« Les sanctions enrichissent surtout les cabinets de juristes » : portrait de Philippe Pégorier, directeur d’Alstom en Russie

Philippe Pégorier est Président de la filiale Russe d’Alstom en Russie mais également figure de proue de la communauté française à Moscou. Lors de son récent passage pour l’Afterwork dans les bureaux de la MEF Moscow nous sommes revenus avec lui sur sa vision de la Russie, l’impact des sanctions européennes sur Alstom, mais aussi sur son parcours, de Bordeaux à Moscou en passant par Kiev et Téhéran.


« Je ne me suis jamais posé la question de venir en Russie : ma mère se l’est posée pour moi »

MEF : Comment êtes-vous venu en Russie ?

Philippe Pégorier : Ce n’est pas une question que je me suis posé : en fin de compte, c’est maman qui se l’est posée pour moi. Quand j’avais dix ans elle m’a fait apprendre le russe en me mettant dans la classe d’une de ses amies, qui était professeure de russe à Bordeaux. Ensuite, j’ai pris le russe comme une valeur ajoutée par rapport à mes autres petits camarades, et j’ai continué dans cette voie en venant faire mon service national en Russie. D’ailleurs à l’époque, ce n’était pas la Russie mais l’Union Soviétique… Ensuite, j’ai passé maintenant près de dix-huit ans à Moscou, huit ans à Kiev et le reste ailleurs.

Philippe Pégorier. crédit photo : Les Echos

MEF : Le service national correspond à la coopération, qui est maintenant devenue le VIE ?

P.P. : Oui, c’était ce qui s’appelait autrefois le « poste d’expansion économique », qui maintenant s’appelle Business France, au service économique et commercial de l’ambassade de France en URSS.

MEF : Puis, donc en Russie. Et comment vous êtes-vous retrouvé dans le privé ?

P.P. : J’avais une formation à la fois privée et publique, à la fois française et étrangère, avec une carrière un peu mixte. Je ne suis qu’assez récemment dans le privé, depuis 6–7 ans, parce que mon ancien directeur de cabinet était le directeur des affaires internationales d’Alstom : ils avaient besoin de quelqu’un sur la Russie et ils ont donc fait appel à moi. J’étais alors déjà à Moscou, comme chef du bureau de ce qui s’appelait à l’époque Ubifrance, actuellement Business France, et je suis donc passé du public au privé, même si j’avais fait une école de commerce qui a priori me destinait de toute façon au privé.

MEF : En quelle année êtes-vous arrivé en Russie ?

P.P. : Je suis arrivé y travailler à la fin août 1983, à l’époque d’Andropov. Mais je ne suis pas resté tout ce temps. Je suis resté au total 18 ans, j’ai aussi travaillé pendant six ans à Paris, à Bercy et dans l’administration, et j’ai passé cinq ans à Téhéran et huit ans à Kiev.

MEF : Toujours dans le cadre de la diplomatie française ?

P.P. : Toujours, comme attaché, puis conseiller économique et commercial au sein des ambassades.

MEF : Depuis votre premier séjour en Russie, le pays a évidemment été bouleversé. Quels changements retenez-vous ?

P.P. : Tout d’abord, ce n’est plus le même pays, au sens propre du terme. Ce n’est plus le même nom, le même pays, le même système, la Russie est rentrée dans la mondialisation alors que l’URSS était un monde en lui-même. Tout était différent, les voitures, les produits, la façon d’acheter, tout. On est aujourd’hui dans un pays moderne et par lequel la mondialisation est passée. Un exemple frappant : à l’époque, nous n’avions pas de communications téléphoniques internationales, il fallait les commander, on pouvait passer son appel un ou deux jours plus tard… et cela, à Moscou ! La plupart du territoire russe était fermée aux étrangers, sauf certains endroits. Il fallait déclarer aux autorités quand on sortait de Moscou, même pour aller dans la proche banlieue, il fallait obtenir des autorisations. On était dans un système totalement différent… Par contre, le caviar n’était pas cher ! 100$ les deux kilos, je crois que l’on ne pouvait pas faire mieux.

