Pour vous qui comptez.

Lettre de Céline à François.

Barjols, le 5 octobre.

Cher François,

Je vous en prie, ne m’oubliez pas. Ce sont des mots que j’ai toujours voulu vous dire. Ne m’oubliez pas. Je ne les prononcerai jamais parce que ces quelques mots résonneraient telle une urgence de fuir, de vous éloigner de moi.

Et puis, ce n’est pas la peine de vous faire mentir, juste pour me rassurer que, en me murmurant que non bien sûr, vous ne m’oublierai jamais. 
Si, vous allez m’oublier. Je le sais. Je ne peux pas vous demander de ne pas m’oublier. Cela ferait disparaître d’autant plus vite mon souvenir de votre mémoire.Vous tourneriez la page avec encore plus de facilité, une légèreté qui me désespère.

Je ne sais pas oublier.

Je ne sais pas pourquoi j’archive tout dans ma tête, même ce que je devrais oublier. Tout s’accumule comme des fichiers informatiques mal ordonnés qui auraient bien besoin d’un défragmenteur de disque. Si je vous oublie, je vous perds et je me perds aussi. Ce qui fait de moi ce que je suis ce sont nos souvenirs. C’est l’essence même de ce que je suis. Sans eux, sans vous, je n’arrive pas à aller de l’avant.

C’est curieux quand j’y pense, j’avance avec le passé dans lequel j’aime me replonger pour aller vers l’avenir. Mais je ne peux pas vous demander de ne pas m’oublier. Je ne peux exiger cela, ni de vous, ni de personne. Pourtant, c’est ce que je désire le plus. Rester dans les mémoires, dans la votre, indélébile.

Vous, vous comptez beaucoup, trop peut-être. Comme d’ autres, vous venez rallonger la liste de celles et de ceux qui ont bouleversé mon existence, ces personnes que je chéris plus que tout au monde parce qu’elles ont révélé certaines choses qui m’étaient jusque là cachées.

Pourtant, vous ne vous en êtes pas rendez pas rendu compte, ou si peu. Quelle importance ! Est-ce que j’ai bouleversé la votre ? Est-ce que j’ai réellement compté ? Je l’espère, un peu. Je ne le saurai jamais. Je ne parviens pas à tourner la page, à renoncer à vous.

Tout le monde a un coeur différent

Parce que tout le monde ressent les choses différemment, il n’est que source de déception et de frustration d’espérer que vous agissiez comme je l’espère.

Nous avons le coeur que l’on veut bien se donner. Le mien ne cesse de grandir au fur et à mesure des rencontres que l’univers met sur mon chemin. Finira-t-il par exploser ? Tant d’émotions c’est autant d’énergie pour les canaliser, je sens que je m’épuise à tout vouloir garder. Ma tête va finir par exploser, je sens que je perds pied. Hypersensibilité exacerbée. Ascenseurs émotionnels. Fatigue extrême.

Parfois j’aimerais porter une cuirasse ou un masque pour me protéger de vous. Mais je ne suis pas capable de faire semblant et encore moins de faire des choix dans les souvenirs à effacer. Je ne peux pas choisir entre l’un d’eux. J’aimerais trouver le bouton pour faire « reset » et respirer enfin l’air d’une liberté d’existence détachée du passé. Me libérer de cette souffrance qui ne dit pas son nom.

La voilà la clé. Ne pas s’attacher…à vous. Pas trop en tout cas, pour garder ma liberté.

Alors, à vous qui comptez tellement, et qui n’avez peut-être pas conscience de l’importance que vous avez, mon cher François, je me devais de vous dire une dernière fois que je ne vous oublierai jamais.

Céline.

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