Westworld S01E01 : la “subversion” selon HBO

TL;DR : c’est sympa, mais franchement, j’en attends plus sur tous les fronts et notamment celui de la critique sociale

Comme la suite n’est pas des plus dithyrambique, je vous le dis tout de go : j’ai globalement bien aimé. L’épisode est assez intriguant pour que je veuille en regarder d’autres et c’est dans l’ensemble pas mal foutu. Seulement, ce pilote a des défauts beaucoup trop fréquents dans la production audiovisuelle pour je les ignore. En outre, ces défauts soulèvent des questions qui dépassent le cadre de cette seule série et pointent vers des problèmes profondément implantés dans notre organisation sociale.

Au bout d’à peine 13 minutes, si on n’était pas certains d’où on mettait les pieds, on est fixés : c’est une série HBO. Violences et agression sexuelle, oh là là, vraiment impertinent et tellement politiquement incorrect, c’est un peu la marque de fabrique de HBO. Juste après on voit des femmes dénudés. Vous me direz, “oui mais on voit aussi des hommes nus, hein” et en plus, c’est même pas dans un cadre sexualisant puisque c’est un environnement froid, réservé à la maintenance de robots. Certes, cependant, a-t-on des plans insistant sur leurs tétons à ces hommes à poil ? Ou bien un cadrage qui nous laisse voir tout à fait fortuitement leurs fesses ? Non. Ce genre de male gaze inconscient est très prégnant dans la majorité des productions audiovisuelles pour une raison simple : nous évoluons tous au sein d’une société sexiste et cela éclabousse et entache presque toutes nos actions. Dans ce pilote, les violences sont perpétrées par les hommes et subies par les femmes, comme d’hab’ quoi. Ça fait chier un peu quand même. Dans la fiction, le truc pour montrer qu’on est trop politiquement incorrect et edgy, ben c’est de tabasser et d’agresser des femmes. Personnellement, j’ai pas besoin de ça pour savoir que les hommes ont des tas de fantasmes à base de passage à tabac de meufs. Ah, et on nous file le bonus raciste de la torture et du buttage systématique de natifs américains aussi. Fun times, vraiment.

L’antagoniste est un homme habillé de noir avec un chapeau noir et un pistolet en argent. Il aime bien les punchlines, lui. Celui-là, il parle aux PNJ, tu vois, il leur énonce leurs quatre vérités à ces cons de robots. J’ai pas bien compris le deal avec ce gars. Il n’interagit pas avec les arrivants (les PJ, quoi), il n’a pas l’air d’arriver avec eux d’ailleurs, mais il ne reboot pas non plus comme les autres PNJ. J’espère vraiment beaucoup que c’est un virus parce qu’il agit comme tel. Il est aussi virtuel que les PNJ, mais il n’agit pas selon les règles du système posées par les développeurs, il fout la merde quoi. C’est lui qui agresse les femmes et bute les indiens. Il a l’air de représenter le côté sombre du monde occidental. J’avoue ça serait cool si c’était l’intention.

CROSSED — 16 — Postal 👌 👌 👌

Simplement, j’ai mes doutes là-dessus. La série est vendue avec cette étiquette de subversion. Mais, avec l’aide du fringuant Karim Debbache, je vais vous convaincre que Westworld n’est en rien subversif. Si vous ne connaissez pas CROSSED, le lien ci-contre vous rendra probablement plus heureux. Karim Debbache explique dans cet épisode que le film Postal, sensé représenter un monument de subversion, est en fait affreusement banal et juste paresseux. Mes propos vont suivre une logique similaire dans le bref développement qui suit.

  • Si c’est la violence qui est sensée être subversive dans Westword, alors c’est un gros fail. Elle ne l’est pas, et ce, pour les raisons évoquées plus tôt : montrer de la violence envers les minorités ne fait que reproduire une oppression déjà omniprésente dans notre société. J’ajoute ici que rien dans la narration ou dans la réalisation n’ajoute de valeur à la simple shock value que ces images véhiculent.
  • Si c’est le sujet qui est sensé être subversif, là encore, gros fail selon moi. On ne compte plus les émissions de télé, de radio, les articles dénonçant les dérives des divertissements en tout genre dont nous jouissons. Cela va du reportage sur le geek nolife à l’article criant à l’abrutisation des masses via les blockbusters hollywoodiens en passant par un revival new age nous enjoignant à abandonner nos écrans pour être libres. Attention, le thème de Westworld n’est pas sans intérêt ou stupide, il a cependant une saveur un peu trop commune.

Bref, un pilote sympa, mais pas mindblowing non plus. Le vrai truc cool à propos de ce pilote et que ça m’a donné envie d’aller voir le matos de base : le film Westworld de 1973 écrit et réalisé par Michael Crichton. Ce film envisagé dans son contexte apparaît presque comme visionnaire, comme dans la série, il nous décrit un parc d’attraction peuplé de robots (eh oui, sans dino cette fois). Michael Crichton est romancier à la base et un petit tour sur son site m’apprend qu’il a écrit cette histoire sous forme de script de film parce que l’histoire elle-même le demandait. Pourquoi ? Parce que dans ces parcs d’attraction à thème western, antique ou médiéval, les gens viennent pour être au cœur d’intrigues stéréotypées, de fantasmes tout droit sortis de films. Ainsi, l’histoire devait revêtir l’aspect d’un film pour être racontée de la meilleure manière possible. Voilà, c’est avec ce genre de démarche qu’on me satisfait.

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