Le développement de l’agriculture russe : une chance pour les exportateurs français

L’embargo russe sur certains produits alimentaires européens et la politique de « substitution aux importations » qui l’a suivi ont mécaniquement entraîné une augmentation de la production agricole russe, de l’ordre de 2,4% en 2017. Une croissance modeste, mais qui ouvre des opportunités pour les fournisseurs français, tant la demande de ce marché en cours de constitution est importante en termes d’équipements et de savoir-faire.

Voir à ce sujet notre éditorial.

Un marché porteur pour les producteurs français

L’industrie agricole russe a été réduite à néant lors de la chute de l’Union Soviétique, et ce n’est que récemment que sa reconstruction a commencé. « On voit depuis notre arrivée dans le pays un nombre très important de grands projets agro-industriels », affirme Martin Greau, manager technique chez Olmix, une société française spécialisée dans la production de compléments alimentaires à base d’algues implantée en Russie depuis 1997, et qui possède un entrepôt à Saint-Pétersbourg. Une tendance également confirmée par Sémion Khmara, directeur du Centre de Génétique de la société Hycole Russia, spécialisée dans l’élevage de lapins : la filière cunicole russe a totalement disparu dans les années 1990 et l’heure est aujourd’hui à son renouvellement, ce qui entraîne une forte demande pour des solutions complètes, couvrant à la fois les besoins en équipement, en animaux et en formation du personnel.

« La Russie vient d’atteindre l’autosuffisance en matière de production porcine et volaillère », ajoute Martin Greau, « et elle se tourne maintenant vers les marchés étrangers, la Chine et les pays de la CEI ». Avec cette nouvelle priorité viennent de nouveaux besoins des producteurs russes : équipements haut de gamme, techniques de production avancées, mais aussi empreinte écologique et traçabilité des produits alimentaires, des préoccupations très récentes sur le marché russe, mais dont l’essor, d’après M. Greau, est encore à venir.

La PME bretonne Olmix au salon AgroFarm de Moscou consacré à l’équipement agricole

Aurélie Millet, export manager chez CK Industries, une entreprise française spécialisée dans la production de matériel agricole, abonde dans son sens : il existe, en Russie, une réelle demande pour le savoir-faire et la qualité du matériel français. Une demande d’autant plus intéressante pour les fournisseurs français, que les projets agricoles en Russie sont souvent de très grande taille, pouvant concerner entre 800 et 1000 têtes de bétail, bien au-dessus de la moyenne des projets similaires en Europe de l’Ouest.

Des spécificités locales auxquelles il faut savoir s’adapter

« En fait, le plus dur est parfois de convaincre mes collègues », sourit-elle. Si le marché russe est plein de promesses et d’opportunités, il est également plus difficile d’accès que ce à quoi les entrepreneurs français sont habitués. « On ne peut pas s’y développer avec peu de moyens », précise Mme Millet ; les barrières à l’entrée sont bel et bien présentes ; tout comme les problèmes de certification des produits que peuvent rencontrer des entreprises innovantes. Dans ces domaines-là, il est difficile de se lancer seul, et se faire accompagner est souvent une condition indispensable pour pouvoir envisager un développement sur le marché russe.

Ce marché est en effet structurellement différent de ses équivalents d’Europe de l’ouest, explique Caroline Fauconnet, export manager chez Jourdain, une entreprise familiale française, leader mondial dans le tubulaire bovin. Présent en Russie depuis plus de dix ans, Jourdain y est représenté indirectement par des revendeurs. « Il est difficile de trouver des revendeurs fiables à long terme », car le marché russe fonctionne par projets successifs. Là où les revendeurs français achètent du matériel pour alimenter leur propre stock, les revendeurs russes se fournissent de façon ponctuelle, lors de grands projets de type « clés en mains ». « Il faut trouver un revendeur qui intègre vos produits dans une offre globale ».

Ou bien, comme l’appelle Mme Roinet de ses vœux dans son éditorial, apprendre à se constituer en « équipes France », comme le font depuis longtemps les exportateurs allemands !

Rédaction Léo Vidal-Giraud pour MEF Moscow

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