Les Charmes

Vous étiez déjà les hôtes de ce jardin avant notre arrivée, vous le protégiez d’une magnifique ceinture. Plantés en ligne, vous aviez eu le bon gout de croître selon votre fantaisie. Aucune monotonie : un tronc mince s’élançant avec grâce, un autre plus puissant se séparant en deux ou trois branches,
Le mois de mai vous couvre de petites feuilles veloutées, vert amande . Bientôt elles forment un rideau vert intense et qui frémit au moindre souffle d’air. Si la chaleur s’intensifie, je profite de votre ombre fraîche.
L’automne vous pare de tous les jaunes, des orangés jusqu’au cuivre flamboyant, toujours en mouvement léger, vous êtes magnifiques. Le moelleux tapis qui se forme à vos pieds fond pendant l’hiver. Il retourne à la terre et la nourrit. Au premier gel vous êtes déshabillés. Pourtant, vous êtes encore plus beaux, vos membres se croisent, entrecroisent, s’élancent dans un ballet que le soleil d’hiver pare de rose et de vert pâle, quelle beauté, quel charme vous avez.
Vous avez un grand défaut ! Vous êtes gourmands, vos racines s’étendent et pompent la terre, l’herbe ne pousse plus à vos pieds, votre feuillage s’y répands élégamment, mais vous devenez trop envahissant. Et, plutôt que de laisser le cantonnier vous massacrer, car vous allez jusqu’à envahir les fils électriques dans la rue, je vous ai offert une petite coupe. Ah !vous n’étiez plus très beaux avec vos moignons, l’hiver qui fait scintiller jusqu’ à la plus fine branche, vous a dédaigné cette année-là ! Mais au printemps, comme pris de folie, vos branches ont poussées avec frénésie, si bien qu’à l’arrivée des feuilles vous aviez retrouvé votre rideau à peine plus léger.
Quel est votre grand âge ? Quels sont les mains qui ont plantés vos maigres troncs il y a … un demi-siècle au moins ! Je sais que vous serez encore là après mon départ, vigilante sentinelle de ce beau jardin.

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