« Avoir vécu la chute de l’URSS depuis Kiev évite d’avoir une vision manichéenne des choses »

MEF : Parmi tous ces changements, est-ce que vous avez assisté à un évènement qui vous ait particulièrement marqué ?

P.P. : Il y en a plusieurs, car l’histoire a été extrêmement riche. Il y a eu la mort d’Andropov, quand Moscou s’est couverte de tentures rouges avec des crêpes noires… il y a eu la chute de l’Union Soviétique, j’étais alors à Kiev, et l’indépendance de l’Ukraine. Pendant plusieurs mois, de la fin août jusqu’en décembre, on ne savait pas dans quel pays on était : on était à Moscou ou à Kiev. À l’époque, lorsque l’on demandait à notre ambassadeur dans quel pays il était en poste, il répondait « Je suis ambassadeur à Moscou ». C’était la seule chose qui était certaine. Mais dans quel pays, on n’en savait rien. La construction du pays, la lutte de pouvoir entre Eltsine et Gorbatchev, la réunification de l’Allemagne qui s’est assez largement traitée ici à Moscou avec Gorbatchev… ce sont des moments passionnants.

MEF : Vous avez donc vécu la fin de l’URSS depuis Kiev. Au vu des évènements de ces dernières années entre la Russie et l’Ukraine, cela doit vous donner un éclairage particulier là-dessus.

P.P : Oui, cela permet de connaître les gens, l’histoire, et de voir que tout n’est pas aussi blanc et aussi noire de chacun des côté. Cela évite d’avoir une vision manichéenne des choses. Surtout quand on connaît les gens personnellement ; quand on voit des ukrainiens que j’ai connu alors qu’ils vivaient dans un deux-pièces et qui ont maintenant des immenses maisons en Ukraine et ailleurs, alors qu’ils ont toujours été fonctionnaires toute leur vie… c’est intéressant.

MEF : En quelle année êtes-vous retourné à Moscou après Kiev ?

P.P. : Je suis resté à Moscou de 1983 à 1991, même si entretemps j’ai un peu travaillé dans le privé, deux ou trois ans dans une petite entreprise qui s’appelait Lectra Systèmes, là aussi sur le marché soviétique. Et ensuite, je suis parti à Kiev jusqu’en 1996, puis je suis rentré à Paris. J’ai travaillé à Bercy pendant trois ans, ensuite en Iran pendant cinq ans, je suis revenu trois ans à Bercy en cabinet, puis je suis retourné à Kiev pour deux ans, et enfin à Moscou en 2009.

MEF : Vous avez passé les années 1990 en Ukraine. Quelle était la vie d’un français en Ukraine à cette époque-là ?

P.P. : J’étais le premier occidental que les ukrainiens aient vu : tout le corps diplomatique était concentré à Moscou, il y avait quelques consulats généraux à Kiev, mais essentiellement de pays du bloc de l’est, polonais, bulgares, roumains. À part le consulat d’Allemagne de l’ouest, j’étais le premier occidental que la plupart de mes copains aient vu.

MEF : En fait vous avez assisté à la fondation de l’Ukraine de l’intérieur…

Tout. La création des ministères… un jour j’allais voir mes copains au ministère du commerce extérieur, je passais, habillé en jean, et je vois le vice-ministre, qui était un copain, en costume, qui me dit « tu tombes bien, on reçoit la première délégation de la banque mondiale en Ukraine ! » Je m’assieds donc du côté ukrainien en bout de table, et le président de la délégation nous explique « nous sommes soutenus par ceci, cela… et la France ! ». À ce moment, le vice-ministre se tourne vers moi et annonce « Pour la France, nous avons un représentant qui va donner la position du pays ». Les gens me regardent, mais demandent « Mais vous êtes français ?! ». Il y a beaucoup d’anecdotes comme cela… bref.

« Les ingénieurs français et russes, on les a mis ensemble et il fallait bien qu’ils bossent ! »

MEF : Pour la deuxième partie de cette interview, nous aimerions parler un peu d’Alstom et de la Russie, l’histoire de l’entreprise et de son arrivée en Russie. Comment est-elle arrivée dans le pays et comment s’y inscrit-elle maintenant ?

