
Hulot nous voilà !
La démission de Nicolas Hulot et son appel au sursaut ont été un choc. La confirmation de ce que nous savions déjà sans vraiment vouloir l’admettre : sur les questions environnementales aussi, la politique d’Emmanuel Macron ne serait pas à la hauteur des enjeux.
Et pourtant pendant la période électorale de 2017 j’avais eu espoir qu’il puisse s’approprier ces problématiques, écouter, et prendre pleinement conscience de l’enjeu climatique, sans doute le plus gros défi collectif que l’humanité ait jamais eu à affronter.
Comme beaucoup j’avais été séduit par ce jeune homme dynamique, ambitieux, manifestement intelligent, bien éduqué, et qui détonnait sur la scène du théâtre politique. Seul candidat à être très clairement pro-européen à un moment où tous étaient tentés, même à gauche, de surfer sur l’impopularité de l’Union Européenne et d’investir politiquement dans l’effet Brexit. Faire une campagne sur ce sujet qui semblait particulièrement risqué, il y avait là une dose de courage politique.
C’était l’époque où Emmanuel Macron n’était encore qu’une « bulle ». Son programme n’avait pas été publié. Mais j’avais conscience que sur les questions environnementales, celui-ci ne serait pas très fourni, que ce sujet n’était pas le sien. Pas encore pensais-je.
Alors qu’un meeting du candidat devait avoir lieu dans ma ville, j’avais pour la première fois pris le temps de m’impliquer sur le terrain (et plus seulement dans un comité local) en participant à l’organisation de l’événement avec une poignée de militants.
Dans une petite salle municipale pleine à craquer, mais bien sécurisée sous la supervision d’un certain Alexandre, nous avions assisté à une version allégée du discours qui avait été donné quelques jours auparavant à Paris.
Curiosité satisfaite d’avoir vu l’homme, déception de n’avoir rien appris de nouveau, mais aussi excitation de pouvoir mettre mon plan à exécution.
Avant de me rendre au préparatifs de l’intervention j’avais fait un saut chez le grand libraire de la ville et acheté pour la deuxième fois le même essai traitant de l’urgence environnementale, et qui m’avait bouleversé : Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, de Pablo Servigne et Raphael Stevens.
Dans cet ouvrage extrêmement clair et documenté, citant des articles scientifiques à tour de pages, les auteurs exposent en quoi la question n’est pas de savoir s’il y aura ou non un effondrement du modèle que nous connaissons, mais quand aura lieu la chute, et à quel point elle sera dure à surmonter. A lire absolument, à condition d’être en bonne forme psychique…
Une fois le discours délivré, le candidat exténué par sa longue journée de rencontre des acteurs locaux s’attardait encore sur la scène, entourée d’une foule mélangée de curieux, de militants et d’idolâtres. Dans la haie de « helpers » qui lui ménageait un passage entre le pupitre où il se trouvait encore et la porte par laquelle il devrait s’échapper, je me glissai et, attendant mon tour, parvins à me retrouver nez à nez avec l’animal.
Main serrée, dévisagé par le regard bleu lagon de l’homme dégoulinant de sueur, épuisé mais qui tenait encore, regard qui m’avait semblé d’une dureté inattendue, je me surpris à baisser les yeux, et la phrase que j’avais fait tourner dans ma tête pendant une bonne partie du discours ne sortit évidemment pas, et je bafouillai quelques mots sur l’importance de l’enjeu écologique, la faiblesse de son programme sur la question, et l’aide que pourrait peut-être lui apporter ce petit livre que je lui remis en main propre.
J’y avais glissé mon adresse email, dans une dédicace sûrement maladroite, et je pensais au moins recevoir un message de remerciement, ce que tout bon politicien aurait fait (ou fait faire), ne serait-ce que pour s’assurer à coup sûr une voix de plus. Mais rien ! Signe que le livre n’avait sûrement pas été ouvert. Peut-être avait-il été oublié sur place, peut-être n’a-t-il jamais voyagé avec le désormais Président, peut-être est-il toujours dans un coin de cette salle…
Pas étonnant donc, que cet homme qui manifestement n’a pas pris la mesure du problème ne soit pas « inquiet », et reproche même à son ex-ministre de l’environnement de l’être.
Inquiet, quiconque est conscient du problème doit l’être et s’efforcer de le redevenir quand, pour se préserver, on se surprend à ne plus l’être. Mais pas lui !
Alors que faire quand nos dirigeants ne sont pas à la hauteur ? Quand on est un simple citoyen avec pour tout pouvoir celui de choisir ce que l’on achète au (super) marché ?
Pour la plupart d’entre nous, « actifs » non rentiers, les marges de manœuvres semblent ténues. 9, 10 ou même 12 heures de travail quotidien, le reste du temps passé à dormir (8 heures, c’est une moyenne), il reste entre entre 4 et 7 heures pour gérer la logistique quotidienne, s’occuper des enfants, avoir un minimum de vie sociale et culturelle, et aussi s’engager.
Mais quelles sont les possibilités d’actions à l’échelle individuelle ? Comment contribuer à éviter la catastrophe écologique qui nous attend ?
A mon sens, la réponse à cette question est double. D’une part, des actions individuelles sont essentielles. Choix personnels, choix à l’échelle de nos foyers, au travail, mais aussi dans nos quartiers, dans nos ville, dans nos territoires et régions. D’autre part, il me semble que ces actions locales ne pourront pas suffire : il faut également un engagement politique fort pour amener la société dans son ensemble et à une échelle globale, c’est à dire mondiale, à engager la transition.
Grand programme donc…
Alors commençons par le plus facile : ce que nous pouvons faire à l’échelle « locale », dès maintenant.
A suivre.
Marcheur Perplexe
