[398] Nuageux en fin de journée

Carcasse | Piotr Pavlenski [2013]

L’artiste contestataire russe Piotr Pavlenski, qui défie régulièrement le Kremlin et affirme être menacé de dix ans de camp dans son pays sur de fausses accusations, a obtenu jeudi avec sa femme le statut de réfugié politique » auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides [Ofpra], a déclaré leur avocate, Dominique Beyreuther Minkov. « La France reste une terre d’asile pour les opposants politiques. C’est là notre honneur », s’est-elle félicitée. L’artiste s’est rendu célèbre pour avoir arrosé d’essence et incendié les portes du siège de l’ex-KGB et s’être cloué la peau des testicules sur les pavés de la place Rouge. Il s’était aussi cousu les lèvres en soutien aux Pussy Riot, un groupe de jeunes femmes condamnées à deux ans de camp pour avoir « profané » la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou au cours d’une « prière punk » qui critiquait ouvertement le président Vladimir Poutine.

En Egypte, les vestiges d’un jardin funéraire devant une tombe de la XIIIe dynastie vieille de plus de 3700 ans ont été découverts près de Louxor par une mission archéologique espagnole. Une découverte sans précédent, selon le ministère égyptien des Antiquités qui a annoncé la nouvelle ce mercredi 3 mai. Les égyptologues connaissaient l’existence des jardins funéraires à l’entrée des tombes grâce à des fresques ou des bas-reliefs. C’est cependant la première fois que les vestiges d’un tel jardin sont découverts. Même s’il ne fait que trois mètres sur deux, le jardin qui remonte au Moyen-Empire est riche d’enseignements sur les rites funéraires égyptiens. Divisé en plusieurs petits carrés, le jardin comprend les restes d’un tronc d’arbre vieux de quatre millénaires. Des analyses plus poussées permettront de déterminer ce qui était planté dans ce jardin. Pour les égyptologues, la région de Louxor, la Thèbes des pharaons, reste une mine d’or qui n’a que partiellement livré ses secrets. 
 
 Le monde n’est pas à l’abri d’une nouvelle épidémie d’Ebola mais il y sera « mieux préparé », a affirmé jeudi à Conakry la directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé [OMS], Dr Margaret Chan, en visite en Guinée. La Guinée fait partie, avec le Liberia et la Sierra Leone, des trois pays sévèrement affectés par Ebola en Afrique de l’Ouest entre fin 2013 et 2016. L’épidémie a été déclarée terminée dans la région en juin 2016, après avoir causé plus de 11.300 morts, à plus de 99% dans ces trois pays. Durant l’épidémie, l’OMS a été critiquée pour son manque de discernement sur la gravité de la crise, en ayant perdu des mois avant de déclarer la guerre au virus. « Les scientifiques ne savent pas encore avec exactitude où, dans la nature le virus Ebola se cache entre deux flambées, mais presque tous les experts conviennent qu’une nouvelle épidémie est inévitable », a déclaré la directrice générale de l’OMS, Dr Margaret Chan, lors d’une réunion d’un jour consacrée aux vaccins anti-Ebola. En décembre, l’OMS a annoncé qu’un premier vaccin — sur une quinzaine en cours de développement aux Etats-Unis, en Europe, en Russie et en Chine — était « efficace jusqu’à 100% » contre le virus Ebola.
 
La Chambre des représentants des Etats-Unis, à majorité républicaine, a adopté jeudi un texte d’abrogation et de remplacement de la loi emblématique sur la santé de Barack Obama, marquant une revanche pour le président Donald Trump. Les parlementaires ont approuvé le texte dans une atmosphère électrique par 217 voix contre 213, la totalité des démocrates et une vingtaine de républicains votant non. Les débats se déplacent maintenant au Sénat, chambre haute du Congrès, où le texte devrait être fortement remanié dans les prochaines semaines, et la bataille s’annonce plus difficile.

L’élection présidentielle russe se déroulera dans moins d’un an, mais en lieu et place de débats politiques, on vous jette des saletés à la figure. Ainsi réagit Alexeï Navalny, chef de file de l’opposition russe, au lendemain d’une agression qui lui a coûté son œil droit. Le candidat à la présidentielle russe a été aspergé de « brillant vert » le 27 avril, alors qu’il sortait de son bureau. Antiseptique bon marché très populaire dans l’ex-URSS, le « brillant vert » [se prononce « zelionka » en russe] se vend pour 60 roubles [1 franc suisse] dans un petit flacon couleur vert sombre. Il permet de désinfecter une plaie cutanée, mais il est aussi très toxique à l’ingestion, brûle les muqueuses et peut opacifier définitivement la cornée de l’œil, c’est-à-dire rendre aveugle. Les attaques au « brillant vert » sont désormais quasi quotidiennes. Le scénario est invariable. Un groupe d’activistes pro-Kremlin s’approche de la victime, l’asperge de ce liquide avant de s’éloigner. Quelqu’un [le plus souvent un complice], filme la scène et la publie sur les réseaux sociaux. La victime n’a plus qu’à aller se rhabiller, jeter les vêtements maculés à la poubelle. Et sa peau reste marquée pendant des heures, voire plusieurs jours. Aucun savonnage intensif ne peut venir à bout du brillant vert, tant la pigmentation est tenace. 
 
