La résilience, est-il possible sa développement dans les écoles franCaises?
January 27, 2016 — Macarena Paz pour SynLab
Mes premiers recherches sur le sujet de la résilience fait chez SynLab (http://www.syn-lab.fr) en tant que stagière, nous ont montré des résultats qui parlent d’une nécesité du développement des compétences sociales et afectives, et de la capacité de la résilience chez les jeunes et les enfants à l’école.
La recherche en Psychologie fait consensus sur l’importance du développement de la résilience et du bien-être émotionnel chez les enfants et les jeunes. Même OCDE a déjà indiqué en 2009 que « la question du bien-être des enfants est à l’ordre du jour des préoccupations des décideurs (…) [et qu’] il est essentiel que les pays réexaminent l’ensemble de leurs politiques à destination des enfants » [1]
Les pays industrialisés font actuellement face à une augmentation sans précédent des cas de dépression et d’anxiété chez les enfants et les adolescents. En France, « en moyenne 8% d’une classe d’âge d’ados sont concernés par la dépression » déclare Marie Rose Moro en rapport à une publication fait pour l’OMS en 2014. Cette publication indique aussi que dans le monde 10 à 20% des jeunes et enfants souffrent de dépression.
Face à ce constat, la municipalité de Newham en Angleterre a lancé une initiative en partenariat avec la Young Foundation, la Newham Primary Care Trust et l’Ecole de Psychologie de University of East London pour développer un programme efficace de résilience pour les écoles et collèges de la municipalité, ainsi qu’un autre pour la population globale, en regardant le manque de résilience comme un des problèmes principaux : « Les gens n’ont pas les compétences, les outils ou les relations nécessaires pour faire face à l’adversité, pour affronter les défis auxquels ils sont confrontés et pour s’épanouir dans leur environnement»[2]
Les objectifs du programme de résilience pour les écoles se basent sur :
- Donner les moyens aux écoles de subvenir aux besoins de bien-être d’enfants affectés par des changements et défis variés dans leur vie.
- Apporter des stratégies d’adaptation et outils pratiques aux enfants et familles afin de diminuer leurs chances de souffrir de dépression ou d’anxiété.
- Fournir un programme sur-mesure de formation à la psychologie positive aux enseignants, administrateurs, responsables pédagogiques, surveillants, travailleurs sociaux, parents.
- Améliorer la compréhension de toute cette communauté sur la résilience émotionnelle.
Par ailleurs, la Young Foundation a aussi développé et piloté en lien avec Ilona Boniwell et à la demande de la police de la ville d’Harrow en Angleterre un programme de résilience émotionnelle appelé FACE UP pour des jeunes de 14 à 19 ans en risque de tomber dans la délinquance ou déjà délinquants.
Ce projet a fait découvrir certains métiers d’expression artistique aux jeunes, métiers qu’ils ont ensuite retranscrits dans une vidéo musicale[3] qu’ils ont eux-mêmes réalisée. L’apprentissage de ces métiers implique l’acquisition de compétences sociales et affectives qui permettent de développer leur capacité de résilience.
Dans ce même cadre, le projet SPARK, créé par Illona Boniwell et Lucy Ryan, est un programme complet de séances pour l’enseignant et l’élève pour acquérir et développer la capacité de résilience qu’ils définissent comme « Une capacité à contrôler sa réaction face aux situations de la vie, à surmonter des difficultés et à rebondir après une épreuve ». Ce projet a déjà été testé sur plusieurs enfants, et est en cours de collecte de données.
De plus, le programme XXXXX, créé par Aneta Tunariu à Londres, vise d’une part la transformation personnelle à travers la participation active et ainsi la diminution du risque de radicalisation. Ce programme est basé aussi sur la psychologie positive et le développement de la résilience, cherchant à pousser la réflexion dans la salle de classe pour faciliter la conscience mondiale et l’engagement social. « Ces approches théoriques permettent de délivrer des interventions psychologiques faites sur mesure qui peuvent amener à des changements significatifs et durables sans re-problématiser ces groupes qui peuvent être déjà privés des droits ou vulnérables. »[4]
À titre d’exemple, au Danemark, la Municipalité de Aarhus en collaboration avec l’East Jutland Police a créé le projet EXIT qui vise à aider les individus à sortir des environnements d’extrémisme religieux ou politique. Ils disposent de nombreuses mesures pour atteindre ses objectifs et couvrent divers axes, notamment la prévention pour les jeunes qui pensent aller en Syrie et l’accompagnement psychologique et médical, entre d’autres, pour ceux qui sont déjà partis et reviennent au Danemark. Les chiffres montrent une diminution du nombre de jeunes qui partent faire le jihad, de 30 en 2013 à 1 en 2014.
Ces programmes considèrent la résilience comme un outil indispensable pour le bien-être des jeunes et des enfants et insistent aussi sur la nécessité de son développement comme manière d’agir face à la violence. Ils seront sources d’inspiration pour construire un programme en France avec des jeunes en difficulté.


