Un nouveau train de sanctions met en péril la reprise russe

Le 9 août dernier, le département d’État américain a annoncé l’adoption de nouvelles sanctions contre la Russie.

Ces dernières sont une réaction à l’affaire Skripal : pour Washington, Moscou a utilisé des armes chimiques et doit être sanctionné en conséquence, en vertu d’une loi américaine de 1991. Les mesures adoptées sont donc autrement plus drastiques que les précédentes sanctions du Trésor américain, consistant en général en des gels d’avoir et des interdictions de voyager pour des proches du pouvoir.

Ces nouvelles sanctions concernent l’importation en Russie des fameux « biens à double usage », marchandises et équipements n’étant pas nécessairement voués à une utilisation militaire (dans ce cas-ci, à la production d’armes chimiques), mais pouvant éventuellement y servir. Selon que l’on adopte une définition large ou restrictive du terme, peu de marchandises pourraient être concernées… ou bien la quasi-intégralité des produits chimiques, électroniques ou industriels. L’incertitude a plongé la bourse de Moscou et le rouble dans la tourmente. La devise russe a atteint un cours de 79 roubles pour un euro, un plus bas historique depuis 2016. Le simple fait qu’il soit pertinent de parler de « plus bas historique depuis 2016 » en dit d’ailleurs long sur la volatilité du rouble. Le cours du rouble étant jusqu’alors étroitement corrélé au prix du pétrole, l’est maintenant également avec les vagues de sanctions successives qui ont frappé le pays depuis l’annexion de la Crimée en 2014.

Cours Euro/Rouble au mois d’août 2018 Source: Bloomberg

Ces sanctions sont entrées en vigueur le 22 août. Mais elles ne sont que la première étape. À partir de cette date, la Russie à 90 jours pour se plier aux exigences des États-Unis et autoriser des inspecteurs américains à s’assurer qu’elle ne produit pas d’armes chimiques. Une exigence qui semblerait inacceptable pour Moscou, qui ne peut pas se permettre de perdre ainsi la face. La loi de 1991 continuera alors de s’appliquer, avec plusieurs effets particulièrement violents. Entre autres nouvelles mesures potentielles :

  • Interdiction pour les banques russes de se financer aux États-Unis
  • Interdiction de toutes les exportations russes aux États-Unis
  • Interdiction de toutes les importations américaines en Russie (hormis agro-alimentaires)
  • Interdiction des vols Aeroflot vers les États-Unis

Ces sanctions pourraient toucher toutes les entreprises d’État russes. Celles-ci représentent environ 70% de l’économie du pays et 40% de ses emplois.

Le premier ministre russe Dmitri Medvedev a dénoncé une « déclaration de guerre économique » et promis que le pays adopterait en réponse des sanctions équivalentes. Depuis cette déclaration le 10 août, la Russie n’a adopté aucune mesure. On voit mal, en effet, de quels instruments celle-ci pourrait disposer face à un tel arsenal politico-économique.

Les entreprises européennes ne devraient pas être concernées directement par ces nouvelles sanctions, sauf celles ayant également des intérêts aux États-Unis, en vertu du principe d’extraterritorialité du droit américain. Cependant, comme avec les sanctions de 2014, ce n’est pas l’effet direct des sanctions qui se fera ressentir par les exportateurs européens. Ceux-ci, à part certains secteurs stratégiques, ne sont pas directement concernés. En revanche, le contexte économique global en Russie pourrait se dégrader dans les mois à venir. L’économie russe venait de renouer avec une timide croissance après trois ans de crise. Ces nouvelles sanctions pourrait être trés negatives et la replonger dans la tourmente.

On peut également s’attendre à une nouvelle chute du rouble qui pénalisera les importations en Russie… et rendra d’autant plus intéressante l’option d’une production sur place (la France est déjà le premier investisseur étranger en Russie).

Rédaction Léo Vidal-Giraud pour MEF Moscow

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