Le Tour des Trucs & La M[Y]NE

La maison aux mille post-its

Par Simon LAURENT, facilitateur, cofondateur de l’Atelier des Beaux Boulons

On trouve des légumes bien étranges dans le potager de la M[Y]NE

Le lieu

Nichée dans une impasse d’un quartier résidentiel vieillot, à un jet de pierre du campus de l’université de Lyon La Doua, la “Manufacture des Idées et des Nouvelles Expérimentations” ressemble plus à un pavillon insalubre qu’à un cluster de startups. Mais comme je l’ai déjà constaté durant ce tour, il ne faut pas se fier aux apparences. C’est bel et bien un lieu d’expérimentation et de partage des communs que je trouve en poussant la porte de la M[Y]NE.

Dans la maison de 140 m2, on trouve 2 espaces de coworking, un espace de repos, une cuisine partagée, un bio-hacklab et un makerspace. Le jardin d’une surface équivalente abrite quant à lui des stockages de matériaux divers, un four à pain maison et des espaces de culture urbaine expérimentale.

Visite complète de la maison de la M[Y]NE

Le projet initial est inspiré de la Paillasse, le célèbre bio-Hacklab parisien. Mais les 6 copains à l’origine de la M[Y]NE cultivent le goût de la diversité. La maison est le point de ralliement de nombre de projets relevant de l’ESS, de la gestion de l’énergie, de la réappropriation citoyenne des technologies et de l’espace public. L’activité y est résolument éco-citoyenne, écologique, ouverte et socialement innovante. Pour une vision d’ensemble, je vous conseille un petit tour sur le site de l’association.

La maison est mise à disposition par la collectivité territoriale pour un loyer symbolique en attendant sa démolition d’ici à deux ans. Cela explique certainement la grande liberté que j’ai pu observer dans l’utilisation des différents espaces. La communauté met en pratique l’upcycling* et les principes de l’économie circulaire ce qui lui permet de limiter les besoins purement financiers et ainsi de maintenir l’équilibre des comptes. Le seul objet visiblement neuf que j’ai pu trouver, c’est la machine à café.

La communauté

Ici encore la notion de communauté s’entend au sens large, voire très large. La diversité des initiatives s’exprime de manière assez spectaculaire, si bien qu’il est aujourd’hui difficile de recenser toutes les activités, projets et communautés faisant vibrer ce petit pavillon de Villeurbanne depuis plus d’un an. Parmi les projets les plus marquants, on peut tout de même citer Open ARA, Tilios, DAISEE, l’Atelier Soudé, OuiShare, Nodeschool ou encore la Fabrique Lyonnaise des Communs. Mais ce n’est là que la partie émergée de l’iceberg.

Située dans un quartier prioritaire de la ville à deux pas du campus universitaire de La Doua, la communauté qui fréquente la maison de la M[Y]NE est riche d’une grande diversité. On y croise des gens de tous âges et de toutes origines socio-professionnelles.

Le “faire ensemble” est mis en application à tous les niveaux avec l’esprit de bienveillance inhérent à tous les Tiers-Lieux. Pour preuve de ce dynamisme, les murs de la maison sont littéralement tapissés de photos, de dessins et de post-its, témoignant d’autant de projets réalisés, en cours et à venir.

A la M[Y]NE, toutes les décisions importantes sont prises par un collège représentatif des différentes activités du lieu. En terme de gouvernance, c’est une vraie expérimentation de l’horizontalité. Et ça j’aime bien…

Réparation de postes à souder trouvés dans la rue avec Charlotte et JP

Participer et observer

J’arrive à la M[Y]NE le weekend où se déroule un stage gratuit de soudure à l’arc. Sur place je rencontre Jean-Philippe, notre formateur, ainsi que Brice et Maïté qui découvrent la maison et l’atelier en même temps que moi. A l’étage, Jérémy le concierge du jour, travaille sagement dans le “Serious Space”. Notre formateur est patient et très didactique. Peut-être un peu trop pour moi. J’ai déjà touché à la soudure, je laisse donc mes nouveaux camarades pratiquer tandis que je pars à l’assaut du reste de la maison.

Dans ce lieu, tout est mis en oeuvre pour faciliter l’autonomie du visiteur. Dans chaque espace, on trouve de petite notes qui expliquent et décrivent les usages en vigueur. Un peu comme un mode d’emploi de la maison. Il me faut presque deux heures pour en venir à bout.

Démonstration de soudure par JP

Je vois des bonnes idées partout autour de moi. L’espace est vraiment bien aménagé et très agréable à vivre. Le jardin semble un peu moins bien rangé, mais reste un petit bout de verdure paradisiaque au cœur d’une métropole parfois un peu étouffante. Le dimanche, les stagiaires sont plus à l’aise avec la soudure et je peux partager avec Jean-Philippe et Charlotte, une des co-fondatrices, qui nous retrouve dans la matinée. Je vois même débarquer Dimitri Ferrière (aka Mr Bidouille aka le fab-manager de la FOL) le temps du déjeuner. Cette belle journée s’achève autour d’échanges animés sur la réappropriation citoyenne de l’espace public et la fabrication numérique distribuée. Tout un programme !

