Journal de bord sur FRANCE

“Confrontation de générations”

France dans la baie de Quiberon

Ah FRANCE ! bateau mythique des premières participations de la France à la Coupe de l’America, Phénix renaissant de ses cendres, fierté nationale portée par le baron Bich ! FRANCE recrute son nouvel équipage, comme le souhaitait le baron à l’époque, comme le souhaite aujourd’hui le Président de l’Association Française pour la Coupe de L’America, Bruno Bich, formé en majorité de jeunes*.
A l’initiative de l’AFCA et de Thierry Verneuil, son vice-président, et du Yacht Club de France et d’un de ses membres Brieuc Daspremont, huit jeunes du Yacht Club ont embarqué le temps d’un week-end sur le 12mJI à la coque bleu roi.

10h “Bienvenue à bord”

Nous nous rassemblons sur la panne à la Trinité-sur-Mer. Intimidés par la beauté classique de ce lévrier des mers (un lévrier de 30 tonnes tout de même), nous faisons connaissance son équipage permanent bien entraîné aux manoeuvres du bateau. Très bien accueillis par ces passionnés, nos mains et nos bras sont aussitôt et naturellement mis à contribution afin d’écourter au plus vite ces longs moments d’impatience au port. Nous échangeons « nos jean’s et nos baskets » contre des pantalons et des vestes de quart rouge marqués « AFCA 12mJI; nos regards d’enfants émerveillés se croisent, accompagnés d’un petit sourire d’excitation : un rêve de gosse devient réalité.
Thierry Verneuil et Ben Lesaout animent le briefing et les postes sont ainsi répartis :

o Marine BOUVIER : au moulin à café de la grand voile
o Lorraine TIBERGHIEN : assistante N°2, affalage et ferlage du spi,.
o Jeremy RICORDEAU: au moulin à café des écoutes de foc et de spi
o Pierre FERRAN : au moulin à café de la grand voile
o Théophile MOHR : en N°2 et responsable du tangon
o Brieuc DASPREMONT : à la grand-voile
o Thibaut De NORAY : aux bastaques tribord et navigation
o Ludovic CELERIER : aux bastaques bâbord et navigation

11h “On drisse”

Nous quittons le port de la Trinité. Tout l’équipage est concentré et à petite allure nous envoyons la GV dans le chenal. Hisser 147 m² de toile nécessite deux colonnes de moulin à café et 4 moulineurs**

11h05 “Parés à envoyer ?”

La GV est « hookée », le moteur est coupé, on reprend de l’écoute et le bateau file sans difficulté au travers à près de 8 noeuds. Il est temps d’envoyer le génois !

11h10 “On borde !”

Nous bordons à fond les voiles sous le vrombissement des winchs : premières gouttes de sueurs des moulineurs. FRANCE dévoile sans broncher son côté ardent et puissant.

22 noeuds de vent apparent — 30° du vent — vitesse 11,5 noeuds

11h30 “Parés à virer”

Tous à nos postes, nous nous rappelons mentalement l’ensemble des consignes et gardons en tête que l’erreur ne pardonne pas sur ce genre de bateau. L’ordre de virer retentit tel un coup de feu. L’ensemble de la mécanique humaine se met en marche à un rythme effréné. Mille et une petites choses s’exécutent dans un brouhaha assourdissant. Première manoeuvre réussie, les moulineurs respirent, les embraques règlent, les bastaques vérifient, pour la 3ème fois, et le barreur relance. Tout le monde se tait et profite.

11h45 “La comparaison”

Au vent, nous croisons un « classe 40″ et décidons de le remonter pour faire la course. Nous nous approchons de lui, virons dans sa poupe et nous calons sur son cap. Au travers, nous le remontons petit à petit. Le skipper du classe 40, échauffé de se faire rattraper par un quarantenaire, arrête de « bricoler » et reprend la barre. Bord à bord, FRANCE se révèle être un peu plus rapide. Au bout d’un demi mille, Thierry Verneuil lance un « allez, ça suffit » et relance le bateau à 30° du vent… Le classe 40 essaie tant bien que mal de remonter mais n’y arrive pas. FRANCE remonte avec aisance en laissant le « « jeune » à la traîne. Pas de doute, on construisait des bateaux faits pour remonter…

12h15 “La parade”

Nous louvoyons dans l’entrée du golfe dans le courant, les manoeuvres s’enchaînent avec de plus en plus de fluidité et de confiance. Arrivés à la hauteur de Locmariaquer, nous prenons la décision de ressortir du golf en envoyant notre premier spi pour redescendre vers Quiberon.
Rappel de la manoeuvre, puis toute la plage avant s’affaire et fourmille : nous sommes 17 équipiers à bord.

