Le pure-player, porte d’entrée des apprentis journalistes ?

A l’heure où la presse papier perd chaque année un peu plus de terrain, nombreux sont les pure players, ces médias exclusivement sur le web, qui les remplacent. A l’image de Mediapart, Rue89 ou encore Vice, ces nouveaux médias sont pour la plupart fondés par des anciens journalistes. Mais certains sont aussi lancés par de jeunes journalistes, fraîchement diplômés ou même encore en études. Quelles difficultés à lancer un projet sans expérience professionnelle ? Comment asseoir sa légitimité ? Focus sur deux médias étudiants qui ont réussi à percer : Le Quatre Heures et CrossWorlds.
Fondés en 2013, les deux pure players trouvent leurs origines dans des projets étudiants. Charles-Henry Groult dirige Le Quatre Heures : “À l’origine c’était un projet scolaire proposé par les treize étudiants, dont moi, en spécialité web”. Six mois après avoir été diplômés, six des treize élèves à avoir participé en gardent un goût amer et décident de remettre le pied à l’étrier. Ils investissent alors près de 14 000€ dans la création du site. Crossworlds est quant à lui lancé par Clara Wright, alors en troisième année à Sciences-Po. Le média est au départ voué à être un blog éphémère, qui durerait le temps de l’année de césure à l’étranger des trois correspondants, aussi étudiants. Au final, le modèle perdure et ce sont aujourd’hui 21 rédacteurs-photographes dans 18 pays différents qui le constituent.
Focus sur le long-format
La vocation du Quatre Heures : “Devenir un média de référence pour les longs-formats en France.” Son concept est simple : mensuel, chaque premier mercredi du mois à 16 heures, sort une enquête sur un sujet de société. Avec un graphisme très soigné et multimédia (écrit, sonore et vidéo), le Quatre Heures veut redonner ses lettres de noblesse à un format longtemps relégué au papier. Même son de cloche du côté de Crossworlds. Son principe : écrire tous les quinze jours sur un objet du quotidien et la manière dont il est considéré dans chaque pays. En avril 2015, c’était la jupe, un dossier qui lui a valu d’être cité dans Causette et Libération. Le choix d’opter pour de l’information “froide” permet aux deux nouveaux médias de se différencier. D’abord par volonté éditoriale, mais aussi parce qu’il serait difficile, en tant que média amateur, de prétendre concurrencer les médias traditionnels, dont les ressources et les contacts leur garantissent rapidité et fiabilité dans le traitement des actualités “chaudes”.
La crédibilité par la transparence
Comment justement revendiquer un traitement journalistique en tant que jeune journaliste pas (encore) professionnel ? La solution : être rigoureux, et laisser entrevoir les coulisses de l’information. Après chaque sortie du Quatre Heures, une rencontre avec les lecteurs est organisée dans un bar parisien pour en débattre. Et pour les absents, les journalistes répondent aux questions via les réseaux sociaux. Le site achète également des piges pour compléter ses dossiers, et inscrit par la même occasion des noms de journalistes à son ours. Crossworlds mise lui sur “l’honnêteté intellectuelle” de ses collaborateurs : “Nos rédacteurs écrivent sur ce qu’ils ont vu et pu vérifier. De même, le sourçage et la relecture sont primordiaux. Si l’on repère des incohérences, on va tout de suite contacter le rédacteur pour éclaircir le point. Je ne pense pas que “non professionnel” signifie “pas crédible””, insiste Clara Wright. Crossworlds met aussi à profit les réseaux sociaux : Instagram pour poster en temps réel des clichés “toujours à vocation informative, judicieusement légendés”, et compte développer Snapchat, cette fois dans le but de permettre aux correspondants de raconter les coulisses de leurs reportages, “de manière très personnelle et au plus près de l’information”. Une technique que l’on retrouve aussi chez les médias traditionnels, tels que le Washington Post.
Lisa Guyenne & Matias Arraez / 1er février 2016