Le Tour des TRUCs & La maison Jules Verne

Le Tiers Lieux* qui murmure à l’oreille des poules

Par Simon LAURENT, facilitateur, cofondateur de l’Atelier des Beaux Boulons

Jules le coq, veille au grain. Photo: Aurélien Marty

Le Lieu

Vue de l’extérieur la maison Jules Verne d’Aurec sur Loire ne paie pas de mine. Coincée entre la déchetterie du village, une usine de palettes et un coude de la Loire, on n’imagine pas que le petit pavillon avec jardin racheté par la mairie cache un lieu aussi dense. Ce Tiers Lieux rural créé par l’association ShareAurec en 2015, est la première étape d’un projet plus vaste visant à créer une communauté développant des projets économique et sociaux.

La maison Jules Verne propose tous les services qu’on peut attendre d’un Tiers Lieux : coworking avec wifi gratuit, espace de bricolage et de bidouille (hackerspace, makerspace), matériauthèque. Et si vous souhaitez rester quelques jours il y a même des chambres disponibles, un camping, une cuisine, une salle de bain, un potager et …des poules.

La communauté

La maison Jules Verne est un laboratoire d’expérimentation des usages, initialement dédié aux habitants d’Aurec sur Loire, gérée par l’association ShareAurec. Mais c’est aussi la base arrière de Tilios, la communauté des Tiers Lieux open source formelle et informelle, répartie un peu partout en France. Toute la rénovation et l’aménagement de la maison est le fait de bénévoles de la communauté. D’une manière générale l’organisation de la maison est basée sur la bonne volonté de ses utilisateurs, sous l’œil bienveillant du concierge Yoann, qui rappelle sereinement les bon usages si nécessaire.

Les outils sont en libre accès et chacun peut, s’il le souhaite, participer à l’amélioration de la maison en paiement d’une partie de son séjour. Dans les faits ça ressemble à un joyeux bordel, mais un bordel qui fonctionne. La maison Jules Verne s’est avérée être un espace tout à fait confortable pour le travailleur nomade que je suis durant les 70 jours de ce Tour des TRUCs.

Teaser des OSCEDays 2016 Saint-Etienne — Aurec sur Loire

Participer et observer

Cette semaine d’immersion se déroule dans un contexte un peu particulier, puisque la maison accueille le co-commissariat de la prochaine biennale du design de Saint Etienne. L’édition 2017 aura pour thème “les mutations du travail”.

Cela signifie beaucoup de passage et une grande diversité de coworkers. Tant mieux pour moi !

Un des moments importants dans la vie d’un Tiers Lieux, c’est l’expérience communautaire. Participer à la vie du lieu sans complexes, en mettant ses compétences au service du groupe.

Se rendre utile comme Alexandre qui ne lâche pas le balai, Aurélien qui quitte rarement son appareil photo, Yoann qui rappelle à Aurélien de faire aussi des vidéos, Baptiste qui range inlassablement l’atelier et tous les autres qui lavent, frottent ou aident à la cuisine quant c’est nécessaire. L’ambiance est incitative et bienveillante, on participe donc volontiers.

En arrivant le lundi je constate immédiatement que je peux me rendre utile en cuisine, je me propose et c’est réglé en 5 mn. Va pour la cuisine ! Préparer des menus, faire les courses en respectant le budget. Pas de soucis, j’ai déjà fait ça.

Il va sans dire que dans cette situation, la cuisine devient un lieu idéal pour papoter avec les coworkers de la semaine autour d’un café ou d’une séance d’épluchage de patates. J’échange avec Nicolas Loubet (infatigable prosélyte du Blockchain avec Cellabz), Antoine Burret (auteur de “Tiers Lieux et plus si affinités”) ou encore Rieul Techer et Charlotte Rizzo (fondateurs de La Myne, le bio-hacklab lyonnais). Pour moi les rencontres sont intenses et passionnantes.

Mes fameux légumes marinés au grill

Toute la semaine la maison respire au rythme des réunions et des débats ouverts. Dans ce contexte la posture de Yoann, le concierge, m’apparaît comme déterminante pour animer et arbitrer les discussions. Ça parle design de Tiers Lieux, financement, communication, posture, usages…

Les uns écrivent des bouts d’idées sur des bouts de papier, les autres les raboutent avec du scotch au fil des discussions donnant corps et cohérence aux concepts. Juliette s’occupe d’assembler tout ça sur un grand tableau qui sera promené de la terrasse au coworking en fonction de la météo ou de l’humeur du moment. Les idées circulent avec agilité et fluidité. L’espace de travail n’est plus un lieu fixe prédéterminé. L’espace de travail c’est la communauté.

