L’agriculture en Russie : de belles opportunités à saisir rapidement

Edito de Katia Roinet, Conseillère agricole à l’Ambassade de France à Moscou.

L’un des effets de la contre-sanction russe du secteur agroalimentaire (« embargo ») est bien entendu l’augmentation de la production agricole russe. Mais celle-ci n’est pas si spectaculaire : +3.3% en 2014 ; +3% en 2015 ; 4.8% en 2016 ; 2.4% en 2017. Ceci peut s’expliquer de différentes manières :

- Manque de visibilité sur le maintien ou non de « l’embargo » et des différentes subventions

- Difficulté de financement

- Manque de main d’œuvre qualifiée, notamment dans l’élevage

- Temps de latence avant le démarrage de la production (plusieurs années sont nécessaires pour récolter les premiers fruits d’arbres fruitiers juste plantés, idem pour l’élevage et l’abattage des premiers taurillons / veaux d’une ferme bovine, la même chose pour la construction d’une usine de produits laitiers ou de transformation de viande)

- Coût élevé des équipements agricoles, industriels, des animaux (génétique de qualité), avec un rouble faible

Mais la tendance est néanmoins belle et bien là, et les opérateurs français ont toute leur place sur ce marché. Les investissements français dans le secteur agricole en Russie n’ont pas faibli, bien au contraire. Mais au-delà des investissements, c’est également toute l’offre française en équipements (matériels pour l’élevage, l’abattage, la transformation de la viande et du lait, machines agricoles, serres, matériel d’irrigation), en semences végétales, en génétique animale (bovins, ovins, caprins, mais aussi porcs et volailles), en alimentation animale, en formation / consulting,… qui doit progresser. La demande des opérateurs russes est importante, et la concurrence forte (notamment allemande et italienne pour ne citer que des européens).

Très souvent, les besoins des sociétés russes sont exprimés de manière globale et nous devons tâcher d’y répondre collectivement. Par exemple, il n’est pas rare de voir un investisseur russe demander à être accompagné pour un projet clé en main d’élevage de bovins laitiers avec construction d’une salle de traite, ou bien pour la création d’un élevage de chèvres avec un atelier de fabrication de fromage annexé, ou encore pour la plantation d’un verger ou l’installation d’une production de légumes sous serres. Plus les sociétés françaises sauront se regrouper pour formuler des offres groupées, clé en main, plus le succès sera au rendez-vous. L’attaque du marché avec des « équipes France » soudées et définies par filière est un travail qui débute, mais qu’il faut encourager davantage.

Il y a de la place pour tous, car le potentiel de développement de l’agriculture russe est encore important. Pourquoi ?

- Parce que 12 M d’hectares de terres sont toujours inexploitées

- Parce que les rendements en lait, en viande, en céréales, peuvent être améliorés

- Parce que la Russie continue à importer 25% de ce qu’elle consomme (contre 34% avant « l’embargo »)

- Parce que la disponibilité en terres et en céréales doit permettre de développer l’élevage bovin qui continue pourtant à baisser depuis 1992 (de 20M de vaches à 8.2M aujourd’hui)

- Parce que la Russie noue des liens commerciaux forts avec de nombreux pays vers lesquels elle ambitionne d’exporter (et pas seulement des céréales) : Turquie, Iran, Chine, Egypte, Vietnam, Corée du Sud,…

- Parce que la Russie appartient à l’union économique eurasiatique (UEE) qui constitue à elle seule un marché de plus de 180 M d’habitants, sans aucune taxe douanière.

- Parce que le niveau de consommation en Russie est inférieur aux recommandations internationales pour encore plusieurs types de produits : légumes (30% sous la norme), fruits (24%), lait et de produits laitiers (21%), œufs (15%) et viande bovine (34%).

La Russie joue déjà un rôle majeur sur le marché mondial des céréales, mais pourrait demain devenir également un acteur important dans la viande de volaille, dans les huiles végétales, la farine de blé,…

La France est déjà très présente en Russie dans le secteur agricole : dans la transformation laitière, dans les semences végétales, dans les machines agricoles, dans le sucre… Et les investissements continuent. Mais il est tout de même décevant, au-delà de cette présence sur place qui participe au développement de l’agriculture russe, de ne pas trouver plus de produits français dans les rayons, en particulier ceux qui ne sont pas concernés par « l’embargo ». Les consommateurs aiment avoir le choix. Les produits étrangers importés ne sont pas nécessairement toujours en concurrence avec les produits locaux. Nous avons des produits différents, qui ne sont absolument pas comparables aux produits russes, et qui viennent très bien compléter l’offre de produits dans les rayons, à la grande joie des consommateurs russes qui aiment la diversité. Les consommateurs aiment leurs produits russes, tout autant que certains produits importés / exotiques, qui d’ailleurs ne peuvent pas être produits en Russie, pour différentes raisons. Un grand pays agricole n’est pas un pays qui se replie sur lui-même. Un grand pays agricole est un pays qui exporte ses spécialités culinaires et s’intéressent aux spécialités culinaires des autres. D’ailleurs l’Union européenne n’est-elle pas le premier exportateur de produits agroalimentaires au monde, et également le premier importateur !

Infographie : Agriculture en Russie

Katia Roinet, Conseillère agricole à l’Ambassade de France à Moscou.

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