagles, s’est éteint le 18 janvier 2016 à l’âge de 67 ans.

Il était celui qui a tout initié. Il avait une connaissance encyclopédique de la musique populaire et une éthique de travail qu’il n’a jamais quittée. Il était drôle, entêté, solaire, généreux, profondément talentueux et passionné”. Sur Facebook, ce sont les mots endeuillés de Don Henley, batteur et chanteur des Eagles, à l’annonce de la mort de son partenaire décédé des suites de plusieurs maladies. Le groupe venait d’achever une tournée-fleuve sur deux ans pour célébrer sa carrière, History of the Eagles Tour. Glenn Frey et Don Henley étaient non seulement les cofondateurs du groupe, mais ils restaient aussi les deux seuls membres de la formation d’origine. “Il a changé ma vie à jamais […]. Le lien que nous avions forgé 45 ans plus tôt n’a jamais été rompu, et cela même pendant les 14 ans de séparation du groupe”, affirme Henley. Les Eagles ont en effet connu une phase de pause, entre 1980 et 1994. Une période durant laquelle Glenn Frey se lance dans une carrière solo, avec à la clé trois albums : No Fun Aloud (1982), The Allnighter (1984) et Soul Searchin’ (1988), aux tonalités plus soul que les productions des Eagles.

Du Midwest au succès planétaire

Mais ce qui marque la carrière de Glenn Frey, c’est avant tout son parcours de groupe. Enfant de la classe moyenne américaine, originaire de Detroit (Michigan), il est âgé de 23 ans lorsqu’il débarque à Los Angeles et co-fonde les Eagles avec Don Henley, en 1971. Celui-ci se remémore : “Nous étions deux jeunes hommes qui avons fait le pèlerinage jusqu’à Los Angeles avec le même rêve : laisser notre empreinte dans l’industrie de la musique.” Le premier album, Take It Easy, chanté par Frey, paraît un an après. De ce premier petit succès, il ressort déjà un style country-rock qui deviendra emblématique des seventies. L’année d’après, le groupe sort un second disque, Desperado. Une production marquée par une synergie de travail entre Henley et Frey, qui se lancent véritablement dans la co-écriture des textes et se font les deux voix principales du groupe. En 1974 paraît On The Border, un troisième album à la musicalité plus rock. C’est à cette période que le groupe intègre les guitaristes Don Felder et Joe Walsh (qui joueront Hotel California deux ans plus tard). La notoriété des Eagles commence alors à s’étendre au-delà des frontières américaines, une tendance confirmée par le succès en Europe du disque plus pop One Of These Nights en 1975.

Le mythe Hotel California

La consécration arrive un an après. C’est en 1976 que le groupe produit Hotel California, chanson éponyme de l’album qui deviendra un succès planétaire. Vendu à 32 millions d’exemplaires, dont la moitié hors Etats-Unis, il talonnerait de peu Thriller de Michael Jackson. La chanson culte, coécrite par Glenn Frey et Don Henley qui en est aussi l’interprète, sera récompensée d’un Grammy Award en 1977. Mais au-delà d’être érigée au rang de tube mondial et intemporel, Hotel California demeure l’une des chansons les plus mystérieuses et métaphoriques de l’histoire de la pop. Depuis plus de 40 ans maintenant, elle nourrit tous genres de théories sur sa signification réelle. Si d’après une déclaration du groupe, l’Hotel California est une personnification de l’opulence de l’époque à Los Angeles, d’autres l’assimilent à une prison ou à un centre de désintoxication. Une autre question agite les fans : la chanson désigne du “vin” par le mot “spiritueux”. Or, le vin n’est pas à proprement parler un spiritueux… En 2009, le journaliste John Soeder pose la question à Don Henley. Sa réponse : “Croyez-le, j’ai consommé suffisamment d’alcools dans ma vie pour savoir […] comment les qualifier. Mais cette phrase n’a pas grand-chose à voir avec l’alcool. C’est une déclaration sociopolitique…” Avant de conclure : “Mon seul regret serait de devoir vous expliquer en détail. Cela mettrait en échec l’utilisation de tournures littéraires dans l’écriture musicale […].” Aujourd’hui encore, la chanson demeure sujette à la libre interprétation de chacun, porteuse de mystères que Glenn Frey a emportés avec lui.

LG / Mars 2016