Spotlight : admirer les journalistes pour ce qu’ils sont vraiment

Le journaliste, ce super héros ? C’est un peu l’idée que nous en a donné jusqu’ici le cinéma d’Hollywood, qui en a fait un Superman, infaillible homme d’action au service du bien. Le film Spotlight (sorti en France le 27 Janvier) du réalisateur Tom McCarthy, qui retrace l’enquête des journalistes du Boston Globe dans l’affaire des prêtres pédophiles, part à l’encontre des clichés sur le métier. Dans une reconstitution proche d’une démarche documentaire, il dessine en filigrane une vision réaliste de la déontologie journalistique.

Le chouchou du cinéma et des enquêtes policières

Comme médecin, avocat, ou encore policier, journaliste est définitivement un métier qui inspire la fiction. Honnête car ardant défenseur de la vérité des faits, mais aussi courageux et débrouillard globe-trotter parcourant le monde pour être au plus près de l’action…. Le cinéma prête tout un tas de qualités aux journalistes, qui font de lui le héros idéal du film américain, entre justicier, agent secret et détective.

Ces journalistes qui font rêver le cinéma

Superman (Man of Steel, Zack SNYDER 2013)

Infaillible, sans peur et sans reproche : c’est surtout à Clark Kent qu’on doit l’image du journaliste chevalier blanc dans la fiction

Zodiac (David FINCHER 2007)

Un investigateur au service de la justice, prêt à traquer le mal absolu sous les traits d’un serial-killer, aux côtés de la police. C’est la figure bien connue des polars du journaliste-détective.

Good night and good luck (George CLOONEY 2006)

Le présentateur Edward Murrow incarne le journaliste aux idéaux admirables, déterminé à provoquer la chute du terrible sénateur McCarthy à l’origine de la chasse aux sorcières dans les années 50.

Mauvaise presse, qui a peur des médias ?

Pourtant le journaliste est aussi une figure qu’on adore…détester. Récemment la critique est virulente, que ce soit de la part de politiciens populistes comme Donald Trump ou Marine Le Pen, ou des citoyens eux-mêmes, qui dénoncent depuis longtemps une trop grande proximité de la presse avec les pouvoirs politiques et économiques. Haï ou idéalisé, cette ambivalence vis-à-vis du journaliste se retrouve aussi dans le cinéma. Dans Gone Girl le dernier film de David Fincher, c’est tout le système médiatique qui est mis en cause en tant que miroir des faux-semblants de la société américaine.

Une démarche plus documentaire que fictionnelle ?

Au contraire, le film de Tom McCarthy semble consacrer la notion d’objectivité journalistique, autant dans le travail des protagonistes, que dans la reconstitution fidèle, au grand écran, de cette enquête. Ici pas question de romancer la découverte de l’affaire pour en faire un support d’intrigue. Dans un film presque sans musique, essentiellement tourné dans les bureaux d’une rédaction, on nous détaille avec minutie quelles techniques utilisent les journalistes de Spotlight pour collecter, trier et recouper leurs données. Une plongée réaliste au cœur du métier.

Loin des idéaux, la déontologie pratique de Walter Robinson

Au long de l’enquête, il :

  • respecte le principe de secret des sources même quand ces dernières sont en partie impliquées dans l’affaire
  • fait preuve d’objectivité, même lorsque ses amis (son ancien rédacteur en chef), jouent un rôle dans le dossier
  • reconnaît ses erreurs : ce n’est pas un complot qui a empêché l’affaire d’émerger pendant longtemps, mais bien sa propre négligence, puisqu’il n’a pas exploité des informations qui lui étaient parvenues par les victimes.
  • n’est jamais dans une démarche de dénonciation des coupables, et ne se substitue pas à la justice