En Algérie, les élections législatives ont eu lieu jeudi 4 mai. Le taux de participation, vrai enjeu de ce scrutin, n’a pas été annoncé le soir, contrairement aux usages habituels des autorités. A 17h, la participation était de 33, 53% selon les autorités. En 2012, ce chiffre avait atteint 43%. Exaspérés par l’immobilisme du régime, beaucoup de citoyens algériens voient les élections législatives de ce jeudi comme un simulacre de démocratie, et considèrent que le seul moyen de faire trembler le gouvernement est de ne pas aller aux urnes. La succession du président impotent au pouvoir depuis dix-huit ans, qui traverse silencieusement son quatrième mandat, n’est jamais ouvertement abordée en Algérie. Par « respect », dit-on. La question est pourtant l’objet des plus folles spéculations depuis 2013, année de son attaque cérébrale. Jusqu’à présent, c’est l’armée qui faisait et défaisait les présidents algériens. Mais Bouteflika a évincé une bonne partie des gradés qui l’avaient installé au pouvoir. 
 
La Cour de cassation a refusé, jeudi 4 mai, la mention « sexe neutre » sur l’état civil d’une personne intersexuée française, née « sans pénis, ni vagin ». « La dualité des énonciations relatives au sexe dans les actes de l’état civil poursuit un but légitime en ce qu’elle est nécessaire à l’organisation sociale et juridique », a notamment argué la haute juridiction dans sa décision. La reconnaissance par le juge d’un « sexe neutre », que « ne permet pas la loi française », aurait en outre « des répercussions profondes sur les règles du droit français », construites à partir de la binarité des sexes, et impliquerait « de nombreuses modifications législatives », a en outre argué la plus haute juridiction française. La requête du plaignant, un psychothérapeute de 65 ans, avait été acceptée par un juge des affaires familiales en 2015, puis rejetée en 2016 en appel. Plusieurs pays dont l’Allemagne [2013], le premier pays en Europe, l’Australie [2014], ainsi que le Népal ont reconnu un troisième sexe ou genre, encore appelé sexe neutre ou intersexualité. La France a par ailleurs été condamnée à trois reprises en 2016 par l’Organisation des Nations unies, pour des opérations pratiquées sur des enfants afin de leur attribuer un sexe masculin ou féminin.
 
 « La politique à travers le monde est entrée dans l’ère des rumeurs, des mensonges ou de ce que certains dénomment, avec une pudeur feinte, l’ère des « faits alternatifs ». On pense aux 350 millions de livres par semaine que le UKIP promettait aux Anglais de récupérer auprès de Bruxelles après le Brexit, ou aux vertigineux taux de chômage et de criminalité avancés par Donald Trump durant la campagne présidentielle américaine. Face à cette nouvelle façon d’aborder les faits, dont les partis extrêmes sont friands, le monde des médias a vu la montée en puissance de sites Internet ou de rubriques dans les journaux consacrés à la vérification des faits, ou fact checking [« Les décodeurs » pour Le Monde, « Désintox » pour Libération]. Cette nouvelle industrie journalistique est-elle efficace, elle qui semble avoir été incapable d’endiguer la vague de l’autre côté de la Manche ou de l’Atlantique ? Il apparaît que non, d’après une étude réalisée en mars 2017 en collaboration avec Oscar Barrera [Ecole d’économie de Paris], Sergeï Guriev [Sciences Po] et Ekaterina Zhuravskaya [Ecole d’économie de Paris] qui se concentre sur le cas du Front national [« Fake news, fact checking and information in times of post-truth politics », 2 mai 2017]. Dans une tribune au « Monde », l’économiste Emeric Henry analyse une récente étude menée auprès d’électeurs du FN. 
 
 « Mon métier, le théâtre, m’a sauvé. Je l’ai choisi et il est devenu ma vie parce qu’il m’oblige tous les jours à rebattre mes cartes, à rencontrer sans cesse de nouvelles personnes et de nouvelles méthodes, parce que ni l’âge, ni le sexe, ni le niveau de diplôme, ni la culture, ni la couleur de peau n’y ont autorité, parce qu’il ne travaille que sur l’universalité du monde et qu’il le brasse dans son infini mystère. Le théâtre me sauve parce qu’il m’oblige à sortir de ma tanière et travaille le meilleur de moi-même en ne laissant pas grandir le pire. Ce combat en moi n’est et ne sera jamais gagné mais je sais, pour l’avoir vécu, ce que donneraient des générations nourries au lait empoisonné du Front national. Ce parti auquel adhérait mon père, celui qui accède au second tour de l’élection présidentielle aujourd’hui, n’a pas changé. Sa force consiste toujours à remuer en nous nos facilités, notre dépit, notre haine de nous-mêmes et des autres. […] Aucune équation simple ni aucune posture martiale ne dénoueront jamais la complexité du monde dans lequel nous sommes précipités et l’Histoire témoigne douloureusement d’expériences plus que malheureuses, d’essais avérés et terrifiants. Ce n’est pas Marine Le Pen qui est dangereuse, c’est nous qui le sommes à nous-mêmes. Si des millions d’électeurs lui apportent leur suffrage, ce n’est pas parce que son autorité est grande, elle n’est finalement que le simple réceptacle de nos peurs et de nos colères individuelles. Si ce n’était elle, nous en inventerions un autre ». Eric Ruf, administrateur général de la Comédie-Française évoque l’engagement de son père, homme de haute culture.