P.P. : Alstom Transport est là depuis un projet de 2009, la livraison de l’Allegro, un train assurant la liaison entre Helsinki et Saint-Pétersbourg. Puis nous avons compris que pour passer à une dimension supérieure, il fallait produire ici, et nous sommes donc rentrés au capital du plus gros producteur de matériel roulant en Russie, TransMashHolding, qui possède treize usines et emploie entre trente et quarante mille personnes en Russie. On a mis nos ingénieurs ensemble, à Novotcherkassk dans une des usines de notre partenaire, et on a conçu deux nouveaux modèles de locomotives : un modèle passager et un modèle fret. […] Puis, pendant la crise, on a augmenté notre participation de 25 à 33% à la faveur de la vente par RGD [chemins de fer russes] de sa participation, dont on a racheté une partie avec nos partenaires.

Train Allegro entre Moscou et Helsinki. crédit photo : Wikipédia

MEF : Vous avez parlé d’une coopération entre les ingénieurs français et russes, comment cela s’est-il passé concrètement ? Cela a-t-il posé des difficultés particulières, comment ont-ils pu travailler ensemble ?

P.P. : Non, on les a mis ensemble, et il fallait bien qu’ils bossent ! Les russes se chargeaient de certaines choses : les normes russes, et ce que l’on appelle la « winterisation », c’est-à-dire l’adaptation à des conditions hivernales russes qui n’existent pas en France. Et puis du côté français, nous avons notre propre savoir-faire, on a créé le EP20, une locomotive passagers plus puissante et moderne, capable d’atteindre jusqu’à 200km/h, donc aussi vite que le Sapsan [train à grande vitesse russe roulant entre Moscou et Saint-Pétersbourg]. C’est une locomotive asynchrone, ce qui veut dire que les roues adaptent leur rotation de façon à éviter de patiner, et à double système d’alimentation, car sur les lignes russes il y a parfois deux types d’électricité. C’est pour cela que quand on prend le train on stationne parfois pendant une heure au milieu de nulle part : c’est souvent parce qu’il faut changer la locomotive, qui n’est adaptée qu’à un type d’électricité et s’arrête quand elle passe sur un autre type. Ce sont par exemple nos locomotives qui tirent les trains « Strij », qui relient Moscou à Nijni-Novgorod, qui tirent des wagons entre Moscou et Adler […]

Les trains russes pourraient aller plus vite : il faut moderniser le réseau, les voies, le matériel roulant… d’autant plus que la priorité est donnée au fret plutôt qu’aux passagers.

« Le train doit trouver sa place, entre l’avion et le bateau, entre l’Asie et l’Europe, entre l’Europe du nord et l’Iran, voire l’Inde. »

MEF : Que voyez-vous comme avenir au développement ferroviaire en Russie ? Par rapport à la concurrence de l’avion, par exemple, est-ce que ce moyen de transport reste pertinent ?

PP : Tout dépend si l’on parle des passagers ou du fret, et de quel type de passagers. Les « elektrichki » [trains de banlieue], c’est une question sociale fondamentale et l’avion ne les remplacera jamais. En ce qui concerne les grandes lignes passagers, par rapport à l’avion, tout dépend de la question des distances et des prix. Sur des distances de deux-trois heures, l’avion ne peut pas vraiment s’y substituer. Quand c’est plus loin, c’est possible.

Après, il y a le fret. Le train doit trouver sa place, entre l’avion et le bateau, entre l’Asie et l’Europe, entre l’Europe du nord et l’Iran, voire l’Inde… Les chemins de fer russes sont en train de développer des couloirs ferroviaires de transport de marchandises, et le ferroviaire doit trouver sa place entre l’avion, qui est un transport rapide mais très cher, pour des petites quantités de produits à forte valeur ajoutée ; et le maritime, pour des gros volumes de produits bon marché. Il y a un créneau entre les deux qui doit être développé, mais il faut garder à l’esprit que le contenu d’un seul navire porte-conteneur engorgerait aujourd’hui toutes les voies de chemin de fer russes ! Ce sont donc aussi des questions de quantité.

