La métaphore du poisson pour comprendre l’innovation

La théorie de l’océan bleu, de Kim & Mauborgue, stipule qu’il est conseillé de quitter les océans rouges où se battent les requins pour aller vers des océans bleus où les petits poissons peuvent s’épanouir. C’est un précepte important dans l’innovation, il faut chercher de nouveaux marchés, partir vers l’océan promis où la compétition n’existe pas encore. Cependant, cet océan promis a parfois l’allure de mirage et l’on s’aperçoit souvent qu’au mieux, on trouve un lagon, et que l’on n’est pas le simple à vouloir y aller.
La théorie big fish — little fish est également courante pour représenter les relations entre gros acteurs. Le gros poisson symbolise la grande entreprise tandis que le petit poisson, parfois représenté en banc de poissons, symbolise l’écosystème des start-up et des sous-traitants. Cet écosystème, s’il est organisé, peut avoir une véritable force de frappe.

Si la confrontation a souvent été de mise dans cette représentation, une nouvelle vision commence à émerger. C’est le modèle du poisson pilote. Que ce soit les baleines ou les requins, on s’aperçoit que beaucoup se sont accordés avec des petits poissons qui font office d’éclaireurs pour pallier à une vision et une mobilité défaillante mais qui vont également nettoyer et protéger la baleine fasse aux parasites plus petits. La grande entreprise s’appuie sur une nuée de startups pour tester le marché et être dans le bon « time-to-market », tandis que la jeune pousse profite de la puissance du « go-to-market » de son aîné pour survivre et grandir dans son sillage.
 
Cette alliance est proche de ce qu’on appelle l’open innovation, où l’entreprise n’est plus une forteresse où les secrets sont protégés, mais une place de marché où les informations s’échangent et se croisent. Pour la grande entreprise, il s’agit d’avoir l’humilité d’accepter que le petit est parfois plus efficace, d’accepter de s’ouvrir à l’autre et d’en être dépendant. Il y a un rapport de confiance envers l’extérieur à construire et un degré d’ouverture à trouver. Il s’agit de devenir un espace où les petits poissons s’épanouissent et participent à la construction d’un bien commun. On peut par exemple créer une barrière de corail où l’écosystème est hébergé et où la valeur est captée. Cette barrière de corail devient un lieu repère où les petits poissons viennent échanger les informations qu’ils ont collecté dans leur recherche de l’océan bleu.
 
Car l’innovation se nourrit des besoins de la société, doit sentir le sens du courant. Et lorsque l’entreprise prend de la taille, elle gagne de la puissance et perd parfois de la mobilité et de la flexibilité. Pour trouver un océan bleu (= faire une innovation de rupture), il faut s’éloigner de ses bases, voir ailleurs et différemment. Une des failles de la stratégie Océan Bleu de Kim & Mauborgue est qu’elle construit cette innovation de rupture par opposition à l’existant, ce qui est souvent insuffisant pour imaginer des solutions réellement différentes. Alors que le gros poisson se doit de surveiller son propre océan et l’avoir toujours en tête, le petit poisson a plus de facilité pour le remettre en cause et le quitter sans se mettre en péril.

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