Nicolas Hulot, le ministre qui veut faire prospérer l’économie verte

Dans le sillage du président français Emmanuel Macron, qui veut rendre notre planète « great again », le Plan climat du ministre de la Transition écologique et solidaire préfigure un tournant historique : la fin de l’ère des énergies fossiles. Si ce cap exigeant est tenu, une nouvelle économie pourra, enfin, prospérer.

Emmanuel Macron est-il plus vert que vert ? Les premières semaines du mandat présidentiel ne peuvent décevoir toutes celles et ceux qui sont convaincus que les urgences écologiques doivent être érigées en priorités politiques. Le sentiment d’être, enfin, entendus, domine. Et les prises de positions s’enchaînent à un rythme soutenu.

Il y a, tout d’abord, la nomination au rang de ministre d’Etat de la Transition écologique et solidaire, de Nicolas Hulot, avec un intitulé et un rangs ministériels qui affichent de nouveau un « vrai » cap. Puis, c’est le discours très théâtral adressé aux Français et aux anglophones, par lequel Emmanuel Macron positionne la France aux avant-postes de la lutte contre le changement climatique et de la défense des Accords de Paris, « trollant » au passage le président américain Donald Trump. Emmanuel Macron, jouant avec les codes de la communication politique, ne manque d’ailleurs pas une occasion pour enfoncer le clou, comme lors de la visite en France d’Arnold Schwarzenegger.

Fin du business as usual ?

Vient ensuite le Premier ministre Edouard Philippe. Dans son discours de politique générale, apparaissent, au sein d’un grand plan d’investissements, la fiscalité carbone, la convergence diesel-essence et la conversion de l’agriculture.

C’est désormais le ministre Nicolas Hulot qui présente un ambitieux « Plan climat », redonnant un peu de hauteur de vue à un objet dont ses prédécesseurs avaient fait un objet très technique et désincarné. Les acteurs de l’économie verte apprécient ce nouveau souffle politique.

Besoin d’une vision de long terme

Ne soyons pas naïfs. Nous connaissons les portées et limites de la communication politique. En 2007, le président Sarkozy avait initié un moment historique avec le Grenelle de l’environnement — sous la pression, déjà, de Nicolas Hulot et des ONG. Cela ne l’avait pas empêché, par la suite, de revenir aux logiques de « business as usual »? Nous connaissons aussi la capacité de résistance des lobbies du « vieux monde » fossile. Ils ne capituleront pas facilement.

Mais la constance avec laquelle la position est tenue depuis quelques semaines ne peut que donner confiance à des acteurs économiques qui ont besoin de lisibilité et de stabilité pour faire les meilleurs investissements, chose que le président Macron n’ignore pas.

Neutralité carbone versus America’s pledge

De ce point de vue, le Plan climat du ministre Nicolas Hulot est on ne peut plus clair : il faut accélérer la cadence. On retient, tout d’abord, le fait que les Accords de Paris deviennent irréversibles. C’est souhaitable car, une lecture statique des engagement pris en décembre 2015 par 195 Etats montrent que ce « deal » ne suffira pas à relever le défi de la crise climatique. Fort heureusement, le texte de l’accord doit être régulièrement revu et il n’est qu’un premier pas sur un long chemin.

Le Plan climat de la France propose une surenchère symbolique puisqu’il ne s’agit plus de diviser nos émissions de gaz à effet de serre par 4 entre 1990 et 2050, mais d’atteindre la neutralité carbone à la mi-XXIe siècle. Cela permettra-t-il de réveiller l’Union européenne, qui semble s’être endormie sur son objectif de réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre en 2030 (par rapport à 1990) ? De l’autre côté de l’Atlantique, villes et Etats font en tout cas chauffer les crampons. Asticotés par les positions rétrogrades de Donald Trump, ceux-ci ont en effet lancé une ambitieuse initiative pour le climat : l’America’s pledge.