De nombreux jeunes sont en souffrance en France. Chaque nouvelle étude indique une augmentation des jeunes que sont touchés soit par la dépression soit par l’anxiété. Si l’on prend simplement le chiffre de la dépression de l’enfant en France : selon les études, la prévalence se situe entre 0,2 et 2 % pour la tranche des 6–12 ans, et de 1 à 5 % pour les 13–19 ans. Les enfants de familles pauvres sont encore plus exposés au risque de dépression.
Ces jeunes troublés sont plus enclins à subir des difficultés dans leur vie scolaire et leur vie sociale. « Ces perturbations peuvent se traduire par de mauvaises performances scolaires pouvant mener au décrochage, à une faible estime de soi, à la perte d’amis significatifs, à une intégration difficile dans le milieu du travail/ [l’école], à une perte de productivité. »[5] Les jeunes se sentent plus fragiles et vulnérables, et sont donc plus facilement manipulables pour suivre des comportements à risque ou même des idées radicalisées.
Ces comportements à risque (fumer, boire, se droguer, tenter de se suicider) ou l’abandon de l’école, augmentent significativement lorsque les jeunes ne trouvent pas leur place dans notre société ; une société de plus en plus fermée, individualiste et fragmentée qui ne laisse pas la place pour l’inclusion de tous. De la même manière, la radicalisation « reflète et est elle-même le produit d’une augmentation de la fragmentation et de la auto-réflectivité où les gens cherchent une sens pour leur vies»[6], et quand un jeune ne trouve pas sa place dans notre société, il trouvera, donc un sens dans ces groupes violents. « L’expérience de la discrimination et le manque d’expériences de la citoyenneté est un des nombreux facteurs qui mènent à la radicalisation »[7]
Pour ces raisons exposées, il est urgent de fournir aux jeunes des outils de résilience au quotidien. La résilience, et le travail avec les compétences sociales et affectives que la psychologie positive apporte, offrent une solution alternative précoce pour la prévention des comportements à risque et de la radicalisation des jeunes. Comme le programme EXIT le montre, il faut accompagner ces jeunes avec des intervenants préparés « avec des outils utiles pour les soutenir dans leur travail avec les jeunes mentorés, qui manquent souvent de compétences de base de la vie, ce qui peut contribuer à les garder attachés à des cercles extrémistes. »[8]
C’est important de noter que les bienfaits de ces outils sont valables pour n’importe quel jeune mais seront encore plus utiles pour ceux qui traversent le plus de difficultés. Le développement des émotions positives cause la perte des émotions négatives et « les émotions positives peuvent agrandir leur capacité de gérer idées, augmenter leur alternatives pour agir, et contribuer à leur propre bien-être. » [9] Une place d’écoute et de soutien émotionnelle peut changer absolument la vie d’un jeune et, par conséquent, transformer positivement son entourage.
À partir de ces programmes de développement de la résilience décrits, créer et tester une version adaptée à la réalité française, avec l’intérêt de diminuer les conduites violentes et prévenir ainsi la radicalisation. Puis, évaluer le projet pilote en vue d’un essaimage.
NOTES
[1]http://www.oecd.org/fr/els/famille/44361185.pdf
[2] A Strong Community: Building Resilience in Newham. https://www.newham.gov.uk/Documents/Council%20and%20Democracy/AStrongCommunityBuildingResilienceinNewham.pdf
[3] http://youngfoundation.org/publications/emotional-resilience-for-gangs/
[4] Programme qui n’a pas toujours sorti, donc on cache son nombre réel. Traduit au francais de l’original en anglais : « This integrated theoretical approach allows for delivering bespoke psychological interventions that can instigate meaningful, lasting change without re-problematizing groups that may be already disenfranchised or vulnerable in some way »
[5] http://www3.recitfga.qc.ca/CPCSSMI/IMG/pdf/anxiete._sante_publique_1_.pdf
[6] Traduit au français de l’original en anglais: « both reflects, and is a product of, increased fragmentation and self-refelxivity, where people look for meaning in their lives. » dans Islamic Political Radicalism : A European Perspective. Tahir ABBAS. Chapitre 14, Disconnection & Exclusion : Pathways to Radicalization. Basia SPALEK. Edinburgh University Press, 2007.
[7] Traduit au francais de l’original en anglais « the experience of discrimination and lack of experience of citezenship is one of several factor that can lead to radicalization » dans Toke Agerschou, Preventing Radicalization and Discrimination in Aarhus, Journal for Deradicalization, Winter 2014–2015, Page 5.
[8] Idem. «… to equip the mentors with useful tools to support them in tjeir works with te young mentees, who often lack basic life skills, which can be instrumental in keeping them attached to extremist circles. »
[9] Traduit au français de l’original en anglais « positive emotions can enlarge people’s capacity to generate ideas, increase their alternatives for action, and contribute to their overall well-being. » dans Oxford Handbook of Positive Psychology and work, Alex LINLEY, chapitre 7 Working positively toward transformative cooperation, SEKERKA et FREDRICKSON, page 83, Oxford University Press, 2010.