Le tangon se lève, le spi ferlé se glisse sous le génois, les embraques récupèrent, le génois tombe et le « petit spi » de 200 m² se libère de ses chaînes. Le bateau redécolle et glisse en direction de la Teignouse.

12h30 “Say wooooo, say Houat” !

Nous approchons de Houat, les navigateurs prennent en charge la direction du bateau et entamons le tour de l’ile de Houat par l’Ouest
Le spi est affalé sans accroc ; il y faut tout de même deux personnes en soute et cinq sur la plage avant ! Nous relançons dans un près bon plein que FRANCE aime tant.
Nous restons concentrés sur les cartes et la vitesse, et louvoyons à plus de 11 noeuds entre les cailloux au Sud-Ouest de Houat. 3 mètres de tirant d’eau par basse mer : mieux vaut être vigilant !

14h00 “Chamboulement”

Un bon équipage est un équipage polyvalent.
Tous les équipiers changent de place afin de voir, tester, « subir » les différents postes. Les moulineurs découvrent la responsabilité des bastaques, les « embraqueurs » l’humidité de la plage avant, les « bastaqueurs » la nervosité des moulins à café…
Nous remontons la baie comme si nous étions en régate, la moindre bouée, le moindre casier nous sert de marque. Les « allez, allez, allez » dans les manoeuvres apparaissent comme des encouragements, une équipe se met en place…

16h00 “De l’eau, de l’eau !”

Après tous ces virements de bords, nous arrivons dans le chenal de la Trin’, et amorçons l’affalage du génois : aucune difficulté autre que son poids et son volume. Par contre la GV est une toute autre affaire. Il faut arriver à affaler la GV dans l’axe parfait du bateau afin que la bôme de 12m vienne se poser en douceur sur un support en alu d’une trentaine de centimètre de large… Chacun trouve sa place, et tout s’orchestre parfaitement comme si nous étions co-équipiers depuis des années.
Mission réussie : les voiles sont pliées, le taud est en place, les défenses aussi. Nous commençons à ressentir la soif (d’eau) et les courbatures.
Arrivés à notre panne, une troupe de badauds s’agglutine sur le ponton, intrigués de voir ces jeunes en uniformes astiquer une si jolie dame.

17h30 “De grands yeux”

Nous nous retrouvons tous à la terrasse d’un café pour partager ensemble une bière fraîche, la fatigue se fait sentir, mais les « nouveaux » que nous sommes gardent leurs yeux grands ouverts, fascinés par la journée que nous venons de passer. On en a rêvé ! On l’a fait ? On l’a bel et bien fait !

L’ensemble de l’équipage au retour

20h30 “Les copains de Jaouen”

Le rendez-vous était pris ; nous nous retrouvons tous à la cantine des marins de la Trin’, Chez Jaouen. Les huîtres, les palourdes, les moules et tourteaux sont de la partie, nous racontons dans des éclats de rire les aventures de chacun. Nous avons tous vécu une journée différente.
Car oui, il y a plusieurs mondes à bord, la plage avant, la plage arrière. Certains diront que la plage avant est appelée communément les syndicats en référence au nombre d’équipiers, à l’humidité ambiante et aux tâches parfois dures et physiques, et la plage arrière le MEDEF qui accuse souvent la plage avant de prosélytisme et profite d’un statut structurel protégé des embruns, sans bien sûr omettre la mains-mise sur la navigation…)
Nous venions de tous bords pour être équipiers, et maintenant nous sommes des copains d’abord.

La nuit fût courte et nous étions à nouveau sur l’eau dès le lendemain matin, mais ce journal s’arrête ici, car il paraît que les aventures du dimanche ne regardent que les participants et les sirènes… Entre nous ? Une histoire de spi, de parachutistes, de mâchoire et d’étai… Mais chut ! Je ne vous ai rien dit…

Ludovic Célérier

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