Le profil d’un produit utilisant le chemin de fer serait par exemple une Porsche Cayenne vendue à un riche acheteur chinois. On ne va pas la faire venir en fret aérien, qui serait beaucoup trop cher, mais le bateau serait beaucoup trop lent, le client ne va pas attendre sa voiture pendant deux mois. Mais il pourra attendre une semaine et demie : c’est un exemple de produit adapté au transport ferroviaire, comme aussi éventuellement les smartphones, des planchettes… il faut des produits qui aient une relative valeur ajoutée et ne soient pas périssables.

MEF : Et ce secteur de la logistique ferroviaire en Russie est amené à se développer ?

PP : Bien sûr, d’ailleurs la Russie modernise ses voies, modernise le transsibérien, le BAM [chemin de fer Baïkal-Amour]… et ses locomotives.

« Alstom avait suffisamment de relais au sein de l’administration française pour éviter des sanctions frontales »
Train de marchandises franchissant la frontière russo-chinoise. crédit photo : Russia Beyond

MEF : Est-ce que l’adoption des sanctions en 2015 a causé du tort à ces projets ferroviaires ? Le secteur a-t-il été fortement touché ?

PP : Alstom avait suffisamment de relais au sein de l’administration française, avec qui j’ai beaucoup travaillé, pour pouvoir éviter des sanctions frontales, soit sur ses produits, soit sur ses partenaires. Donc, je ne peux pas dire qu’Alstom soit touché frontalement par les sanctions, puisque l’on a tout fait pour ne pas l’être.

MEF : Vous avez pu agir en amont ?

PP : Bien sûr, avec les sanctions il vaut mieux s’y prendre en amont qu’en aval. […] Ceci dit, cela complique tout de même les choses… Pour l’instant RGD peut toujours se financer sur les marchés financiers, mais c’est déjà un peu plus compliqué ; et puis cela crée parfois des situations assez compliquées. Ces sanctions enrichissent surtout les cabinets de juristes.

MEF : Est-ce que certains projets ont dû être abandonnés ou retardés à cause de ces sanctions ?

PP : Pas de notre côté. Il faudra voir ce que devient la ligne à grande vitesse entre Moscou et Kazan. Les russes n’ont pas d’argent pour la financer jusqu’au bout, ils devraient donc la construire par tronçons en commençant par Moscou-Vladimir… Enfin de toute façon, qu’il y ait des financements disponibles ou pas, la ligne n’est pas rentable, donc sanctions ou non, elle ne le deviendra pas plus.

MEF : Donc ce qui a finalement touché votre activité ne sont pas tant les interdictions de certaines exportations que les interdictions touchant le financement des banques russes ?

PP : Pas tant les problèmes de financement que les problèmes juridiques qu’il y a derrière. Par exemple l’un de nos partenaires veut racheter une partie des actions de l’entreprise avec un prêt. Le prêt est assuré par la banque VTB, notre partenaire demande notre accord, c’est quelque chose de très habituel, il n’y a aucun problème pour nous. Mais la VTB est une banque sous sanctions, donc les juristes préviennent : attention, s’il ne rembourse pas son prêt la VTB va devenir actionnaire et on va se retrouver actionnaires à côté d’une banque sous sanctions. Même s’il y a une chance sur mille ou un million. Ce sont toujours des problèmes juridiques pour rien.

« La parole publique française ne porte plus autant qu’avant. »

MEF : D’une manière plus générale, quel est votre ressenti du climat des affaires en Russie ces dernières années ? Le pays devient-il plus ou moins accueillant pour les entrepreneurs et investisseurs étrangers ?

PP : Je pense que surtout, les conditions de business ont radicalement changé depuis 2014. La parole publique française ne porte plus autant qu’avant. Il faut nous organiser nous-mêmes entre entrepreneurs pour faire passer nos messages auprès des autorités russes, car la voix de nos ministres, ou au-dessus, ne porte plus réellement.

