Mapocalypse : Migrer depuis Google Maps, Maintenant (1/2)

Le 16 Juillet, Google Maps change ses pricings.
On ne parle pas d’une augmentation de 10%.
On parle d’un changement d’ordre de grandeur. Des quotas gratuits divisés par 30, des prix Pay-as-you-Go qui flambent (x14 sur le géocodage par exemple), bref, c’est la Mapocalypse.

Après quelques semaines d’échanges avec de nombreuses personnes, je m’essaye à écrire pour partager notre analyse de ce qu’il s’est passé, et vous aider à répondre à la question: Quelle alternative?

La stratégie à l’origine de Google Maps

Depuis l’arrivée de Google Maps en 2006, l’objectif était simple: Gagner le marché. GMaps représente encore aujourd’hui plus de 90% du marché de la map dans le monde digital mobile et web.

Si votre objectif à vous était de faire la même chose, comment feriez vous?

Réponse:

  • Je veux faire croire à tout le monde que c’est gratuit, pour éteindre la concurrence
  • Je réduis les démarches d’intégration au minimum. Une clé d’API, 5 min à intégrer, pour toutes les plateformes
  • Mon objectif est d’être utilisé de partout, pas que tout le monde paye (pour l’instant)

D’ailleurs, peu de gens se sont aperçus de ce que Google Maps essayait de faire:

https://www.clubic.com/pro/entreprises/google/actualite-787616-evermaps-echoue-condamner-google-maps-abus-position-dominante.html

En ce sens, Google Maps a réussi son pari. Jusqu’il y a quelques temps, il était LE réflexe lorsqu’on développait une application mobile ou web. On le voit de partout, on tombe sur des tutoriels, articles pour l’intégrer facilement, on pose et ça marche. Que demander de plus?

En marche vers la monétisation

Maintenant, imaginez vous au board de Google Maps: Ca y est, l’objectif est rempli. Tout le monde nous utilise. Que va-t-on faire maintenant?

Réponse: Nous allons commencer à monétiser

Depuis quelques années (nos premiers feedbacks sur la question remontent à 2015), Google Maps commence à aller à la pêche au gros.

Vous dépassez vos quotas? Très bien. Attendons un peu. Quand on sait que la carte est devenu un enjeu stratégique pour vous (ie: qu’elle est intégrée au sein de tous vos services), je coupe vos flux.

Imaginez que vous êtes BlaBlaCar, et que ce lundi matin, à la place d’une carte, c’est ce message qui s’affiche pour tous vos usagers:

Quelle est la première chose que vous faites? Eh bien moi je décroche mon téléphone et j’appelle Google!!!

-“Oui bonjour, nos maps ne fonctionnent plus en prod. On perd de l’argent”

-”Bonjour Monsieur, faisons le point sur vos usages: tiens, vous dépassez vos quotas gratuits de 2 Millions de maps / mois depuis 12 mois. C’est normal que les vannes aient été coupées”

-”Ecoutez là c’est urgent, on a besoin que le service refonctionne, comment faire?”

-”Avant de rétablir votre service, il va falloir régulariser la situation précédente. 12 mois de hors-forfait [placer une formule mathématique compliquée ici] cela vous fera XX k€. Ensuite, il faut tout de suite contractualiser pour que vous souscriviez à notre plan premium + gold ultimate à YYk€ l’année”

Tadaaaaa!!! Ok, ça fait un peu Dealer de Crack, mais en vrai, si vous étiez à leur place, c’est probablement la stratégie la plus smart que vous pourriez mettre en oeuvre (commercialement parlant).

En plus, c’est malin : cela ne touche que les “gros poissons” et reste donc invisible pour la plupart du marché.

Que s’est il passé ensuite?

En 2015, Google commence à incentiver ceux qui contribuent des données au sein de sa carte:

Fin 2015, Google restructure son organisation et crée la holding Alphabet. Gros changement!

Alphabet, c’est le signe que Google souhaite se diviser en business units de plus en plus indépendantes qui devront chacune mettre en place leurs stratégies. Ce jour-là, Google Maps devient donc une “entreprise” qui devra comme toute entreprise chercher à diversifier (et augmenter) ses sources de revenus pour pérenniser. Fini le dumping et la stratégie Globale Google.

En 2016, Google Maps Android devient plus intrusif avec des notifications: “Tu es dans ce bar? Dis nous ce que tu en penses, envois nous une photo de ton plat”

“Allez, sois sympa, on a besoin de ton aide, tu nous dirais pas les horaires d’ouverture du pressing dans lequel tu te trouves?”

Mai 2016, Google Maps commence à proposer des publicités dans les mobiles

Ainsi, ces années permettront à Google Maps de :

  • Commencer à gagner de l’argent avec ses maps avec les 0.1%* de gros poissons
  • Enrichir et diversifier ses sources de contributions (au lieu de faire rouler des Google Cars et d’envoyer les gens sur le terrain, on utilise notre flotte d’utilisateurs, c’est gratuit)
  • Commencer à monétiser les 99.9%* de maps gratuites avec des contenus publicitaires

(*ces chiffres ne sont pas à prendre littéralement, c’est juste pour dire “un pourcentage ridicule” vs “quasi tout le reste du marché”)

Mapocalypse

Fin 2017, Mapbox lève 165 Millions de $ (Mapbox, ce sont nos concurrents américains sur certaines parties de notre métier à Jawg Maps) et commence à prendre d’assaut une partie du marché. Leur objectif semble d’être d’attaquer un marché autrement plus prometteur (et moins bouché) que la map web et digitale: l’Automotive.

En 2018, essayons d’imaginer un meeting du top management chez Google Maps:

“Bon ok les gars, on a toujours le monopole sur la map web et digitale, mais au final: On a de nouveaux concurrents sur ce marché, on ne gagne pas tant d’argent que ça car pas grand monde ne paye, et on est en train de se faire prendre d’assaut sur d’autres segments de marché sur lesquels on se doit d’être présents. On fait quoi?”

La réponse n’est pas difficile à imaginer:

  • Le postulat de départ “Nous sommes la seule plateforme de maps du marché” est obsolète. Nous devons devenir “La plateforme de maps de luxe du marché”. Celle avec Google Street View, avec Google Indoor, etc…
  • On doit accepter la concurrence et accepter de faire partir ceux qui ne payent pas
  • In fine, nos couts d’exploitation serveur vont grandement diminuer, nos clients vont devenir majoritairement payant, et on gagnera beaucoup plus d’argent

Ca fait presque un an qu’on attendait de voir la next step que Google prendrait pour avancer dans sa stratégie de monétisation, et d’un point de vue business ce qu’ils annoncent n’est pas surprenant.

Ce qui est plus surprenant, c’est que Google accepte de “redistribuer les cartes” du marché de la map (oui je fais des blagues parfois) en faisant un appel d’air pour une grande partie de sa clientèle, ce n’était pas selon moi habituel dans sa manière de faire. Néanmoins, c’est une décision qui reste logique d’un point de vue strictement commercial.

J’espère que ces quelques lignes permettront à certains de mieux comprendre l’évolution de ce qu’il se passait dans la tête de Google Maps, et aussi d’apercevoir que ce n’est que le début.

Aujourd’hui, la grande question est “vers qui migrer pour mon service X”?

Evidemment, on a des moyens de vous aider chez Jawg Maps, mais pas que. Ce sera l’objet du prochain article.

EDIT: L’article suivant a été posté ICI

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