[481] Poussière d’étoiles

Mathieu Grizard
Jul 28, 2017 · 10 min read
Lee Ungno | Foule
Lee Ungno | A Large group of people [1986]

Dernière matinale avant une pause… jusqu’en septembre. Bel Eté !

A Paris, le musée Cernuschi rend un hommage posthume à Lee Ungno, cet artiste méconnu et novateur, qui préfigure le street art. Le peintre et sculpteur coréen a su trouver un langage visuel puissant pour donner vie aux masses. Encore méconnu en France, où il a pourtant vécu plus de trente ans jusqu’à sa mort en 1985, la rétrospective qui lui est consacrée a toutes les chances d’être une révélation ! Le musée Cernuschi, dépositaire du plus grand fonds [hors Corée] des productions de l’artiste, a en effet sélectionné 82 œuvres réalisées à partir de 1954, dont une majorité de papiers encrés au pinceau, procédé créatif si cher au maître. Le témoignage pictural de Lee Ungno laisse pantois par son élégance, par son incessante quête de forme et de sens. Qu’il explore la calligraphie chinoise, puis les caractères de l’alphabet coréen — les arrondissant pour les rendre anthropomorphes, et préfigurer le street art ! — ; qu’il se concentre sur les propriétés du papier en le froissant, le déchirant, le grattant, l’imbibant d’encre et de couleurs avant de composer des collages ; qu’il trace avec une grâce figurative stupéfiante des oiseaux, des bambous… le cheminement artistique d’Ungno est captivant. Jusqu’au 19 novembre 2017.

La sélection des films en compétition de la 74e édition de la Mostra de Venise, qui se déroulera entre le 30 août et le 9 septembre, vient d’être dévoilée, par Alberto Barbera, son élégant directeur. En tout, ce sont vingt et un films, candidats au Lion d’or, qui seront présentés sur le Lido. Le jury, rappelons-le, sera présidé cette année par la charmante Annette Bening [à ses côtés, il y aura, entre autres, Jasmine Trinca, Michel Franco, Rebecca Hall, Anna Mouglalis…]. Pour la première fois, le festival organisera une compétition dédiée à la réalité virtuelle [avec vingt-deux films]. Deux grandes figures du cinéma américains, bien réelles elles, recevront d’autre part un Lion d’or pour leur carrière respective : la comédienne Jane Fonda et l’acteur/réalisateur, Robert Redford. Tous deux sont réunis dans un film de Ritesh Batra [The Lunchbox], Our souls at night, qui sera présenté hors compétition.

Les amateurs d’étoiles filantes pourront ces prochains jours exceptionnellement assouvir leur passion, prévoit la société météorologique Meteovista. Si les nuages restent à l’écart durant la nuit de mercredi à jeudi, les observateurs pourront admirer jusqu’à 19 météoroïdes pénétrant dans l’atmosphère par heure. La semaine prochaine, la Lune, pleine, devrait toutefois éclipser le phénomène lumineux. Une étoile filante ou météore est le trait lumineux produit par un météoroïde quand il pénètre à haute vitesse dans l’atmosphère. « Cela se produit quotidiennement mais nous les observons souvent lors d’une pluie de météores », explique Hilde Langenaken de l’Observatoire royal. « Tel est le cas en été pour les Perséides, qui traversent l’atmosphère chaque année. Elles sont prévues du 17 juillet au 24 août mais le point culminant est attendu le 12 août avec quelques 100 météores par heure ». Selon Meteovista, la nuit de jeudi à vendredi sera également une occasion idéale pour admirer des étoiles filantes, en raison des éclaircies attendues. Le meilleur moment pour les observer sera entre 02h00 et 04h00 car la Lune sera basse, ce qui permettra une obscurité suffisante.

Coup de théâtre politique en Ukraine, où les autorités ont décidé mercredi 26 juillet de retirer la nationalité ukrainienne à Mikheïl Saakachvili, l’ancien président géorgien. Il y a deux ans, Petro Porochenko l’avait nommé gouverneur d’Odessa et lui avait accordé un passeport ukrainien. Mais sur fond de corruption au sommet de l’Etat, le courant ne passe plus entre les deux hommes. Mikheïl Saakachvili est passé dans l’opposition et a même créé sa propre formation politique. Pour se débarrasser d’un rival gênant, le président ukrainien Petro Porochenko a donc recours à une manœuvre très peu démocratique, la déchéance de nationalité, à des fins politiques. L’ancien président géorgien séjournait à New York lorsqu’il a appris que le service des migrations ukrainien lui retirait sa nationalité ukrainienne. Il s’apprêtait à rentrer à Kiev à la fin de la semaine. Joint par RFI, Mikheïl Saakachvili a confirmé cette situation unique en son genre : celle d’un ancien chef d’Etat, désormais apatride, qui va peut-être devoir demander l’asile politique aux Etats-Unis, même s’il affirme vouloir revenir en Ukraine, dans l’arène politique, dès que possible.