Deuxièmement, beaucoup de conditions ont changé, comme la production sur place, la baisse du cours du rouble, le programme de substitution aux importations du gouvernement russe qui nous oblige à plus localiser, à abandonner nos fournisseurs habituels qui sont les PME françaises, nos sous-traitants, pour localiser en Russie. C’est le côté assez pervers des sanctions économiques.

La Russie jusqu’en 2014 vivait un peu comme un émirat du Golfe, important tout, des produits agricoles… […] On est maintenant dans un pays qui est plus russifié, avec plus de produits russes, plus d’emplois russes, ce qui est finalement plutôt normal pour un pays de la taille de la Russie.

MEF : Est-ce que malgré tout, il y a encore de la place pour les entrepreneurs étrangers en Russie ? Est-il toujours pertinent de venir y faire des affaires en ce moment ?

PP : C’est pertinent, oui et non. Si l’on n’est pas prêt à produire sur place, il n’est pas pertinent de venir. C’est pertinent dans certains secteurs, comme l’agriculture qui se développe très vite en ce moment en raison de l’embargo russe, notamment l’élevage, la production de fruits et légumes, la production de fromages, mais aussi dans la production automobile, les startups, les services. Les sociétés de distribution se débrouillent ici très bien ; mais encore une fois, il faut être local, avoir des salariés locaux.

« Il ne faut pas arriver la fleur au fusil sans rien connaître du pays »

MEF : Justement, très souvent dans l’esprit de beaucoup d’entrepreneurs européens qui pourraient envisager de venir en Russie l’idée de faire des affaires en Russie est associée à des stéréotypes très négatifs, en particulier de corruption et de criminalité. Avez-vous été confronté à ce genre de problèmes ? Et d’une manière générale, quels obstacles rencontre-t-on quand on essaie de faire des affaires en Russie ?

PP : En Russie la corruption existe, mais il y a aussi une très forte lutte contre elle. Elle existe notamment dans les provinces, c’est vrai, mais les nouveaux jeunes gouverneurs nommés par Vladimir Poutine en remplacement des plus âgés qui étaient dans le système depuis longtemps, sont plus accessibles et plus sensibles à ce genre de choses. En fin de compte, ils font même beaucoup plus attention aux étrangers qu’à leurs compatriotes. Il y a toujours des escrocs, bien sûr, mais globalement si l’on est bien conseillé et que l’on connaît un peu le pays, la corruption n’est pas un réel problème.

Le plus gros problème, ce sont tous les contrôles à différents niveaux, mais là aussi, il faut savoir travailler avec les autorités, qui doivent vous indiquer la marche à suivre. Les gouverneurs sont de plus en plus entourés d’équipes qui sont là pour aider les investisseurs étrangers, il y a de plus en plus de technoparcs, qui permettent justement de résoudre tous les problèmes pratiques et de se concentrer uniquement sur le développement commercial. Il ne faut pas arriver la fleur au fusil sans rien connaître, mais il y a des moyens pour éviter que ces problèmes ne se posent.

MEF : Enfin, quelles perspectives économiques voyez-vous pour le pays, à l’horizon de cinq ou dix ans ?

PP : Il faudra demander à M. Poutine qui sera son futur premier ministre et quel sera son programme économique. Ce que l’on peut voir, c’est que globalement, l’équipe macroéconomique, le ministère des finances, la banque centrale, le ministère de l’économie, a très bien géré la crise et stabilisé la situation macroéconomique du pays. L’inflation est au plus bas historique, le chômage est peu important, les réserves d’or et de devises sont toujours très importantes, la dette extérieure est très faible… en fait, comme ils ne peuvent pas emprunter, nos sanctions financières les ont obligés à être vertueux !

Le rouble est relativement stable, voire même en ce moment s’apprécie un peu, alors que son cours n’est pas soutenu par la banque centrale. Les résultats macro-économiques actuels sont relativement bons. Le revers de la médaille, c’est le manque de réformes structurelles, de privatisations, etc. C’est là que se jouera le futur mandat du président. En fonction des réformes de structures qui seront faites, on pourra savoir si le développement dans ces conditions macroéconomiques favorables est viable à terme.

Interview par Léo Vidal-Giraud pour MEF Moscow

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