La paix intérieure n’était-elle que ponctuelle ?

La tête pleine de brouillons, les idées n’arrivent pas à se mettre en place. Le trop plein d’informations reçu sur une aussi courte durée est difficilement gérable. Comment doit-on les traiter lorsque l’on a tendance à se poser 1000 questions à la minute ? Comment les gens arrivent-ils à poser toutes ces infos de manière organisée et ainsi les analyser ?

Quatre phrases et déjà deux questions supplémentaires.

A 30 ans largement passé, j’ai déjà bien entamé ma vie d’adulte. Vécu mes expériences heureuses et malheureuses. Je renforce mon caractère et je continue a me découvrir. Toujours. De mémoire d’adulescente, j’ai toujours pensé que les réponses viendraient en temps voulu. Comme si un jour une force extraterrestre allait débarquer dans mon salon en apportant toutes les réponses aux équations de ma vie. Elle n’est jamais venue, et manifestement elle ne débarquera jamais.

Il parait que je suis une personne idéaliste, je vois le monde comme une toile d’araignée ou tout est connecté, humains, nature, environnement, société. C’est pas moi qui le dit, c’est les tests. Le MBTI entre autres. Je suis assez d’accord. Des tests en tout genre, j’en ai fait quelques uns, pas toujours sérieux, mais ils avaient toujours le mérite de me remettre en question. Remise en question. C’est ce que je fais constamment, ça m’épuise.

“Et si je changeais ma manière de voir ça ?” “Qu’est ce que je pourrais améliorer pour être une meilleure personne ?” “Et si j’avais réagis autrement, est ce que ça aurait changé le comportement de mon interlocuteur ?”

C’est toujours comme ça dans ma tête. Sur de nombreux sujets, mais en particulier sur les relations amoureuses. Deux grandes histoires qui se sont soldées par des adieux. Échecs ? Expériences de vie ? Comment analyser ces vécus pour ne pas commettre de nouvelles erreurs ?

Et voila que la boucle recommence, on se met en couple, l’idylle parfaite, la bulle de bonheur, un nouveau souffle. On se laisser aller, c’est si bon. J’avais oublié les effets de de l’amour naissant, de l’euphorie, de la passion, de la sensation de bien être que procure l’autre. Cette sensation douce et moelleuse qui nous entoure comme une couette bien chaude un soir d’hiver. Plus (ou presque) rien n’existe à part ce bien être total. On ne se pose plus de questions, on se sent en sécurité, on vit ces instants de manière irraisonnée, on se donne entièrement.

Les semaines et les mois passent, la réalité nous rattrape, on redécouvre qu’il existe un monde parallèle, où gravitent d’autres personnes, les enfants, le travail, la société, le quotidien. On les avait un peu mis de coté, on était si confortables à deux. J’approfondis ma connaissance de la personne dont je suis tombée amoureuse, celle que j’avais avait tendance à idéaliser :

“Oh c’est super ce que tu fais” “Mon Amour, tu es incroyable” “Tu es si bienveillant”

Mais certaines aspects que je découvre m’interpellent. Peu importe, je fait avec. De toute manière on est très différents. C’est un euphémisme de dire qu’on est aux antipodes. Mais justement, ce ne sont pas nos différences qui nous attirent comme des aimants ? D’autres situations se présentent, avec des réactions qui ne me semblent pas toujours adaptées. Je prends sur moi et je ronge mon frein, je ne veux pas faire de vagues et reproduire les erreurs du passé. Je l’aime d’un amour sincère. Mais est-ce qu’il a, ne serait ce qu’un peu, compris comment je fonctionne et saisi ma réelle sensibilité ? Est ce qu’il essaie, de son coté, de s’y adapter ? Et surtout, s’il en est conscient, en a-t-il envie ? Je décide de ne rien lui cacher, et avec mes mots parfois maladroits, je tente péniblement de lui exposer mes craintes.

C’est un homme fort, mentalement. Réellement. Comme il en existe très peu. Etre confrontée à ce charisme m’a tantôt intimidée, tantôt impressionnée, mais je n’ai pas eu peur. J’ai senti qu’il était différent des hommes de son espèce. Il semble si serein, je le jalouse secrètement. Il est calme comme la mer qui dort, il semble se poser peu de questions. Les choses sont simples. Archi simples. Mais pourquoi ? Il se passe quoi dans son esprit ? Le mien est toujours occupé, pourquoi ne semble-t-il n’être jamais tourmenté ? Comment va-t-il percevoir ma manière de raisonner ?

