Le revenu de base inconditionnel, la clé pour vivre l’innovation radicale sereinement ?

L’idée traîne par ci par là, dans les marges des débats politiques, la prononcer vous fait immédiatement passer pour un communiste idéaliste. Alors que le chômage truste les Unes des médias, que les chômeurs deviennent le centre du débat, parler du revenu de base inconditionnelle, c’est déjà marquer une certaine rupture.
Le revenu de base inconditionnelle serait un revenu fourni par l’état sans condition, que vous travailliez ou non. On parle souvent de 1000 euros par mois.
Dit comme ça, cela a de quoi faire hurler dans les chaumières, alors que l’état fait la chasse aux déficits, mais les avantages sont nombreux et ce n’est pas qu’une question éthique.
Tout d’abord, cela permettrai de rompre avec l’obsession de la courbe du chômage, unique préoccupation du gouvernement. Multipliant les emplois aidés pour camoufler une courbe déprimante. C’est une façon de retourner la question et de prendre de la hauteur.
Ensuite, ce serait une vraie réponse aux changements observés dans le rapport au travail. Valeur refuge pour beaucoup, être au chômage est souvent vécue comme une infamie. Mais cette phase de chômage est nécessaire pour permettre l’épanouissement d’une autre valeur prodige : l’innovation.
La théorie de Schumpeter sur la destruction créatrice est fondamentale dans l’innovation. Elle dit que la disparition d’un secteur d’activité s’accompagne conjointement de la création de nouvelles activités. Cependant, cette “réincarnation” n’est pas aussi mécanique. Les nouveaux emplois peuvent mettre plusieurs années voire décennies à arriver, ils peuvent être dans des secteurs complètement différent. Pour l’employée qui a perdu son métier sur l’autel de l’innovation, cette promesse de réincarnation ressemble à un mirage. 
Et pour éviter de devoir courir après une illusion -en passant par la case chômage ou les longues formations-, il va développer des stratégies de résistances, il va freiner l’innovation. Il va faire allégeance au Roi Ludd, cette figure révolutionnaire des technosceptiques. Les Luddites étaient des tisseurs anglais qui détruisaient et brûlaient les métiers mécaniques pour sauver leur artisanat et un rapport sensuel à la création. 
 
L’automatisation, et son nouvel avatar, l’uberisation, attaque de plein fouet le travail tel qu’on le connait. Les métiers automatisés ne vont pas forcément réapparaître quelque part et la transition risque d’être longue et douloureuse. Et surtout, elle ne se fera pas sans heurts. Voyez comment les Taxis s’arcqueboutent face à l’arrivée d’Uber, campant sur leurs positions, fermant le débat. Uber a beau jeu de critiquer une position conservatrice, pour les taxis, c’est leur monde qui est menacé. Et la voiture autonome ? Des millions d’emplois en moins (chauffeurs, aires d’autoroutes, taxis, livreurs…). Les caisses automatiques ? Les banques en lignes ? Les drones ? Les MOOC ? C’est toute la société qui entre en mutation et cela peut faire très mal.
Serait-ce le prix à payer pour le progrès ? Pour l’innovation ? Pour une société meilleure ? Certes. Mais pour lever les résistances et aller sereinement vers ce monde nouveau et la disparition du travail, il faut accompagner la mutation, il faut soutenir ceux dont la vie se retrouve bouleversée par le changement, il faut dédramatiser le chômage et une des solutions est le revenu de base inconditionnelle. 
Débarrassé de la pression du chômage, les individus pourraient être plus entreprenants, plus généreux et auraient plus de temps à consacrer à ce qui leur tient à cœur, des projets associatifs par exemple, que de se retrouver coincé dans un travail dont il ne voit pas forcément la finalité. L’avènement d’une économie de la contribution serait également facilité par le Revenu de base inconditionnel. En effet, des événements comme les Hackathon, les Museomix, les start-up week-end, l’ensemble des logiciels libre, la création artistique ou tout simplement les activités des FabLabs se basent sur une participation agile mais surtout bénévole. L’économie contributive connait un succès rafraichissant car la participation est porteuse de sens. Participer à un hackathon, c’est travailler sans en avoir l’impression, mais cela ne peut rester qu’une exception puisqu’à long terme, le sens ne nourrit pas son homme. Si l’on veut que l’important, cela soit de participer, il faut assurer le reste, l’alimentaire.
 Et puis, last but not least, le Revenu de base individuel serait un véritable choc de simplification au niveau de l’administration.
 La théorie a des failles, la solution est peut être mauvaise, peut être que cela ne pourra jamais fonctionner, que cela disqualifiera le travail et l’effort pour créer une société d’assistés, mais au moins, le revenu de base inconditionnel permet de poser les bonnes questions : Travaillons-nous pour vivre ou vivons nous pour travailler ? 
Et si finalement nous travaillions seulement pour donner du sens à nos vies ? Et si finalement, l’important était de participer ?