Réunion de synthèse à l’issue de la semaine

Et la posture fonctionne, puisque cette semaine marquera l’acte de naissance officiel du projet de la biennale 2017.

Deux bonnes pratiques

Un laboratoire d’usages à l’échelle de son territoire

La communauté de la maison Jules Verne met en oeuvre des principes de l’économie circulaire et de l’upcycling. La proximité avec la déchetterie, la zone industrielle et les bâtiments techniques de la commune en font un lieu idéal pour expérimenter des actions et des services autour du ré-emploi, de l’économie collaborative, de l’économie de la fonctionnalité, de la coopération et du DIY. La communauté peut passer facilement du concept à la mise en oeuvre. Pour preuve, la quasi-totalité du mobilier de la maison est issue de récupération et de recyclage, réhabilité par les bénévoles.

L’atelier partagé de la maison JV, le Nautilus. Photo: Aurélien Marty
Documenter matin, midi et soir

La Maison Jules Verne a la particularité d’être un Tiers Lieux open source. Les codes sources des projets sont documentés et partagés sur Movilab, le wiki des Tiers Lieux open source francophones. Et tout est bon pour ce faire : photo, vidéo, audio, document collaboratif, coin de nappe, carte heuristique, petits dessins…

Concrètement, c’est la mise en application permanente du concept de l’open source. Ici au lieu de documenter la fabrication d’un objet comme on le ferait dans un fablab, on documente le processus créatif d’un projet sous tous ses aspects en utilisant tous les médiums à disposition. A chacun de choisir celui avec lequel il se sent le plus à l’aise, pour ensuite le partager sur la plateforme numérique commune.

Yoann adore faire des dessins. Photo: Aurélien Marty

Deux rencontres

Boris Beaulant - L’Air du Bois : “la pépite !”

Je rencontre Boris devant la porte de la maison Jules Verne. Il attend, comme moi, l’arrivée de Yoann. Une fois installés devant une mousse en terrasse Boris nous parle de son projet et de son travail.

Boris Beaulant est un ancien codeur. Il fait notamment partie des créateurs du célèbre jeu Dofus. Fatigué de son milieu professionnel, il change de voie et devient ébéniste en autodidacte. Non content d’avoir réussi sa reconversion, il créé seul en 2013 un site internet de partage de ressources sur le travail du bois.

L’Air du Bois est à la menuiserie et à l’ébénisterie ce que Thingiverse est à l’impression 3D. L’outil est ergonomique, bien pensé, très agréable à utiliser. Aujourd’hui Boris souhaite se rapprocher des communautés open source pour libérer le code de son site et l’ouvrir aux contributions.

Yoann Duriaux - Le concierge : “just fucking do it !”

Le regard franc, le visage un peu dur, les main caleuses du gars qui fait des trucs pour de vrai. Bien qu’il s’en défende parfois, Yoann Duriaux est une référence incontournable dans le milieu des Tiers Lieux français. Il serait fastidieux de lister ici tous les projets qu’il a lancé ou auquel il a participé. Pour ça je vous renvoie vers Movilab.

Il se définit lui même tour-à-tour comme un dictateur bienveillant, un crapaud fou, un assembleur de formats, un hacker de subventions. Tout dépend du contexte ou des besoins du moment. Ce qui compte c’est le projet.

Il l’a rappelé toute la semaine : “Just fucking do it !”

Pour ce qui est de la partie visible de l’iceberg, c’est avant-tout un personnage qui impose le respect par son investissement et sa posture bienveillante. A son contact, j’ai surtout eu sentiment d’être en face d’un visionnaire serein, fin observateur des interactions sociales prenant un vrai plaisir à assembler les compétences les plus diverses autour de projets sociaux et économiques novateurs. Tout ça, en étant capable de citer Jackie Sardou…

Entretien avec Yoann Duriaux, concierge de la maison Jules Verne

*Point maître Capello : Le terme “Tiers Lieux” est défini par Movilab comme une marque collective. Il perd donc son statut de nom commun et devient un nom propre. Il récupère au passage les deux majuscules et un X.

Infos pratiques

Le Tour des TRUCs, c’est 70 jours de road trip estival en immersion, pour témoigner de la diversité des modèles et des bonnes pratiques de la communauté des Tiers Lieux Français.
Suivez le Tour des TRUCs sur Facebook et Twitter. Découvrez mon carnet de route sur le blog de MakerTour.
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