Quand Jurassic Park nous donnait des leçons sur l’évolution d’internet

Dans le livre « Jurassic Park et le monde perdu », il n’y a pas que des tyrannosaures qui poursuivent des gens effrayés, il y a également le Dr Ian Malcolm, un mathématicien spécialisé dans la théorie du chaos. Alors évidemment, vous pensez à ce bonhomme :

Dr Ian Malcolm - Chaotician actually, chaotician

Mais il faut savoir que Jurassic Park est une adaptation et que le Dr Ian Malcolm original est capable de faire une déclaration tout à fait surprenante pour un livre d’aventure des années 90 :
« Personnellement, je pense que le cyberespace signifie la fin de notre espèce car c’est la fin de l’innovation.
L’idée que le monde entier soit connecté ensemble est une mort certaine. Chaque biologiste sait que les petits groupes isolés évoluent plus vite. Vous mettez une centaine d’oiseaux sur une île océanique et ils évolueront vite. Vous mettez dix milles oiseaux sur un continent et leur évolution stagnera. (…) Donc nous sommes en train de mettre 5 milliards de personnes ensemble sur le cyberespace, cela va geler toute notre évolution. Dans un monde de mass-média, il y a moins de tout à l’exception des dix meilleurs livres, musiques, films et idées. Tout le monde va penser la même chose au même moment, comme une uniformité globale. »
Il faut saluer la vision du romancier, à l’heure où beaucoup considérait l’internet comme une simple tendance. Sa vision du cyberespace est intéressante même si elle mérite quelques nuances, à la lumière des enseignements actuels.
Premièrement, personne n’est connecté à 5 milliards de personnes, chaque individu appartient à plusieurs réseaux qui sont connectés à d’autres réseaux et ainsi de suite. Le web n’est pas une foule compacte et grégaire mais une myriade de petites foules qui se font et se défont. Ainsi, le web est tout à fait capable d’héberger un réseau de dix personnes et ainsi conserver une certaine efficacité.
Deuxièmement, les blockbusters –ou best-sellers- existent toujours et avec force dans nos médias. La longue traîne, popularisée par Chris Anderson, n’a pas renversé la culture mainstream au profit d’une culture diversifiée. Netflix, qui vivait auparavant uniquement de produits de niches s’est mise à produire des blockbusters comme House of Cards. La tête de la longue traîne (=les blockbusters) tire un marché de niche toujours plus nombreux mais reste écrasant. Cependant, cette présence massive n’est pas si écrasante puisque les produits culturels de niche cohabitent.