Je vois les relations sociales comme une constellation. Des regroupements d’étoiles qui tentent de communiquer, il suffit juste de relier les points entre eux. Chaque individu a sa propre manière d’oeuvrer, et chaque individu éprouve de la difficulté à comprendre comment son voisin procède. C’est une vérité absolue, on est programmé comme ça. Certains plus compréhensifs et plus empathiques se sentent plus à l’aise. Mais dans l’ensemble ce qui est différent de nous-même reste étrange et dérangeant. Ça érige naturellement des murs qui entravent la compréhension de l’autre.

Je me considère comme une personne empathique. J’ai tendance à absorber les émotions qui m’entourent, ce qui n’est franchement pas une bonne chose en toute circonstance. Mais cela fait de moi quelqu’un de très sensible. Ressentir des émotions qui ne nous appartiennent pas est parfois source de stress et d’angoisse. J’essaie d’être la plus compréhensive dans la mesure du possible avec les gens, même si ce n’est pas toujours évident. La subjectivité entre toujours en jeu. J’ai intégré au fur et a mesure du temps, que chaque individu n’aborde pas forcément la vie de la même manière que moi. Il existe des constantes invariables, comme la survie, faisant partie de nos instincts primaires, mais cela s’arrête ici. Alors quel est le secret pour être sure de comprendre parfaitement l’autre ? Comment ne pas être à coté de la plaque ? Comment faire pour continuer à ressentir cette parfaite harmonie des premiers instants ? Cette insouciance apaisante ?

J’apprenais à connaitre mon amoureux, je découvrais un caractère encore plus extrême que je ne le pensais et je commençais à avoir peur. Peur pour mon cœur et mon esprit qui avaient été assidûment mis à mal à deux reprises au cours de l’année précédente. D’une rupture difficile, et de la perte d’un être cher. L’esprit et le corps possèdent une mémoire. Les douleurs qui y sont liées nous mènent vers des chemins dans lesquels nous ne nous serions pas aventurés sans ces blessures.

Il m’avait prévenue, il est sans pitié. Ce ne sont pas des paroles en l’air. Je ne dois pas encore bien saisir tout ce que ça implique. Je suis encore dans la découverte. Son altruisme m’aveugle et me réconforte. Il est doux comme un agneau quand il me regarde et me caresse, et il arrive à me pousser dans mes retranchements et me faire sortir de ma zone de confort. Il a parfaitement compris que j’avais des attentes, parce que chaque rencontre que je fais est une expérience de vie. Peu importe l’individu. Lui ne semble n’en avoir aucune. Mais il m’a choisie non ?

Je l’ai senti éperdument impliqué dans cette nouvelle aventure, dès sa naissance, naturellement. C’était impressionnant de voir autant de spontanéité et de dévouement. La simplicité de nos échanges, sur tous les sujets de nos existences. Rien n’est problématique, tout est limpide. Il fait partie des ces personnes qui voient les choses de manière binaire. Sans nuances, pas de gris, c’est noir ou blanc, point. Pas de prises de tête. Pour lui, les humains se créé eux mêmes problèmes et contraintes. Quelqu’un l’emmerde ? Il règle le problème aisément et poursuit son chemin, sans se retourner. Jamais.

Je continue ma traversée vers la découverte de sa personnalité. Un soir, au détour d’une conversation légère, j’ingère de nouvelles informations sur son passé, des réactions face à des situations qui me paraissent foncièrement disproportionnées. Il détecte ma stupeur, j’ai du mal à concevoir comment on peut être aussi radical. J’associe ces nouvelles données, comme un ordinateur, à d’autres informations qui étaient embrumées dans mon esprit. Révélations qui me paraissaient secondaires au départ, car elles ne m’engageaient pas personnellement. Cette association d’idées me fait froid dans le dos. Je digère comme je peux.

