Jean-Luc Mélenchon veut rendre publiques les données sur l’enfouissement des déchets nucléaires, est-ce possible ?

Jean-Luc Mélenchon : “Rendre publiques les données sur l’enfouissement des déchets nucléaires depuis 60 ans”

Faisabilité : Possible, mais vague

Dans le volet environnemental de son programme, Jean-Luc Mélenchon affirme vouloir : “Rendre publiques les données sur l’enfouissement des déchets nucléaires depuis 60 ans et informer sur les dangers sanitaires avérés et/ou éventuels”. Des affirmations vagues.

L’enfouissement des déchets nucléaires : l’abandon du Cigéo

Il n’existe en France pour l’instant que trois centre de stockage des déchets nucléaire. Dans l’Aube et dans la Manche, ils ne concernent que les déchets à faible radioactivité.

Pour les déchets hautement radioactifs, c’est une autre forme de stockage, dite de “l’enfouissement géologique” qui a été décidé par une loi de 2006. Le projet du Cigéo, premier centre industriel de stockage, porté par l’agence nationale des déchets radioactifs, (Andra) doit voir le jour à Bure, dans la Meuse, en 2025. Son principe : stocker à 500 mètres de profondeur sous une couche d’argile, dans des alvéoles souterraines, 80 000 mètres cube de déchets à très haute radioactivité. Au total, ces déchets ne représentent que 4% de tous les déchets nucléaires produits en France mais 99% des déchets radioactifs.

Selon le principe du pollueur-payeur, Cigéo prévu pour être exploité pendant cent ans, est censé être financé par les exploitants nucléaires, à l’instar d’EDF ou Areva.

Un travail de transparence déjà en cours

Contrairement à ce que dit Jean-Luc Mélenchon, des données sur le stockage des déchets nucléaires existent déjà. Depuis 2006, une loi encourage le développement de plus de transparence au sein du secteur nucléaire. Le débat tend ainsi à inclure de plus en plus la société civile. « On travaille avec des experts indépendants, des associations pour questionner ensemble le problème des déchets radioactifs », explique un porte-parole de l’institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire (IRSN).

Concrètement, des plateformes interactives ont été créés sur Internet. L’Andra met à disposition des internautes une série de rapports sur les déchets nucléaires et sur le Cigéo. L’IRSN publie ses études sur les recherches menées par ses experts sur son site. Y figurent notamment des études sur l’impact des centres de stockage sur la santé publique. Problème : pour bon nombre d’associations qui s’opposent au nucléaire, ces rapports demeurent peu accessibles au grand public. “Ces études ne sont compréhensible que par les ingénieurs”, estime Charlotte Mijeon, chargée de communication au sein de l’association Réseau sortir du nucléaire.

Le travail de transparence autour de la problématique de l’enfouissement des déchets nucléaire demeure incomplet pour les défenseurs de l’environnement. Le choix d’installer le Cigéo à Bur — justifié par la présence souterraine d’argile, connue pour son imperméabilité et sa stabilité — a fait l’objet de concertations restées opaques. Autre exemple : le budget possible du Cigéo, qui donne lieu à une fourchette d’estimations allant de 20 milliards d’euros selon EDF et 33 milliards d’euros pour l’Andra.

Mais pour l’heure rien n’est acté : l’Andra doit d’abord déposer à l’exécutif en 2018 une demande d’autorisation de création qui donnera lieu à une enquête de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire (IRSN) .

La décision de construction finale reviendra à l’exécutif. S’il devient président, Jean-Luc Mélenchon, qui préconise l’abandon du projet dans son programme, pourra refuser par décret, la demande d’autorisation.

Des dangers supposés qui restent à évaluer

Si les effets cancérigènes d’une exposition à la radioactivité ont été démontrés, très peu d’études ont été conduites en France sur l’impact précis de l’enfouissement des déchets nucléaires.

Mais des risques sont supposés. A commencer par le danger d’accidents et d’incendies qui entraîneraient le rejet en surface de composants toxiques. En 2014, dans l’état du Nouveau-Mexique aux Etats-Unis, un centre de stockage a pris feu, entraînant un relâchement de radioactivité. En Allemagne, le centre d’Asse a subi des infiltrations d’eau, en 2010. Résultat : craignant une contamination des nappes phréatiques alentours, les autorités fédérales ont appelé à l’évacuation de tous les déchets nucléaires qui y étaient stockés.

Dans le cas du Cigéo de Bur, l’ingénieur Bertrand Thuillier a alerté sur ce même risque d’infiltration d’eau, au contact de laquelle l’argile produirait de l’hydrogène, toxique pour l’homme.

Des alternatives peu concluantes

Face à l’enfouissement, les alternatives de gestion des déchets nucléaires sont limitées. La première, l’entreposage en surface, qui consiste à stocker les déchets à une faible profondeur, n’est valable que sur le court terme et nécessite une surveillance régulière. La seconde désignée sous le terme de transmutation est censée pouvoir transformer des déchets nucléaires à vie longue et hautement radioactifs en déchets à la radioactivité moindre. Mais cette technique n’est applicable seulement à un petit nombre de nucléides.