John Snow “avec un H”, ou la rencontre de la santé et du territoire

Le retour d’une certaine série audiovisuelle remet au cœur de nombreuses conversations le personnage de Jon Snow, tout à la fois héros et responsable malgré lui d’une véritable injustice. Le nouveau “King in the North” se trouve en effet partager, à une lettre près, son patronyme avec un autre personnage — celui-ci bien réel. Le médecin John Snow vécut ainsi dans l’Angleterre de la première monde moitié du XIXeme siècle, de 1813 à 1858, et joua un rôle déterminant dans nombre de progrès obtenus à l’époque pour la santé de ses contemporains.

Portrait de John Snow par Thomas Jones Barker, via Wikipedia

Sa notoriété auprès du grand public, quasi nulle, est sans commune mesure avec celle de son presque homonyme. La mémoire de John “avec un H” Snow n’est pourtant pas seulement inscrite dans l’histoire la médecine. Elle l’est aussi dans celle de Londres et même dans son paysage urbain, puisque une sculpture en forme de pompe à eau (on y reviendra) rappela son action à partir des années 1990, avant d’être remplacée dans le courant de l’année 2016 par une simple plaque commémorative.

Nous sommes en 1854. Le quartier de Broad Street, dans la capitale britannique, est frappé d’une épidémie de choléra — choléra dont la propagation, croit-on alors encore majoritairement dans les cercles scientifiques et médicaux, se fait par les miasmes, c’est-à-dire par voie aérienne. John Snow poursuit quant à lui une hypothèse différente. Appuyé par un prêtre du quartier, il se lance dans une minutieuse enquête auprès des habitants afin d’identifier aussi précisément que possible la source de la maladie, qu’il pense transmissible par l’eau. Ses interviews et analyses, portant notamment sur les habitudes, modes de vie et consommations des uns et des autres, lui permettront d’établir une cartographie détaillée de la propagation de l’infection et finiront par le conduire à identifier une pompe comme origine probable du mal, puis à convaincre (temporairement) les autorités de la rendre inutilisable. D’où la forme étrange de l’hommage qui lui fut rendu des années plus tard à Londres (et à nouveau, depuis peu, à York).

Carte de l’épidémie de Broad Street établie par John Snow en 1854 — source : UCLA, Ecole de santé publique, département d’épidémiologie

Snow souligna lui-même que le rôle exact joué par l’arrêt de cette pompe dans la fin de l’épidémie, puisque celle-ci était déjà en reflux, était sujet à caution. Mais les travaux qu’il mena à cette occasion n’en constituèrent pas moins l’un des actes fondateurs de ce qu’on allait appeler l’épidémiologie. Ils marquèrent également les prémisses d’une autre approche de la santé, qui allait mettre bien plus de temps encore pour être formalisée : à savoir la santé urbaine, soit une analyse croisée des implications sanitaires du fait urbain et des dimensions urbaines des problématiques de santé. De fait, John Snow n’était pas uniquement un médecin particulièrement doué mais aussi un véritable enquêteur, qui avait acquis une profonde connaissance de Londres, du quartier concerné et de son territoire ; soit un environnement urbain dont la qualité, et en l’occurrence les défauts, avaient été déterminants dans l’émergence et l’intensité du problème.

La ville et l’urbanisme évoluèrent ainsi autant à la faveur de ses recherches que la science et la connaissance médicale ; du moins, en Europe et dans les pays et régions les plus favorisés. Alors que plus de la moitié de l’humanité vit depuis 2007 en zones urbaines, et bientôt ses trois-quarts, les difficultés liées à la qualité de l’eau demeurent en effet considérables à l’échelle de la planète. Selon les derniers chiffres de l’OMS et de l’UNICEF, 2.1 milliards de personne sont aujourd’hui encore sans accès à l’eau potable à domicile, 4.5 milliards ne bénéficiant pas d’un système performant et sûr en matière d’assainissement.

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