Mes compagnons pour ce weekend d’exploration

Au détour d’une discussion, j’apprends qu’il n’y a pas de concierge pour le lendemain lundi. Je me propose donc, fort de mon expérience au fablab d’Auxerre. La proposition est immédiatement acceptée avec enthousiasme et relayée sur les réseaux sociaux de la M[Y]NE. Je suis attendu de pied ferme.

J’arrive donc le lundi de bon matin pour remplir ma mission, mais la maison a déjà été ouverte par Connie et Benjamin, un adorable couple d’entrepreneurs franco-américains très investis dans les actions de la communauté. S’en suivrons des échanges passionnant sur le travail d’Open ARA. La journée se termine en pente douce, je n’accueille quasiment personne sur la fin ce lundi ensoleillé.

Deux bonnes pratiques

La documentation in-situ

Comme je l’évoque plus haut, les murs de la maison sont littéralement tapissés de photo, de notes, de croquis et de modes d’emplois contextuels. Les modes d’emplois permettent au visiteur de s’approprier facilement les espaces de travail sans solliciter les membres de la communauté et favorise ainsi l’autonomie. L’affichage des projets réalisés, en cours ou à venir sont autant d’appels à se lancer dans l’aventure collaborative. Les photos des membres de la communauté permettent de constater sa diversité.

Le wiki numérique, même si il est très pratique, se trouve être une barrière à la collaboration et à l’accès à l’information pour un public parfois peu numérisé. La documentation in-situ permet de faire tomber cette barrière, créé de la confiance et favorise la collaboration ouverte.

Le concierge tournant

Le concierge reste un élément central du dispositif d’un Tiers-Lieux. Il est à la fois animateur, médiateur et régisseur. C’est un “personnage” dont le charisme n’est pas toujours accepté, ce qui peut créer des clivages dans certains lieux. Le choix de la communauté de la M[Y]NE est judicieux. Tout le monde peux remplir cette tâche pour peu qu’il soit suffisamment intégré à la communauté. La documentation in-situ évite le phénomène de concentration de l’information et il ne s’agit pour le concierge du jour que d’ouvrir et de fermer la maison ainsi que d’accueillir les nouveaux venus. C’est ici un exemple pertinent de mise en application du concept d’agilité dans une structure complexe.

Aujourd’hui le concierge c’est bibi

Deux rencontres

Jean-Philippe Abraham — “Du Métal à l’Acier”

Un BTS électro-technique, des études d’ingénieur, de la gestion de réseaux numériques dans l’industrie, des voyages de la Biélorussie aux îles Canaries. Le parcours de notre formateur en soudure n’est pas un long fleuve tranquille. Ce trentenaire prend toutes ses passions à bras le corps. Il découvre l’impression 3D il y a 3 ans et devant la piètre qualité des kits Reprap qu’il trouve dans le commerce, il décide de créer sa propre itération libre sous licence GPLv3. Il monte son entreprise, mais perd près de 40.000 euros la première année. Il avoue lui même avoir mal estimé la quantité de travail nécessaire pour développer l’activité et doit jeter l’éponge.

Musicien émérite, il trouve tout le même le temps de produire un album de “Métal” en même temps que le reste.

Il croise la route de Charlotte Rizzo lors de la première MakerFaire de Paris. Séduit par la diversité et la richesse du projet lyonnais, il participe régulièrement à la vie de la maison. La réalité économique l’oblige aujourd’hui à sécuriser sa vie professionnelle, à faire “des boulots pas rigolos”. Il me confesse avoir un peu perdu la foi. A l’aune de ces expériences, il lui faut trouver un équilibre entre sa vie personnelle et ses projets pro si ambitieux soient-ils. Mais je ne suis pas trop inquiet pour lui, entre deux soudures, il prépare déjà son deuxième album de “Métal”.

Charlotte Rizzo — “L’hyperactive, hyper gentille!”

J’ai rencontré Charlotte Rizzo à la première MakerFaire de Paris alors que nous étions tous les deux bénévoles et nouveaux venus dans l’univers des Fablabs. Ce fut un plaisir de la retrouver à la M[Y]NE pour évoquer le chemin parcouru depuis 2 ans. Cette jeune trentenaire a une formation d’ingénieur environnemental et d’urbaniste. Hyperactive sur le terrain associatif depuis toujours, elle fait partie des 6 co-fondateurs de l’association de la Paillasse Saône et de la maison de la M[Y]NE avec son compagnon Rieul. L’évolution positive du projet lui permet aujourd’hui de lier ses convictions écologiques et sociales à des actions d’envergure avec les pouvoirs publics.

Entretient avec Charlotte Rizzo, co-fondatrice de la M[Y]NE

Sa douceur et sa bienveillance n’ont d’égal que sa détermination et sa volonté de participer à un changement profond de la société.

Bref, Charlotte elle assure grave !

*Point maître Capello : L’Upcycling ou Surcyclage est l’action de récupérer des matériaux ou des produits dont on n’a plus l’usage afin de les transformer en matériaux ou produits de qualité ou d’utilité supérieure. On recycle donc « par le haut ». Source: Wikipédia

Infos pratiques

Le Tour des TRUCs, c’est 70 jours de road trip estival en immersion, pour témoigner de la diversité des modèles et des bonnes pratiques de la communauté des Tiers Lieux Français.
Suivez le Tour des TRUCs sur Facebook et Twitter. Découvrez mon carnet de route sur le blog de MakerTour.
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