Pour tuer l’innovation, il faut tuer l’initiative

Voici quelques petites vidéos que j’ai apprécié ces derniers temps et les retours que j’en ai eu :
La première s’intitule “Je sais comment tuer la créativité dans une entreprise” et présente l’intervention de Jean Pitz, l’ancien directeur général du holding GIB, spécialisé notamment dans la grande distribution.

https://www.youtube.com/watch?v=sKokkyIkGSE

Pour tuer la créativité dans une entreprise, dit-il, c’est très simple: vous évoquez le fait qu’on a déjà essayé, évoquez les budgets qui sont bouclés, etc. Et vous faites peser la menace de la guillotine sur ceux qui échouent. Les études de marché ne sont pas non plus le meilleur ami de la créativité ni de l’intelligence stratégique en entreprise.
Il ne faut pas confondre innovation et créativité, la première est une des conséquences de la seconde. Tuer la créativité semble toutefois un bon moyen de ne pas se donner les moyens de provoquer une innovation.
Ainsi : Je tue celui qui échoue > Je tue la prise d’initiative > Je tue la créativité > Je tue les idées ayant un potentiel d’innovation > Je tue l’innovation (CQFD).

La deuxième et troisième vidéo sont deux parties d’un même entretien de L. de Brabandère, consultant au Boston Group Consulting et qui a écrit le livre “La valeur des idées”. 
La première s’attache à différencier la créativité et l’innovation. 
En effet, innover, c’est changer concrètement les choses, faire du neuf dans le système, être créatif, c’est changer les perceptions des choses, penser un nouveau système.
Pour en avoir discuté avec d’autres experts de l’innovation, il convient de dire que sa définition de la créativité lui est personnelle. Il semble considérer que la créativité est un renversement de perceptions. C’est un sens intéressant mais qui n’est pas très usuel, puisque nous préférons une définition de la créativité comme un état d’esprit qui permet la création en général.
Malgré tout, être capable de faire ce renversement de perception semble important pour arriver à provoquer une innovation.
La deuxième partie, encourager les erreurs, nous donne l’exemple d’un responsable de 3M qui montre une photo de fêtes entre collègues en demandant “A votre avis qu’est-ce qu’ils sont en train de fêter ?”. Alors que la réponse évidente semble être la réussite d’un projet, il s’avère qu’ils fêtent au contraire la fin d’un projet qui n’a pas réussi.

https://www.youtube.com/watch?v=mznSfe2ezSg
Cet exemple a bien marché parce qu’il nous encourage à voir l’échec de façon plus positive, comme une leçon, un enseignement. Cela fait écho à l’exemple de Pixar, où chaque fin de projet est fêté par le même cérémonial. On demande au leader ce qu’il a bien fait, et ce qu’il aurait fait autrement. C’est une façon harmonieuse de tirer les leçons d’un échec sans dramatiser, de se concentrer sur cet enseignement.
Nous nous sommes intéressé par la suite au sens des mots “échec” et “erreur” puisqu’il nous semblait y avoir une nuance porteuse de sens. Erreur, vient notamment de l’errance, quelqu’un qui est dans l’erreur, c’est quelqu’un qui erre, soit sans but, soit dans la mauvaise direction. Cette errance, où l’on perd ses repères, nous a semblé être au contraire porteuse d’innovation et de créativité, puisque c’est un acte exploratoire, si tant est que l’on garde l’esprit prêt à saisir les opportunités. Il s’agit de provoquer l’inattendu par une errance maîtrisée, pleine de sérendipité.
L’échec, quant à lui, à une portée bien plus négative, plus douloureuse. C’est le bateau qui échoue sur des récifs et qui ne peut partir qu’après réparations. Ou parfois qui coule irrémédiablement. Pour faire face à l’échec, il faut savoir être résiliant. Oui, un échec, ça fait mal, mais c’est également une mine d’informations. Il faut savoir se relever et transmettre ses informations aux autres pour qu’ils puissent avancer. Lorsqu’un rugbyman se fait plaquer au sol, ce n’est pas un échec pour lui s’il garde le ballon et qu’il a tout de suite le réflexe de prendre position au sol et de transmettre son ballon.
La dernière vidéo était volontairement plus légère et (très) humoristique puisqu’elle montre une parodie de réunion de travail où un expert se retrouve entouré par des chef de projet, des designers et des marketeurs qui ne l’écoutent pas et ne le comprennent pas. C’est amusant et cela apporte une vraie nuance puisque tous ses salariés présentent des habitudes que l’on conseille habituellement pour être créatif. Ne jamais dire jamais, écouter les propositions de tous, s’affranchir des règles… Cela montre qu’une règle peut toujours être utilisée à mauvais escient et tuer les chances d’innover. Même si elle a été pensée pour la protéger ! Il faut toutefois nuancer la critique, puisque effectivement, l’expert aurait pu trouver mieux que ce qu’il proposait, notamment en allant dans un système à trois dimensions. Le plus important est sans doute d’avoir une bonne approche des limites et des règles. En effet, on a de limites que celles que l’on s’impose, c’est-à-dire qu’il faut avoir conscience de ses limites et de leur légitimité.

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