Afin de montrer le visage solidaire de la France, des bénévoles ont dressé une carte qui répertorie près d’un millier d’initiatives en faveur des migrants en métropole. La carte fait appel aux contributions volontaires. Individuels ou collectifs peuvent s’y inscrire en remplissant un formulaire. Des bénévoles vérifient les informations puis les géolocalisent avec la base cartographique libre Openstreetmap. « Nous voulions utiliser le logiciel libre pour être en cohérence avec notre engagement », explique Erika Campelo, membre de VoxPublic, une association qui apporte un soutien technique à l’opération. Sans surprise, les métropoles centralisent le plus grand nombre d’initiatives : plus de deux cent cinquante en Ile-de-France, une trentaine à Nantes, autant à Marseille ou à Lyon. La carte affiche les groupes locaux d’organisations historiques comme les réseaux des ASTI [Association de solidarité avec tous les immigrés] ou de la Cimade, qui assurent des permanences d’accueil juridique, d’interprétariat ou d’accès aux soins. Mais l’intérêt de l’outil est ailleurs, dans le foisonnement d’initiatives récentes [un grand nombre ont démarré en 2016, voire en 2017] et spontanées, lancées par des groupes de citoyens ou de voisins.

Le service des étrangers de la préfecture de Marseille — où sont suivies les demandes de titres de séjour — n’a pas ouvert ses portes pour cause de grève du personnel ce jeudi matin. Selon le syndicat FO Préfectures, 90% du personnel, soit 16 personnes, ont participé au mouvement pour lutter contre la dégradation de leurs conditions de travail. « C’est la première fois que ce service est en grève », précise le représentant du syndicat Stéphane Jacomino. Les salariés dénoncent un manque de considération de la part de leur administration et évoquent un « sentiment d’isolement, voire d’abandon ». Parmi leurs griefs, l’absence de recrutement de nouveaux titulaires formés, la non-revalorisation de certaines indemnités, les conditions de sécurité inadaptées mais aussi la vétusté des locaux. « Bien sûr, tout cela a un impact sur l’accueil. Nous recevons à peu près 1200 personnes par jour, et impossible de vous dire combien sont obligées de revenir trois ou quatre fois avant d’être reçues », estime Stéphane Jacomino, qui ajoute que les discussions menées avec leur hiérarchie sont aujourd’hui sans résultats. La préfecture des Bouches-du-Rhône est régulièrement nommée parmi les plus saturées de France pour l’accueil des étrangers.
 
Le président de la région Provence Alpes Côte d’Azur ne cache pas son engagement en faveur du candidat d’En Marche ! et le montre bien sur les réseaux sociaux. Sur son compte Twitter, le 1er adjoint de la ville de Nice, mais aussi président de la Métropole Nice Côte d’Azur abreuve ses abonnés de publications anti-Le Pen. Depuis la défaite de son candidat, François Fillon, le Niçois s’est rallié à Emmanuel Macron pour « faire barrage au FN ». Il a même adressé une lettre aux Niçois dans ce sens.
 On ne sait pas ce qu’en pense Christophe Castaner, opposant historique du dit Estrosi et porte-parole officiel et démultiplié du candidat d’En Marche !
 
 L’été approche, les risques de feux de forêt aussi. Il est temps d’effectuer des travaux d’élagage et de débroussaillement -qui, en outre, sont des obligations légales. Il faut enlever la broussaille et les buissons dans un rayon de 50 mètres autour de toute construction, et 10 mètres de part et d’autre des voies d’accès privées. Il convient également de veiller à un certain espacement entre les végétaux [2 mètres entre les couronnes des arbres, et 5 mètres entre les buissons], pour éviter qu’un éventuel incendie ne se propage de l’un à l’autre. Il faut enfin faire en sorte que son habitation soit éloignée d’au moins 3 mètres de tout végétal. Le préfet de région a demandé à tous les maires du département des Bouches-du-Rhône de faire respecter les obligations légales de débroussaillement [OLD]. Il rappelle notamment que lors des feux de l’été dernier, les propriétés débroussaillées ont en général été épargnées par les flammes, ce qui a permis aux pompiers de « se consacrer à une attaque plus dynamique du feu ».

Bonne journée

Mathieu Grizard

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