MTITalk La sociologie pour cultiver l’innovation en entreprise

MTI Review
Nov 25, 2019 · 4 min read

Le 9 octobre dernier se tenait le premier MTI Talk, une conférence bimensuelle organisée par le master éponyme, animée par Jean-Baptiste Simmonet et traitant de la “sociologie pour cultiver l’innovation en entreprise”. Après avoir commencé à travailler dans la publicité en tant que manager et été professeur en école de commerce pendant une dizaine d’années, Jean-Baptiste Simmonet est aujourd’hui directeur du conseil et de l’innovation au sein de l’agence conseil Les Comptoirs. Il nous a dressé, lors de cette conférence, un portrait global de la société française, de l’innovation en entreprise et de l’impact de la transformation numérique sur plusieurs corps de métier.

« L’innovation ne contribue plus au progrès sociétal »

Jean-Baptiste Simmonet par d’un constat très réaliste : aujourd’hui, l’innovation n’est plus synonyme de progrès. Durant le 20ème siècle, elle permettait de faire avancer l’humanité, c’est en cela qu’elle représentait un progrès. Aujourd’hui, elle est parfois destructrice de valeurs et voire même d’humanité. A ce titre, on parle pour la première fois d’une génération d’enfants au QI inférieur aux générations précédentes. Ce fossé actuel entre innovation et progrès est un problème majeur qui questionne notre rapport à l’innovation et la responsabilité des futurs décideurs.

A l’aube de la quatrième révolution industrielle, certains experts s’alarment sur une potentielle destruction d’emplois sans précédents. Cette fois-ci les “cols blancs” et autres travailleurs qualifiés ne seront plus à l’abris. A titre d’exemple, au Japon, une société a supprimé son service juridique de 40 personnes pour le remplacer par l’Intelligence Artificielle juridique d’IBM Ross. Une des projections faite à l’horizon 2050 est celle d’une suppression de 50% des emplois qualifiés. A l’heure où nous définissons notre rôle dans la société principalement par notre travail, ce phénomène de remplacement va poser un réel problème sociétal.

« Monteriez-vous dans un véhicule qui pourrait choisir de vous tuer ? »

Il est nécessaire de comprendre la sociologie de la population ciblée avant de lancer un produit sur un marché, faute de quoi, certaines innovations ne peuvent se démocratiser. On peut citer par exemple le flop des lunettes de réalité augmentée de Google. Malgré une technologie aboutie, les Google glass n’ont pas su répondre à un vrai besoin ni s’adapter à la forte réticence des consommateurs en termes de respect de la vie privée. On a d’ailleurs observé des scènes de violence dans l’espace public lors de la sortie des lunettes connectées de Snapchat en 2017.

Il existe également un débat similaire autour de la voiture autonome. Effectivement, malgré la diminution considérable du nombre de morts sur les routes qu’entraînerait cette innovation, une crainte liée au « dilemme du mort » reste présente. La question qui se pose ici est cruciale et peut freiner une adhésion unanime en faveur du véhicule autonome.

« 1/3 des jeunes déclarent ne pas savoir se servir d’un ordinateur »

Jean-Baptiste Simmonet nous a ensuite présenté une classification de la population française en s’appuyant sur les travaux du sociologue Philippe Rucheton, on y retrouve:

- Les responsables : citoyens concernés et engagés dans la construction d’une société plus juste.

- Les rebelles : profils souvent très jeunes en opposition à la société et exprimant leurs identités à travers les réseaux sociaux.

- Les Tout juste : conformistes en recherche de simplification grâce au numérique.

- Les défiants : sont en situation de repli face à la société moderne. On retrouve étonnamment des jeunes.

- Les jongleurs : personnes aux revenus modestes pour qui l’innovation n’est pas toujours accessible. Ils ont néanmoins un désir de consommer et de se faire plaisir.

- Les utopistes: citoyens engagés, souhaitent que le numérique soit au service de l’environnement, l’écologie pour améliorer la condition de vie.

« Innover c’est accepter l’échec »

Après la sociologie des individus, Jean-Baptiste Simmonet aborde celle du travail. Dans les années 1990, le travail représentait une protection à 30%, une motivation à 30%, un devoir à 25% et un destin à 15%. Aujourd’hui, on a une forte dimension de protection de l’ordre de 62%, le travail est une motivation à 21%, un devoir à 14% et un destin à 3%.

Cette évolution s’explique par un changement de la perception du travail. A l’ère de l’hypermédiatisation et de l’hyperconsommation, un stress est constamment présent au travail.

Enfin, Jean-Baptiste Simmonet effectue une comparaison entre la démarche anglo-saxonne et la démarche française. Aux Etats-Unis, l’échec est énormément valorisé par rapport à la France. Il nous illustre cette différence par le discours qu’un parent aurait vis-à-vis de la chute de son enfant ; l’enfant américain recevrait un discours encourageant alors que le français serait asséné d’un « je t’avais prévenu ».

Par cette conférence, Jean-Baptiste Simmonet nous a invité à repenser les concepts de progrès et d’innovation en replaçant la sociologie au cœur de sa démarche.

« Il faut passer de l’injonction à l’innovation, à la culture du progrès »

Par Alexis Poumeyrol, étudiant-consultant promotion 2020 du MTI

Les propos tenus dans cet article n’engagent que leurs auteurs et non le MTI Review

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