Les terres rares: entre inquiétudes et admiration de ce nouvel or noir

MTI Review
Feb 12 · 5 min read

4 minutes pour tout comprendre

Tout d’abord, les terres rares sont en réalité 17 métaux que l’on peut trouver dans de nombreux endroits à seulement quelques mètres sous nos pieds. Ils ne sont ni des terres ni rares. Aujourd’hui ces derniers se retrouvent partout dans les objets du quotidien.Par exemple, chaque smartphone contient en moyenne 0,5gr de métaux caractérisés de terres rares. On en retrouve aussi également dans la majorité des batteries, des LEDs ou encore dans des aimants.

L’exploitation des terres rares a débuté avec le célèbre « Projet Manhattan ». Lancé par les États-Unis dans les années 1940, le Projet Manhattan était le nom de code dans le cadre des recherches sur la bombe atomique durant la Seconde Guerre Mondiale.

Ces métaux s’avèrent extrêmement précieux aux vues de leurs caractéristiques très performantes. On leur a ainsi trouvé dans les années 70 une utilisation de masse à travers la fabrication des téléviseurs.

Les terres rares se trouvent dans les aimants permanents. Ils sont plus petits et stables que les aimants normaux à une puissance équivalente, et s’usent donc beaucoup moins vite ne perdant que seulement 1% de leur puissance tous les 10 ans.

A l’heure d’une surconsommation évidente de la société, les terres rares sont devenues un enjeu stratégique majeur à la fois pour l’écologie, l’économie et la politique mondiale.

Une répartition inégale

Nombreux sont les endroits sur Terre possédant des terres rares. En revanche, c’est généralement sans en avoir la concentration suffisante pour créer une mine exploitable et rentable. Les mines les plus connues se situent principalement en Chine, en Australie, en Russie et aux États-Unis.

En termes de ressources, les états entretiennent une réelle opacité sur les réserves qu’ils possèderaient. Selon plusieurs sources telles que le cabinet de consulting « Roskill » la Chine détiendrait environ 45% des ressources mondiales de terres rares, suivi de la Russie (15%), du Groenland (8%), des USA, du Brésil, de l’Australie et de l’Afrique.

Pourtant en termes de production minière on ne retrouve pas cette même répartition. La Chine domine outrageusement l’exploitation car elle produit à elle seule presque 80% de toutes les terres rares extraites dans le monde.

Les autres paysexploitant des mines de terres rares sont l’Australie à 15%, des USA à 4% suivi de la Russie à 2%. Certains pays ont donc de nombreuses de réserves non exploitées. Toutefois je tiens à préciser de nouveau qu’il faut se montrer prudent vis-à-vis de ces chiffres compte tenu du réel enjeu politique qu’ils sont devenus.

Ainsi, ces chiffres montrent que la Chine domine le marché des Terres Rares qui représente à lui seul près de 10% de l’économie mondiale.

Un monopole chinois

Si le monopole chinois est aujourd’hui indiscutable, il s’explique par une stratégie décidée très en amont. La Chine a en effet réussi un tour de force en vendant ces terres rares à très bas coûts. Elle a par conséquent asphyxié le marché mondial.

Dans un premier temps, le coût très bas proposé par la Chine s’explique en majeure partie par l’absence d’un traitement très onéreux de la pollution engendrée par l’exploitation des mines. Plusieurs pays producteurs ont alors fermé des mines, ne pouvant plus faire face à la concurrence chinoise.

La deuxième étape a été de créer une réelle industrie autour de ces matériaux. De très nombreuses entreprises demandeuses en terres rares ont vu le jour, comme Huawei. Ces entreprises vendent des produits au monde entier qui nécessitent, durant leur création, l’utilisation des terres rares (puces, batteries,…). Le gouvernement chinois a même été plus loin en créant une taxe sur toutes les terres rares ainsi que tous produits dérivés des terres rares provenant de Chine. Cette taxe ne sera abolie qu’en 2015 par l’Organisation Mondiale du Commerce car jugée déloyale par et pour les autres puissances mondiales.

Depuis 2015, la Chine a fait évoluer sa stratégie. Elle achète désormais des terrains gigantesques dans des pays d’Afrique dans l’optique d’exploiter des mines récemment découvertes. De plus, elle ne fait fonctionner que très rarement l’économie locale puisque la main d’œuvre employée pour exploitée ces mines est majoritairement chinoise.

La Chine domine le marché mondial des Terres Rares, ce qui lui offre un moyen de pression conséquent.

Par exemple, en 2015 un bateau de pêche chinois qui pêchait sur les eaux japonaises, a été arrêté par des gardes côtes japonais. S’en ait alors suivi une période de tensions politique entre la Japon et la Chine. Le gouvernement chinois, en guise de pression, n’a pas hésité à stopper l’exportation de terres rares vers le Japon, une ressource importante pour l’économie nippone.

Une économie polluante

La pollution engendrée par l’exploitation des Terres Rares est loin d’être négligeable. En effet, le « mischmétal » qui est extrait des mines contient des matériaux rares possède aussi des éléments radioactifs tels que l’uranium et le thorium. Il y a donc une création de déchets radioactifs en plus de la pollution chimique utilisée lors de l’extraction des minerais.

La Malaisie collaborait avec l’Australie pour la purification de Terres Rares. L’Australie envoyait par bateau du « mischmétal » brut, tout juste sorti des mines, en Malaisie pour le purifier et l’exploiter. Ce processus est non seulement énergivore mais aussi très polluant. De nombreuses manifestations ont eu lieu en 2012 dans l’Est Malaisien pour demander la fermeture de ces usines de traitement.

Par ailleurs, le recyclage de ces matériaux pose problème. En effet, ces matériaux sont utilisés en très petite quantité dans nos objets du quotidience qui empêche un recyclage performant et rentable. Seulement 1% des terres rares seraient recyclées.

Et demain ?

L’Europe essaie tant bien que mal de revenir dans la course. En effet, d’importantes réserves de terres rares auraient été découvertes au Groenland. Ces réserves sont sources de conflits puisque le Groenland est considéré comme un territoire d’outre-mer de l’Union Européenne. De vives tensions existent déjà entre l’Union Européenne et le Groenland concernant notamment la chasse des phoques pour le commerce de leur peau. Le projet d’exploitation de ces réserves de terres rares est pour l’instant totalement gelé compte tenu de ces tensions.

De plus, ces tensions ne risquent pas de s’atténuer lorsque l’on sait désormais que l’exploitation de ce type de mine est extrêmement polluante. Exploiter le Groenland pour ses ressources minières serait dévastateur pour sa faune et sa flore encore très vierge.

De l’autre côté du globe, la Corée du Nord aurait récemment fait savoir qu’elle aurait découvert des quantités gigantesques de minerais contenant des terres rares. Ces affirmations pourraient aussi rebattre les cartes concernant les enjeux et pouvoir des terres rares dans notre économie mondiale. Il faut toutefois rester assez prudent sur ces affirmations.

Nous avons donc pu voir que les terres tares sont devenues une source d’inquiétude car elles sont un réel enjeu stratégique pour toutes les puissances du globe. En revanche elles restent aussi une source de fantasme car leurs exploitations sont loin d’être finies. Certains ont déjà envisagé de trouver des terres rares dans l’espace. C’est l’un des objectifs d’une des missions d’Artémis 2024 qui décollera vers la lune afin de savoir si le plus connu de nos satellites pourrait nous être utile dans l’exploitation de minerais.

Aymeric Gabalda

Les propos tenus dans cet article n’engagent que leur auteur et non le MTI Review.

Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade