SEC ne chante pas Léo Ferré : le désamour fertile entre l’immense provocateur et huit musiciens toulousains.

Pourquoi proposer du Ferré à un duo basse/batterie aux sonorités punk/noise? Drôle de commande pour le groupe SEC, coup de génie de la part du programmateur de la Cave Poésie.

Le 22 novembre dernier, au CIAM, on a découvert, re-découvert Léo Ferré. Le duo basse/batterie SEC, adepte des formations élastiques (allez donc faire un tour du côté de l’Emeute Philharmonique de SEC), a fait appel à ses copains musiciens pour exploser le répertoire du chanteur, le magnifier avec puissance. Sur scène, trois saxophones, deux basses, une batterie, un violon, et un joueur de microphone, qui ne chante pas, ne slamme pas non plus, il incarne. Une formation taillée sur mesure pour faire du bruit, balancer les textes, faire bouger la tête et trembler le poil. Certes, ça ne chante pas, mais ça bouscule, parce-qu’on oublie la musique originale et on prend des chemins de traverse jusqu’au brut de la poésie. Les arrangements sont rock, énergiques, sonores. Une jolie façon de faire un pied de nez à un personnage qui reste antipathique aux musiciens qui l’interprètent : « La musique de Ferré nous ennuie terriblement et c’était un sale con ».

En effet, la force de ce groupe, c’est de ne pas aduler l’immense provocateur. Deux résidences de cinq à six jours pour apprendre à l’apprivoiser. Les textes ont été lus, choisis, discutés, gardés parce-qu’ils étaient beaux comme ça, réadaptés à notre époque, parfois assaisonnés de petits commentaires aux accents humoristiques, parce-qu’il avait une drôle de coupe de cheveux, quand même. SEC et leurs copains musiciens ont fait de la musique d’un chanteur qu’ils détestaient le terreau fertile d’un projet neuf et percutant.

M.J

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