Révolution automobile

Quelques mesures du Plan climat français frappent l’esprit. Les centrales électriques au charbon seront fermées avant 2022. La France, patrie du fromage et du diesel, annonce ainsi la fin de la commercialisation des véhicules thermiques en 2040. L’Hexagone se joint en réalité à un mouvement initié par d’autres : la Norvège et l’Inde, ainsi que l’Allemagne.

Les scientifiques expliquent d’ailleurs régulièrement que le respect des Accords de Paris ne peut se faire qu’au prix du bannissement du moteur thermique. Certes spectaculaire, cette annonce n’a rien d’idéologique : elle est surtout cohérente. La récente décision du constructeur Volvo annonce vraisemblablement une évolution majeure du côté des constructeurs, du moins de ceux qui ambitionnent d’exister demain sur le marché européen.

Prix du carbone

Nicolas Hulot veut également un prix significatif pour le carbone. A 100 euros la tonne en 2030, il est jugé « insuffisant pour placer le monde sur la trajectoire des 2 °C » de réchauffement climatique. Alors, combien ? Le chiffre de 140 euros la tonne circule. Deux questions se posent : qui, des consommateurs ou des industriels, paiera ce prix ? Si cette contribution est « fondue », comme la TVA, dans le prix de vente, alors l’efficacité de la mesure sera très diffuse. Si, au contraire, elle touche les industriels à la source, elle constitue un véritable signal prix et un encouragement à investir dans des technologies propres. Deuxième question : tous les pays de l’Union européenne seront-ils à l’unisson ? Les débats de début d’année au Parlement européen annoncent, sur ce sujet, une grande bagarre. Quelle sera la portée de la mesure au niveau international, le seul qui soit efficace, alors que les pays du G20 subventionnent encore massivement les énergies fossiles au détriment des énergies propres ?

Rénovation des écoles et universités

En l’état, le Plan climat de la France fixe donc le cap de la conversion écologique de l’économie. C’est un grand mérite. Mais il reste un ensemble de question à confirmer, par exemple dans le domaine de l’énergie. La France annonce un programme d’investissements de 50 milliards d’euros. Sur ce total, 4 milliards seront consacrés à la rénovation des bâtiments, notamment des passoires thermiques : l’habitat des populations les plus défavorisées ainsi que les bâtiments publics : écoles, cités administratives, hôpitaux, universités. Il s’agit d’une excellente initiative, qui peut entraîner les acteurs de la filière. Car des solutions existent déjà pour concevoir des bâtiments à énergie positive.

Dans le domaine des énergies renouvelables, les filières attendent également des signes clairs. L’autoconsommation, rendue possible depuis quelques temps en France et en Allemagne, annonce probablement une révolution technologique et comportementale dont il est difficile de mesurer la portée. A l’image de la révolution de l’internet dans les années 90, qui avait été soutenue par les pouvoirs publics, pourquoi ne pas encourager massivement cette tendance à l’autonomisation des consommateurs ? Il est vrai que ceci constituerait un coup de grâce pour une vision centralisée et carbonée de la production d’énergie. Nicolas Hulot souligne à juste titre qu’il faudra accompagner la reconversion des salariés des industries concernées.

Accélérer la transition

Pour autant, il ne faut pas redouter la mutation, car celle-ci est créatrice nette d’emplois à court, moyen et long terme, estime l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA). Près de 10 millions de personnes travaillent actuellement dans le secteur des énergies renouvelables, dans le monde. Leur nombre pourrait être porté à 26 millions en 2050, selon l’Agence. Mais il y a urgence. A l’échelle mondiale, c’est une réduction de 85% de l’intensité carbone de notre économie qu’il faut réaliser dans les 35 ans. Et pour ce faire, l’IRENA a chiffré l’effort à 3500 milliards de dollars d’investissements annuels dans les énergies propres entre 2016 et 2050, contre « seulement » 1600 milliards actuellement. A l’image du Plan climat français, le message est limpide : il faut accélérer la cadence.