Emmanuel Macron a assisté jeudi à une cérémonie de naturalisation à la préfecture d’Orléans. Il a profité d’un discours sur l’accueil des migrants pour faire une promesse : « La première bataille : loger tout le monde dignement […] D’ici la fin de l’année, je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois », a-t-il annoncé. Si le chef d’Etat souhaite l’installation d’hébergements d’urgence dans toute la France, ceux-ci ne sont pas voués à durer. « Il faut progressivement supprimer toutes les formes d’hébergement précaire. Si on améliore cet accueil, l’intégration se fait plus vite », a-t-il expliqué. La solution réside selon lui dans le traitement administratif. « Je veux partout, dès la première minute, un traitement administratif qui permette de déterminer si on peut aller vers une demande d’asile ou non, et derrière une vraie politique de reconduite aux frontières, a poursuivi le président de la République. Notre pays a mis en place un système perdant pour tout le monde avec un traitement indigne dans les premiers mois, des délais beaucoup trop longs où les gens s’installent dans la précarité et une inefficacité complète de reconduites à la frontière ». En parallèle, Emmanuel Macron a annoncé que la France allait « créer dès cet été en Libye des hotspots », c’est-à-dire des centres d’examen pour les candidats à l’asile. Il en existe déjà en Italie et en Grèce. Objectif : distinguer, avant le passage ultra dangereux de la mer Méditerranée, demandeurs d’asile et migrants économiques. « L’idée est de créer en Libye des hotspots afin d’éviter aux gens de prendre des risques fous, alors qu’ils ne sont pas tous éligibles à l’asile. Les gens, on va aller les chercher »…

« L’arrestation massive de 156 personnes migrantes [dont plusieurs mineurs] en gare de Cannes le lundi 24 juillet illustre parfaitement les atteintes quotidiennes qui sont portées aux droits fondamentaux de ces personnes par les services de l’Etat. Alors qu’elles se trouvaient déjà sur le territoire français et souhaitaient déposer leur demande d’asile dans différentes villes de France, ces personnes exilées majoritairement du Soudan ont été ramenées à la frontière et remises aux autorités italiennes en violation des textes européens et internationaux. La pression permanente que les autorités entretiennent sur les personnes qui franchissent la frontière a des conséquences directes sur leur santé physique et psychique. Pourchassées par les forces de l’ordre, elles prennent de plus en plus de risques pour venir en France alors que nombre d’entre elles ont déjà fui des situations catastrophiques dans leurs pays d’origine et subi de lourds traumatismes en route ». Amnesty International, La Cimade, Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières et Secours Catholique Caritas France demandent au Gouvernement de mettre un terme immédiat aux pratiques illégales et aux violations des droits des personnes migrantes et réfugiées. « En dépit d’appels répétés de nos organisations à rétablir le respect du droit à la frontière avec l’Italie, le Gouvernement persiste à maintenir des contrôles qui bafouent la loi française et les droits des personnes migrantes et réfugiées ».

Dans un discours prononcé mercredi 26 juillet pour le premier anniversaire de l’assassinat du Père Jacques Hamel devant « son autel » de l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, le président de la République « a presque assimilé la République à l’Église. Il n’a pas évoqué la liberté, l’égalité ou la fraternité mais employé les mots de l’Église, comme si, désormais, ils appartenaient à tous ». « C’est la première fois que j’entends un dirigeant d’une République laïque parler de la République avec les mots de l’Église : l’espérance, le don de soi et l’amour… » Sociologue des religions et directeur de la rédaction de la revue Esprit, Jean-Louis Schlegel est « sidéré ». « Contrairement à François Hollande, il n’a pas rappelé que la laïcité gouvernait tout. Le mot laïcité, jamais prononcé, est seulement présupposé », explique Jean-Louis Schlegel, insistant sur le caractère « inclusif » de ce discours « qui ne pouvait blesser personne ».

C’est la mesure phare du projet de loi de moralisation de la vie publique. Et un « marqueur fort » attendu par les Français qui ont encore en tête l’affaire Fillon, selon le gouvernement. L’Assemblée nationale a voté, jeudi 27 juillet dans la matinée, l’interdiction de l’emploi de collaborateurs familiaux par les parlementaires. Ces dispositions sont la conséquence de l’affaire des emplois fictifs présumés dont l’ex-premier ministre François Fillon [LR], candidat malheureux de la droite à l’élection présidentielle, aurait fait profiter sa famille. Par un vote à main levée, les députés ont successivement adopté les articles du premier projet de loi qui interdit les emplois familiaux pour les ministres, puis celui pour les parlementaires et enfin celui pour les élus locaux. Un amendement de la commission des lois de l’Assemblée a été retenu qui complète la version votée par le Sénat en créant une distinction entre emplois familiaux pour « la famille proche » qui seront interdits et emplois pour les personnes du second cercle [liens hors familiaux, ancienne famille] qui devront faire l’objet d’une déclaration.

L’Assemblée nationale a voté jeudi la disparition de l’indemnité représentative de frais de mandat [IRFM] des parlementaires, un forfait qui n’était pas contrôlé, et son remplacement par un système de remboursement sur justificatifs. Après pas moins de trois heures de débats, les députés se sont prononcés à main levée pour cette mesure présentée par le gouvernement comme « nécessaire » et « de bon sens », contenue dans le projet de loi ordinaire « pour la confiance dans l’action publique ». L’IRFM, qui n’est pas soumise à l’impôt sur le revenu, s’élève à 5.373 euros net mensuels pour les députés et à 6.110 euros pour les sénateurs.

