Trump au New York Times : marche arrière et contradictions

Avec Camille Desmaison-Fernandez et Christian Beaussier

La rencontre a failli ne pas avoir lieu. Annulée puis réorganisée à plusieurs reprises, l’interview du Président élu a finalement eu lieu mardi 22 novembre au siège du New York Times. Entre modération sur le fond et obstination pour la forme, les journalistes du quotidien américain ont eu affaire à un Donald Trump tout en contradiction.

Donald Trump prononce son discours au Lincoln Dinner du Parti Républicain de l’Iowa en 2015 au Centre des Événements à Des Moines, Iowa. Photo : Flickr/CC/Gage Skidmore

Trump adoucit ses propos de candidat

Donald Trump accepte un entretien avec le New York Times. Depuis le début de sa campagne, Donald Trump entretient des relations extrêmement tendues avec le quotidien, qui s’était clairement positionné en faveur de Hillary Clinton. Le matin-même le Président élu avait même accusé le journal d’être “en déroute”. Une normalisation des relations compliquées au départ pour Trump, qui paraît vouloir prendre un nouveau départ. Le jour de l’interview, il déclare au journalistes que le quotidien est un “joyau américain, mondial”.

“J’ai annulé la rencontre d’aujourd’hui avec le New York Times en déroute quand les termes et conditions de la rencontre ont changé au dernier moment. Pas sympa”
“La rencontre au New York Times est de retour à 12:30 aujourd’hui. Hâte d’y être !”

Donald Trump renonce à mettre Hillary Clinton en prison. Pourtant il n’était pas rare de voir à ses meetings de campagne ses partisans scander le slogan Lock her up ! Lock her up !” (“Enfermez-la, enfermez-la !”). L’ex-secrétaire d’Etat, impliquée dans un scandale de sécurité intérieure, aurait utilisé sa boîte mail personnelle lorsqu’elle était en fonction. Le FBI a jusqu’à présent renoncé aux poursuites à son encontre. Dans l’interview qu’il a accordé aux journalistes du New York Times, le futur Président des États-Unis reconnaît que la fondation Clinton malgré les accusations de détournements de fonds a fait “un bon travail” et refuse d’attaquer en justice son ex-rivale. “J’ai envie d’aller de l’avant, pas de reculer. Et je ne veux pas nuire aux Clinton” a-t-il précisé.

La légalisation de la torture n’est pas un sujet “important”. Pendant sa campagne le candidat Trump n’hésitait pas à promettre le rétablissement de la torture dans les prisons américaines, notamment vis-à-vis des personnes suspectées de terrorisme. Mais interrogé sur la technique du waterboarding (technique de torture qui consiste à simuler une noyade), Donald Trump a changé d’avis. Après une discussion avec le général Mattis désormais retraité, il avoue avoir jugé que la torture n’était pas la première préoccupation des américains. Par ailleurs le général retraité lui aurait confié qu’avec “une bière et un paquet de cigarettes” faire parler les prisonniers serait plus aisé.

Sur le climat, Donald Trump reste “ouvert d’esprit”. Jusqu’ici considéré comme un hoax” — un canular inventé pour affaiblir l’industrie américaine- le réchauffement climatique commence à prendre vie aux yeux de Donald Trump. Il déclare “considérer le problème très sérieusement”, concédant qu’il existe un lien entre l’activité humaine et le changement climatique. Toutefois, Trump ne se prononce pas sur sa campagne pour abroger les accords de Paris signés durant la COP21.

L’obstination contre les conventions

Donald Trump persiste et signe. Il reste un Président élu hors des traditions, piétinant les conventions présidentielles à sa guise.

Stephen Bannon, “un homme respectable”.Tout d’abord, Donald Trump prend la défense de son nouveau chef de stratégie Stephen Bannon, magnat du journalisme nationaliste et accusé d’antisémitisme. Il avait été à la tête du site ultra conservateur Breitbart News, qui aurait poussé Donald Trump à la Maison Blanche. Déjà à l’annonce de sa sa nomination le 16 novembre, la défiance s’était étendue au Parti Républicain.

Un secrétaire de la Défense belliciste. Parmi les membres qui pourraient figurer à la Maison Blanche, Donald Trump a évoqué son favori pour le département de la Défense : James N. Mattis, général retraité du Corps des Marines. Connu pour ses nombreux dérapages et ses attitudes bellicistes, il avait été Commandement central des Etats-Unis durant la Présidence Obama.

Concernant la Syrie, Trump préfère se confier en off. On sait que le président veut “résoudre le conflit en Syrie”, mais aucune précisions sur les modalités. Il a néanmoins renouvelé sa volonté de coopérer avec le Président russe Vladimir Poutine.

Un business man avant d’être un Président. Trump reste persuadé qu’il pourra mener de front les interêts de son empire financier et ceux de la Maison Blanche. Son colistier Mike Pence et son futur secrétaire Général Reince Priebus le promettent : Donald Trump fera tout pour se conformer à la législation. Mais le magnat restera magnat.