C’est le genre d’homme à qui le dicton “ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse” n’a pas d’écho. Il s’en tape. Réellement. Il fait ce qui lui semble bon pour lui. Et cet égoïsme exacerbé est paradoxalement lié au dévouement qu’il a envers les gens qu’il estime. Il me cachera beaucoup de ses actes et de ses pensées. Beaucoup. Des actes qui le concernent et d’autres qui nous, me, concernent. Il fera des choses, dans mon dos, qui me blesseraient si j’en prenais connaissance. Il gardera tout pour lui, pour me préserver parce que je ne comprendrais pas.

L’honneur et la fierté sont des traits de caractère qui le définissent indéniablement. Je n’avais vu ces aspects qu’au cinéma au détour d’un film mettant en scène des histoires de mafia. La vengeance, la rancune, sont des vieux credo qu’il applique de manière machiavélique. Il est capable de tout si une personne qu’il considère lui nuit. Tout. Il conservera sa rancœur profondément. Mènera sa quête jusqu’à exécution totale. Avec une sérénité pesante.

Mais comment je devinerais si je fais quelque chose qui ne lui convient pas ? Sera-t-il en mesure de m’en parler avant de mettre en place des actions irréversibles ? Le dialogue me semble être l’essence même d’un couple d’amoureux. Prendra-t-il toujours en considération mes émotions ?

C’est un prédateur qui a besoin de délicatesse. C’est la que j’entre en jeu. Il n’aspire pas à un dévouement total de ma part. Juste que je sois présente pour lui apporter ce dont il a besoin et apporter un équilibre à son existence. Au moment ou il le choisi. De mon constat, j’ai le sentiment que ses besoins surpassent les miens. Peut-être que je me trompe, alors j’aurai mal saisi les signaux qu’il m’a envoyé.

Prend-t-il en considération mes envies, ou fait-il semblant pour son bien être ?

J’ai une nouvelle appréhension, celle d’avoir changé de statut. J’ai la sensation, peut-être à tort, d’être passée au bas du tableau des ses priorités. Il m’a habituée à être omniprésent dans mon quotidien, depuis le commencement. Très attentionné, je profitais de ses écrits “bonjour mon Amour, as tu bien dormi ?” du petit matin jusqu’au “bonne nuit mon Amour” tard le soir. Là ou nos conversations étaient fluides auparavant, je peine aujourd’hui à obtenir réponse à mes messages. Il a relégué nos échanges au second rang. Pourquoi ces mots si simples et si naturels n’existaient presque plus ? N’en n’avait-il plus besoin ? La magie et l’enfer des nouveaux systèmes de messagerie nous rendent paranoïaques. J’ai du mal à comprendre cette missive volontaire ou non d’ignorer mes mots.

Les premiers temps, nos échanges étaient si fluides, légers, mais je sens au fur et à mesure un éloignement de mon amoureux, lorsqu’il n’est pas physiquement avec moi. Comme s’il mettait volontairement des barrières. Il ne prend plus la peine de m’envoyer ces quelques mots qui me sont primordiaux. Pourquoi ? S’était-il lassé de notre passion ? Mon surplus de sensibilité m’a-t-il fait défaut ? N’aurai-je pas du me brider dès le départ pour ne pas être déçue par la suite ?

De manière objective, quand nous sommes ensemble, je dois admettre qu’il est bienveillant. Il est attentif, d’une écoute irréprochable, d’une douceur sans pareil, et il m’apporte tout l’apaisement que je recherchais depuis toujours. C’est un amant merveilleux, il est à l’écoute de mon corps et de mon esprit.

Je n’ai pas souvenir d’avoir autant appris sur moi même, en aussi peu de temps, que depuis que je le connais. Sa manière d’aborder la vie me pousse à réfléchir d’avantage. A devenir plus patiente, plus réfléchie, moins “dans tous les sens”. Ses méthodes ne me plaisent pas toujours, mais il est d’une logique imparable. Ça m’agace mais le résultat est là.

Quelle est ma place dans sa vie ? Mes sensations sont parfaitement inédites. Je dois apprendre à m’adapter à une personnalité hors normes. Je crois avoir saisis certains aspects de son caractère, mais je le connais encore trop peu pour anticiper ses agissements et ses pensées, je n’ai pas ce retour du quotidien.

Comment faire converger nos deux personnalités diamétralement opposées vers la même direction ?

Ma paix intérieure n’était-elle que ponctuelle ?
One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.