Plus d’un million d’euros de plus-values boursières par un simple jeu d’écritures : c’est la somme gagnée en une journée par l’actuelle Ministre du Travail Muriel Pénicaud comme directrice générale des ressources humaines [DGRH] chez Danone, le 30 avril 2013. Et cela alors que le groupe s’apprêtait à supprimer 900 emplois de cadres [dont 230 en France], soit « une plus-value personnelle de 1254€ par salarié licencié chez Danone ». Enregistrée par l’Autorité des marchés financiers à la date du 30 avril 2013, la transaction porte sur un lot de 55 120 actions acquises à une valeur de 34,85 euros l’unité, bien en dessous du cours de l’action ce jour-là, et revendues aussitôt pour l’essentiel [52 220 actions] à 58,41 euros l’unité, au cours du marché. Soit 1 920 932 euros à l’achat, et 3 049 966,54 euros à la revente. Bilan de l’opération : une plus-value immédiate de 1 129 034,54 euros, non comptées les 2 900 stock-options restant alors en sa possession. Une nouvelle révélation embarrassante pour Muriel Pénicaud, déjà en difficulté dans l’affaire de la « French Tech Nigth » à Las Vegas.
Finalement, la ministre a répondu aux invectives en affirmant que « chacun est libre d’apprécier un niveau de rémunération ». En ce qui concerne ses stock-options, « il s’agit d’une rémunération décidée des années avant le plan de départ volontaire ». Dans une interview au Figaro de vendredi, elle s’est défendue avec la même argumentation. « En revanche soyons clairs, l’attribution du plan de stock-options évoqué dans la presse est bien antérieure à l’annonce du plan de départs volontaires, et n’a aucun lien avec ce dernier. Je ne peux donc que regretter ces amalgames. »

« En vue de renforcer le rayonnement du centre-ville, la ville de Marseille propriétaire d’un ensemble immobilier remarquable appelé « La Maison du Figaro », envisage la mise à disposition de ce bien auprès d’un porteur de projet », c’est en ces termes que la ville de Marseille vient de lancer un appel à projets pour trouver un nouvel occupant à cette magnifique bâtisse située au cœur de la Canebière [1er]. La Maison du Figaro a été conçue par l’architecte Pierre Pavillon et réalisé par Jean-Claude Rambot en 1675. De 1976 à 2015, la Maison du Figaro était occupée par l’Espace Culture, une sorte d’office du tourisme de la culture, fermé car jugé obsolète par la ville de Marseille depuis l’avènement du « tout internet » et l’installation juste en face de l’Office de tourisme et de congrès de la ville. Si la ville se prononce sur ce qu’elle ne veut pas, elle ne dit rien de ce qu’elle désire pour ce lieu, laissant ainsi libre cours à l’imagination des porteurs de projets candidats de cet appel à projets. Les équipes qui souhaitent postuler ont jusqu’au 29 septembre 2017 pour rendre leur copie.

Il est difficile d’imaginer qu’en achetant un cyprès vert [ou italien] en jolie forme de pinceau, un laurier-rose ou un thuya pour décorer votre jardin, vous risquez de mettre le feu à la maison. C’est pourtant le cas et les experts de l’Institut national de recherche en sciences et technologie pour l’environnement et l’agriculture [Irstea] ne cessent de mettre en garde contre le danger que représentent les plantes ornementales dans ce qu’ils appellent l’« interface », soit la zone où forêt et garrigue côtoient les habitations. Anne Ganteaume, spécialisée dans l’inflammabilité et la combustibilité des végétaux à l’Irstea d’Aix-en-Provence [Bouches-du-Rhône], va même plus loin. « Il faut une réglementation sur les végétaux ornementaux à l’instar de l’obligation de débroussailler arrêtée dans les années 1990 », préconise-t-elle. « Les plantes ornementales jouent un rôle de conducteur des flammes, via les haies qui joignent la forêt au lotissement ou à la villa, et de nombreux végétaux sont des combustibles dangereux », explique Anne Ganteaume. Le cas du cyprès italien est caractéristique : quand ses feuilles meurent, elles restent coincées dans l’arbre, s’accumulant au long des années — un cyprès peut vivre plusieurs centaines d’années — et forment une biomasse particulièrement inflammable. L’Irstea a édité une brochure, en novembre 2016, « Le risque incendie dans les interfaces habitat-forêt », dans laquelle il recense tous les végétaux communément utilisés pour la décoration, en région méditerranéenne : cyprès vert ou bleu [d’Arizona], laurier-rose, sauce ou amande, troène, lierre, bambou, viorne tin ou encore pittosporum. Il en présente les caractéristiques d’inflammabilité — la capacité à brûler –, et de combustibilité — la quantité de combustibles disponible dans la plante.

Bonne journée

@MathieuGrizard